Pékin met sur pied une armada en vue de rivaliser avec les Américains. Que vaut réellement l’Armée populaire de libération, pléthorique, mais n’ayant jamais connu le feu ?
Xi Jinping a engagé l’Armée populaire de libération (APL) dans la voie d’une mue accélérée. À son arrivée au pouvoir, la force militaire chinoise est une géante héritée du XXe siècle, pléthorique, pensée pour les guerres de masse et mal adaptée aux conflits technologiques contemporains. Sous la férule du nouveau président, l’APL est profondément remaniée : les équipements montent en gamme, le commandement est réorganisé, tandis que les priorités se déplacent vers les forces aéronavales, les missiles et l’espace.
Cet aggiornamento s’est fait à coups de réformes structurelles et d’une série de vastes purges anticorruption au sein du commandement. Mais cette armée en plein rattrapage reste largement inexpérimentée : elle n’a pas mené de conflit majeur depuis plus de quarante ans. Si l’APL aligne désormais un arsenal impressionnant, nul ne sait comment elle se comporterait dans la durée face à un adversaire de niveau comparable, ni comment réagiraient ses chaînes de commandement sous le feu réel.
L’APL est devenue un instrument de dissuasion et de pression régionale, capable de menacer les bases américaines et celles de leurs alliés dans tout l’Indo-Pacifique. Sur le papier, l’écart avec les États-Unis se réduit. Pékin dispose de la plus vaste armée permanente au monde en effectifs, d’un arsenal de missiles balistiques et de croisière parmi les plus fournis de la planète et d’un programme nucléaire en forte expansion. Le stock de têtes nucléaires chinoises, évalué à environ 600 en 2025, a plus que doublé depuis 2019.
C’est sur mer que la montée en puissance chinoise est la plus spectaculaire. En nombre de bâtiments de combat, la marine de l’Armée populaire de libération a dépassé l’US Navy dès le milieu des années 2010 et continue de croître à un rythme soutenu. Frégates, destroyers, sous‑marins, porte‑avions : la flotte chinoise a cessé d’être une force côtière pour devenir une marine de haute mer, capable d’opérer loin des rivages chinois. Les déploiements réguliers dans l’océan Indien et au-delà traduisent une volonté assumée de sécuriser les routes maritimes, mais aussi de signifier sa présence militaire.
Derrière cette expansion se trouve une machine industrielle devenue dominante au niveau mondial. Pékin capte la majorité du marché mondial des porte-conteneurs, méthaniers et vraquiers. Cette puissance dans le civil n’est pas qu’un atout économique : au nom de la stratégie de « fusion militaro‑civile », les investissements, les technologies et le savoir‑faire accumulés dans la construction marchande irriguent directement l’industrie de la défense.
Ses pièces maîtresses
Vu en vol pour la première fois en décembre 2024, le J-36 (désignation non officielle) serait un bombardier lourd triréacteur. Avec une configuration à aile delta et sans dérive, l’appareil réduit ainsi les traînées et les échos radar pour être le plus furtif possible. Longtemps dépendante de la Russie, la Chine produit désormais ses appareils localement, les exportant même à l’étranger, par exemple au Pakistan.
Missile de croisière décliné en missile antinavire,il a été mis en service en 2014. Il peut équiper des sous-marins ou des navires de surface et est dirigé par satellite ou par guidage radar. D’une portée allant jusqu’à 540 kilomètres avec une vitesse finale à Mach 3, il emporte une charge utile comprise entre 150 et 300 kilos. Il auraitété spécifiquement conçu pour vaincre le systèmede combat américain Aegis, qui comprend des radarsainsi que des missilesantinavires etantiaériens.
Présenté lors du dernier défilé militaire à Pékin, il est présenté comme un laser antiaérien de dernière génération. Monté sur un camion blindé, il envoie des faisceaux qui peuvent brûler des composants électroniques, des drones ou des avions pour un coût d’utilisation réduit par rapport à des systèmes plus classiques comme des missiles.
C’est le dernier-né des porte-avions chinois, admis au service actif en novembre 2025. D’une longueur de plus de 300 mètres pour un déplacement de 85 000 tonnes, il jouit d’une propulsion conventionnelle. Il possède trois catapultes électromagnétiques permettantle lancement de 50 à 60 avions en quelques minutes.La Chine aligne désormais trois groupes aéronavals.
Inauguré en grande pompe en décembre 2024, il appartient à la dernière classe des navires d’assaut amphibies chinois. Il déplace 40 000 tonnes (2 000 tonnes de moins que le porte-avions français Charles-de-Gaulle) et pourrait accueillir aussi bien des hélicoptères que des drones ou des avions avec sa catapulte électromagnétique. Il devrait transporter deux navires d’assaut amphibies, des dizaines de véhicules de combat d’infanterie et 1 000 fantassins de l’infanterie de marine chinoise.

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