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Comment l’affaire Epstein provoque la chute de Lawrence Summers, ancien président de Harvard

Comment l’affaire Epstein provoque la chute de Lawrence Summers, ancien président de Harvard


Lawrence Summers, ancien président de l’université Harvard (États-Unis) et figure majeure de la politique économique américaine, est dans la tourmente. La semaine dernière, une commission de la Chambre des représentants a dévoilé des échanges le mettant en cause parmi près de 20 000 pages de documents issus de la succession de Jeffrey Epstein. Ces révélations ont déclenché une tempête politique et médiatique qui a poussé l’économiste à se retirer de la vie publique, comme le raconte le New York Times.

Les documents révélés par le Congrès montrent que Lawrence Summers continuait de solliciter les conseils de Jeffrey Epstein en 2019 alors que ce dernier était déjà incarcéré pour trafic de mineurs, quelques semaines avant sa mort. Dans ces e-mails, l’ancien collaborateur de Bill Clinton, pourtant marié, demande à Epstein son avis concernant une relation avec une jeune femme qu’il encadrait.

Il confie ainsi que cette dernière l’a relégué « aux oubliettes » et se plaint qu’elle fréquente un autre homme. « Je lui ai demandé ce qu’elle faisait. Elle a répondu : “Je suis occupée” », écrit-il à Epstein. « Je lui ai dit : “Tu es bien mystérieuse.” » Epstein, dans un registre quasi-mentor, lui répond : « Elle est intelligente. Elle te fait payer tes erreurs passées. […] Tu as bien réagi. »

La nature de ces confidences, adressées à un délinquant sexuel condamné pour crimes sur mineurs, a sidéré de nombreux économistes et universitaires. « L’abus répugnant du pouvoir professionnel par Larry Summers est révoltant », a réagi sur X Jonathan A. Parker, économiste au MIT, qui a ajouté : « Quel dossier de stupidité accumulé par cet homme. »

Lawrence Summers se retire de la vie publique

Face aux critiques croissantes, Lawrence Summers a annoncé, lundi 17 novembre, son retrait de la vie publique dans un communiqué. Il s’est dit « profondément honteux » et a assumé « l’entière responsabilité » de sa « décision malavisée » de continuer à communiquer avec Epstein. « Tout en continuant à remplir mes obligations d’enseignant, je me retirerai de mes engagements publics dans le cadre d’un effort plus large visant à rétablir la confiance et à réparer la relation avec mes proches », a-t-il fait savoir.

Dans la même lignée, il s’est aussi retiré de plusieurs organisations, dont des groupes de réflexion : le Center for American Progress et le Center for Global Development. Il a également démissionné du conseil d’administration d’OpenAI et la rubrique Opinion du New York Times a annoncé qu’elle mettait fin à sa collaboration avec lui en tant que chroniqueur.

En 2023 déjà, le Wall Street Journal montrait que Summers avait demandé à Epstein de l’aide en 2014 pour lever des fonds pour un projet dirigé par son épouse, Elisa New. L’économiste avait alors une première fois exprimé des regrets.

Ce nouveau scandale ravive aussi les interrogations sur les liens entre Harvard et Jeffrey Epstein. Un rapport interne de 2020 avait révélé que le financier avait versé plus de 9 millions de dollars à l’université avant de plaider coupable en 2008 pour crimes sexuels impliquant des mineurs. Après sa sortie de prison en 2009, Epstein aurait visité Harvard une quarantaine de fois.