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« Escrocs », « profiteurs », « charlatans » : dans le camp MAGA, de vives querelles en interne

« Escrocs », « profiteurs », « charlatans » : dans le camp MAGA, de vives querelles en interne

Quelques mois après l’assassinat de Charlie Kirk, les républicains ont affiché leurs divisions à l’occasion de l’AmericaFest, rassemblant des milliers de conservateurs américains.

Au menu de ces quatre jours : des casquettes rouges, des slogans, des drapeaux américains, des paillettes… mais également de nombreuses dissensions. Derrière l’unité de façade affichée par le camp pro-Trump, réuni à Phoenix (Arizona) à l’occasion de l’AmericaFest du 18 au 21 décembre, se cachaient des rancunes jusqu’alors plus ou moins dissimulées. En cette édition de la grande messe annuelle de Turning Point USA (TPUSA), la plus influente organisation de jeunes conservateurs du pays, l’heure n’était plus à l’euphorie telle qu’ils l’avaient connue l’an passé, au lendemain de la victoire de Donald Trump.

Certains républicains estiment que cette désunion est à mettre en lien avec l’assassinat de Charlie Kirk, créateur de TPUSA en 2021. Devant les quelque 31 000 participants de l’AmericaFest – 10 000 de plus que lors de l’édition 2024 –, le commentateur politique Michael Knowles a salué la capacité de l’influenceur ultraconservateur à « ramener la paix au sein d’une coalition fracturée ». Quatre mois après sa mort, le 10 septembre dernier, les divisions au sein du mouvement MAGA sont palpables.

Antisémitisme et complotisme

Dès l’ouverture de l’événement, le 18 décembre, Ben Shapiro, cofondateur du média conservateur The Daily Wire, a affirmé que le camp pro-Trump était « en grave danger » à cause des « charlatans », des « escrocs » et des « profiteurs », peut-on lire dans Politico. Il s’en est notamment pris à l’influenceuse complotiste Candace Owens, à l’ancien conseiller spécial de Donald Trump, Steve Bannon, ou encore à l’ex-présentateur vedette de Fox News Tucker Carlson. Ce dernier a été vivement critiqué pour avoir invité, sur son podcast, le nationaliste blanc, Nick Fuentes, connu pour ses positions antisémites. « Un acte d’imbécillité morale », a fustigé Ben Shapiro. En réaction, Steve Bannon n’a pas hésité à le qualifier de « cancer qui se propage ».

« Cette animosité est alimentée par certaines des questions les plus explosives et non résolues auxquelles est confronté le mouvement MAGA », constate The New York Times dans un article dédié à cette édition de l’AmericaFest. Parmi elles, « la résurgence de l’antisémitisme la prévalence des théories du complot ».

Certaines d’entre elles ont été propagées par Candace Owens, ancienne directrice de la communication de TPUSA. Sur son podcast très populaire outre-Atlantique, l’influenceuse trumpiste a alors affirmésans preuveque des espions israéliens étaient impliqués dans l’assassinat de Charlie Kirk. De leur côté, les autorités américaines soutiennent que le principal suspect a agi seul.

La bataille de la succession

Outre ces conflits idéologiques, la communauté MAGA s’écharpe sur le successeur de Donald Trump à la présidence, en 2028. Rappelons que la Constitution américaine empêche l’actuel chef de l’État de briguer un nouveau mandat. Pour l’heure, aucun républicain n’a officiellement déclaré sa candidature. Mais Turning Point USA, désormais aux mains de la veuve de Charlie Kirk, Erika, a déjà désigné son favori : « Nous allons faire élire l’ami de mon mari, J. D. Vance, en tant que 48e président, de la manière la plus retentissante possible », avait-elle lancé jeudi soir.

Pour sa part, l’actuel vice-président, appelé à la tribune ce dimanche, a préféré laisser ses ambitions personnelles de côté pour appeler à l’union des républicains. « Nous avons des tâches bien plus importantes à accomplir que de nous exclure mutuellement », a-t-il martelé au micro, tout en tentant de réorienter l’attention de son public sur la lutte contre l’opposition démocrate. Laquelle a par la suite été qualifiée de « véritable ennemie » par le fils du président des États-Unis, Trump Jr. Et ce dernier de poursuivre : « Ce n’est pas Steve Bannon, Tucker Carlson ou Ben Shapiro, c’est la gauche radicale qui a assassiné Charlie. »

Mais à moins d’un an des élections de mi-mandat de 2026, pour lesquelles Donald Trump a d’ores et déjà émis des doutes, dans les colonnes du Wall Street Journal, sur sa capacité à les remporter, le camp MAGA semble peiner à remonter la pente de l’unité. « Depuis l’assassinat [de Charlie Kirk], nous voyons des ponts brûlés qui n’auraient jamais dû l’être », a même reconnu Erika Kirk. Rappelons par ailleurs que le 21 novembre dernier, Marjorie Taylor, jusqu’alors soutien fidèle du chef de l’État, a annoncé sa démission de la Chambre des représentants pour s’opposer à la gestion de l’affaire Epstein par la Maison-Blanche.