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Cartographie : quand la Chine se sent prisonnière de sa propre mer

Cartographie : quand la Chine se sent prisonnière de sa propre mer

Il faut retourner le globe pour mieux percevoir l’environnement immédiat de l’empire du Milieu.

Tout est parti d’une discussion avec un amiral cinq étoiles. « Retournez votre carte, nous demanda-t-il, et l’enfermement perçu par la Chine appa­raîtra. » Certes, les navires chinois ne sont pas bloqués dans leurs eaux, mais la tension est bien réelle. La ligne formée par le Japon, la Corée du Sud, Taïwan, les Philippines, l’Indonésie et la Malaisie pourrait devenir imperméable avec les technologies modernes, dont des batteries de missiles antinavires capables de verrouiller les points de passage.

Pour contrer ce sentiment de claustration, le Parti communiste chinois bétonne des îlots disputés, construit des aérodromes et des bases navales, puis réclame la sanctuarisation des eaux territoriales associées. La marine chinoise ainsi que les garde-côtes disposant de navires armés assimilables à des frégates assurent ensuite la chasse aux intrus. Jusqu’à l’absurde : en 2019, la frégate française Vendémiaire avait franchi – illégalement selon les autorités chinoises – le détroit de Taïwan pour participer à la parade navale du 70e anniversaire de l’Armée popu­laire de libération, dont elle fut désin­vitée après cet incident diplomatique. L’US Navy, de son côté, mène fréquemment des opérations de liberté de navigation, durant lesquelles ses navires franchissent méthodiquement les lignes contestées pour montrer qu’ils n’y reconnaissent pas la souveraineté chi­noise.

Mais face à des adversaires moins puissants, la marine philippine par exemple, les garde-côtes chinois uti­li­sent des techniques plus agressives, comme l’éperonnage. Un art quasi disparu depuis l’Antiquité en Europe, qui permet de neutraliser un adversaire sans ouvrir le feu. De quoi tester la détermination des alliés des Philippins, les Amé­ricains.

D’autres blocages sont invisibles. Les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) chinois, par exemple, sont aussi gênés par les eaux peu profondes de la mer de Chine, qui ne leur permettent pas de se « dissoudre », c’est-à-dire de disparaître dans les profondeurs, dès la sortie de leur port d’attache, comme le font les SNLE français quittant la rade de Brest.