Charles et Andrew, fils de reine et frères ennemis… Comme dans un drame shakespearien, la rivalité vient de mal finir avec un bannissement à Sandringham (une résidence de la famille royale britannique) – le félon s’en sort bien, il aurait terminé jadis sous les coups d’une hache ou dans la Tour de Londres… Épilogue d’une longue inimitié, faite de jalousie, de bataille d’ego, d’aigreur cuite et recuite, sans oublier de vieilles blessures qui remontent à leur enfance.
Car au début, il y a cette mère toute-puissante, toute concentrée sur un trône qu’elle accepte comme un sacerdoce quitte à sacrifier ses premiers enfants, Charles et Anne. Elizabeth II est sèche et dure pour l’aîné, mais débordante d’amour pour son second fils Andrew, son préféré, né douze ans après l’héritier du trône…
À LIRE AUSSI Pourquoi Charles III a sacrifié le prince AndrewAndrew représente à ses yeux le renouveau de la famille, l’enfant né après de lourdes tensions avec son mari, le prince Philip. « Je ne voudrais pas que cet enfant connaisse les soucis de la couronne, confie la reine à son entourage dès sa naissance. J’aimerais qu’il soit tout simplement heureux… » Une différence qui laissera une fracture indélébile entre les deux garçons : Charles considéra toujours Andrew comme un enfant gâté, parce qu’élevé différemment, alors que lui a toujours dû supporter très tôt le poids de la monarchie.
La voie est toute tracée pour les deux garçons : Charles doit entrer dans le moule et écouter sa mère et patronne, Andrew peut profiter et s’amuser, presque tout lui sera pardonné… De quoi façonner un caractère pour la vie. Charles se montre sérieux, déjà vieux dans sa tête, il aime la littérature, la musique classique, le jardinage, pendant que son frère, sportif et blagueur, amuse la galerie en jouant le playboy – il sort même un temps avec Koo Stark, une star du X.
“Top Gun” à Buckingham
« Un mec qui aime le cul et les gros nichons », décrit à l’époque l’un de ses collaborateurs, un résumé qui lui vaudra une sacrée descente aux enfers des années plus tard. S’ajoute également son goût immodéré pour l’argent, un sujet sur lequel Andrew jalouse son aîné qui touche les confortables revenus de son duché de Cornouailles, tandis que lui dépendra toute sa vie des subsides de sa mère.
De son côté, Charles méprise ce frère qu’il juge trivial et stupide. Et commence à s’en méfier quand il revient quasiment en héros de la guerre des Malouines, en 1982, où il sert dans la Royal Navy. Voilà l’héritier du trône éclipsé par un suppléant sorti tout droit de Top Gun, le pire des scénarios. Le beau gosse de la dynastie accumule médailles et honneurs et fait de l’ombre à son aîné : son mariage en grande pompe avec Fergie en 1984 voit sa popularité au zénith et Charles enrage de voir son frère convoler avec celle qu’il aime, tandis que ses parents ont mis leur veto à son union avec Camilla…
La guerre des frères est souterraine mais bien réelle, chacun tentant de tirer la couverture à soi en mobilisant leurs conseillers, avec la reine Elizabeth en arbitre. Andrew rumine en voyant le trône de plus en plus s’éloigner avec les naissances et William et Harry, sans compter les quolibets de la presse qui ciblent son épouse, présentée comme le vilain petit canard face à l’éblouissante Lady Di. Les fiascos de leurs mariages auraient pu les rapprocher, il n’en est rien, chacun tentant de préserver au mieux son image dans l’essorage imposé par les tabloïds.
Après la mort de Diana, pendant que Charles remonte péniblement la pente, son frère compte sur l’indulgence de sa mère pour s’adonner à ses pires vices : la course à l’argent en frayant avec des autocrates et des hommes d’affaires louches sous couvert de business et une frénésie sexuelle débridée avec des filles de plus en plus jeunes. Qu’il séduit en leur faisant parfois visiter le palais de Buckingham, avec même le droit de s’asseoir au passage sur le trône royal… On imagine l’écœurement de Charles.
La brosse à dents de trop
Entre les deux, la fracture est immense… Un exemple parmi tant d’autres de leurs chamailleries ridicules, rapportées par le Sun : en 1999, lors des traditionnelles fêtes de Noël à Sandringham, Andrew sème la discorde en décidant de squatter la salle de bains réservée à son aîné, posant sa trousse et sa brosse à dents sur le lavabo. Fureur de Charles, âgé de 51 ans à l’époque, qui voit là son territoire souillé. Il faudra toute la diplomatie et la patience d’Elizabeth II pour ramener le calme et convaincre le duc d’York, après une longue discussion, de remballer ses affaires de toilette…
La tension monte d’un cran en 2016 quand Charles refuse que les filles d’Andrew, les princesses Beatrice et Eugénie, soient pleinement associées à l’agenda officiel de la famille royale. L’aîné des Windsor entend recentrer la couronne autour de son propre clan et les York n’ont pas leur place comme membres actifs. D’autant que l’affaire Epstein a rattrapé Andrew et fait de lui un noyau radioactif très menaçant. Il pousse alors sa mère à prendre des mesures : dès 2019, le duc perd ses titres militaires et ses parrainages. Et c’est encore Elizabeth II, quelques mois avant son décès, qui met la main à la poche pour régler les 12 millions de livres afin d’éviter que son fils préféré, poursuivi par Virginia Giuffre, soit traîné devant un tribunal…
Après la mort de la souveraine, Charles III entame un dernier bras de fer avec son frère : l’obliger à quitter le Royal Lodge, son démesuré manoir qui choque l’opinion publique. Andrew résiste, fait valoir ses droits et son bail très favorable conclu avec l’aval de leur mère, mais Charles le force en lui coupant les vivres et son allocation annuelle de 249 000 livres, financée sur les revenus de son duché de Lancaster. Il porte l’estocade en lui retirant son titre de duc, sa bannière et son collier de l’ordre de la Jarretière et l’exile sur le fief familial de Sandringham, loin de Londres, où il ne pourra nuire à personne. Seule consolation : son frère et souverain l’aidera financièrement sur sa propre cassette jusqu’à son trépas. Sans doute pour honorer une dernière promesse faite à sa mère…

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