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Fêtes de fin d’année : notre sélection de livres pour explorer l’Afrique

Fêtes de fin d’année : notre sélection de livres pour explorer l’Afrique

À l’approche de Noël et du Nouvel An, l’Afrique s’invite sous le sapin. Beaux livres, récits et saveurs racontent un continent pluriel, entre héritage et création.

À l’approche de Noël et des fêtes de fin d’année, l’Afrique s’invite sous le sapin. Beaux livres, récits, contes ou carnets de voyage : le continent se raconte aussi à travers des ouvrages qui révèlent la richesse de ses cultures, la force de ses imaginaires et la vitalité de ses créations. Autant de portes d’entrée pour explorer un patrimoine foisonnant, entre art, cuisine, histoire et paysages. Voici notre sélection de coups de cœur à offrir — ou à s’offrir.

Un continent créateur, enfin raconté par lui-même

Dans la catégorie des beaux livres, « Les Arts africains », publié par les éditions Citadelles & Mazenod, embrasse toute l’ampleur du pouvoir créatif du continent, des premiers siècles avant notre ère jusqu’à aujourd’hui. Éblouissant par la richesse de son iconographie – 570 illustrations sur 584 pages –, l’ouvrage se distingue aussi par son ambition intellectuelle. Vingt-sept auteurs, parmi les meilleurs spécialistes d’Afrique et d’Occident – archéologues, historiens de l’art, anthropologues – y décryptent une histoire plurielle, longtemps fragmentée, des arts africains.

Près de quarante ans après le livre de référence Art africain, dirigé par le collectionneur Jacques Kerchache, la même maison d’édition propose une relecture d’envergure, pensée comme une nouvelle référence mondiale. Du Ghana au Mali, de l’Afrique du Sud à l’Éthiopie, en passant par l’Algérie, l’ouvrage invite à un vaste voyage dans le temps, du Néolithique à la création contemporaine. Croisant approches historiques, géographique et thématique, il interroge les récits établis, met à jour l’état actuel de la recherche et ouvre de nouvelles pistes pour penser les arts de l’Afrique.

Structuré en trois grandes parties, le livre redonne d’abord au continent la place fondatrice qui lui revient. « De tout temps, l’Afrique a offert au monde sa force créatrice constamment renouvelée (…) Le continent africain a vu naître les premiers artistes », écrivent Yaëlle Biro et Constantin Petridis, co-directeurs de l’ouvrage, soulignant aussi le dynamisme sans limite de la création contemporaine africaine et de sa diaspora. La deuxième partie s’attarde sur les formes dites traditionnelles, historiques ou classiques, souvent connues à travers les collections des musées occidentaux. La troisième met en lumière les artistes contemporains, héritiers, passeurs ou figures de rupture, affirmant la pleine modernité de la création africaine.

Des focus consacrés à des périodes clés – les rois du Dahomey, l’Éthiopie chrétienne – ou à des matériaux spécifiques – terre cuite, céramique, photographie – viennent enrichir cet ensemble foisonnant. Le livre offre ainsi un panorama aussi exhaustif que sensible des arts d’Afrique, mêlant chefs-d’œuvre reconnus et objets plus confidentiels, à l’image de la couverture représentant le détail d’un étrier de métier à tisser du XIXᵉ siècle, attribué au maître de Bouaflé, au centre de la Côte d’Ivoire. Page après page, l’émerveillement s’impose.

© (DR)

« Les Arts africains », sous la direction de Yaëlle Biro et Constantin Petridis, Citadelles & Mazenod, relié sous jaquette et étui illustrés, 570 illustrations, 584 pages, 215 euros.

Dahomey 1930 : entre images et mystères d’une expédition oubliée

Le catalogue qui accompagne l’exposition « Bénin aller-retour » au musée Albert-Kahn, à Boulogne-Billancourt, plonge dans cette expédition en 1930, menée par le père Francis Aupiais, grand défenseur de la cause africaine, et l’opérateur Frédéric Gadmer. Dans le cadre de son projet « Les Archives de la planète », le banquier Albert Kahn finance la mission. Ce sera la dernière. La crise économique mondiale entraîne la faillite du banquier et la fin de son projet humaniste. Albert Kahn, persuadé qu’en se connaissant mieux, les peuples s’éloigneraient de la guerre, se forge alors une conviction : « Il faut aller saisir la vie partout là où elle est, partout dans la rue ».

De cette mission au Bénin, Francis Aupiais et Frédéric Gadmer ramèneront 1 102 autochromes (photographies sur plaque de verre en couleurs) et 140 bobines de films. Le catalogue présente en profondeur la mission « Dahomey due 1930, les protagonistes, les techniques de tournages et le matériel utilisé à l’époque comme la camera Debrie et invite à voir « entre les images ». À travers les textes écrits par des experts, le catalogue propose un état des lieux des recherches scientifiques sur le cinéma ethnographique, sur la colonisation et l’évangélisation, le vaudou et le pouvoir et la royauté. Les cérémonies vaudou ont littéralement fasciné le prêtre catholique et l’opérateur. Ils ont porté un regard très respectueux sur cette spiritualité, le culte des ancêtres et l’art divinatoire. Ce catalogue éclaire encore l’exposition par mille anecdotes et détails. « Il faut – pour voir, prévoir, s’entraîner à voir, s’entraîner à savoir », écrivait Albert Kahn en 1918.

« Bénin aller-retour. Regards sur le Dahomey de 1930 » – Le catalogue de l’exposition est accompagné d’une extension numérique pour visionner les films. Coédition musée départemental Albert-Kahn /Grand Palais RMN Éditions Julien Faure-Conorton et David-Sean Thomas (dir.)

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L’exposition « Bénin aller-retour. Regards sur le Dahomey de 1930 » est à découvrir jusqu’au 14 juin 2026 au Musée départemental Albert-Kahn, 2 rue du Port, 92100 Boulogne-Billancourt

Ma cuisine d’Afrique : quand chaque plat raconte une histoire

Blogueuse, 180 000 followers sur Instagram, Aïssatou Mbaye partage sa passion pour la cuisine sur les réseaux sociaux, mais aussi à travers des livres. Son dernier, « Ma cuisine d’Afrique », a été récompensé aux Gourmand World Cook-book Awards par le prix du meilleur livre de cuisine africaine au monde en 2025. Elle y partage ses recettes, inspirées de la cuisine de sa maman. « Ma cuisine d’Afrique, celle avec laquelle j’ai grandi et que j’ai faite mienne ». Elle puise ses racines au Sénégal mais aussi dans toute l’Afrique de l’Ouest, à l’image du mafé, un plat qui se partage entre culture et tradition.

Le partage reste le maître mot de la cuisine sur le continent. Les repas se prennent souvent en communauté, autour d’un grand plat. « L’acte de manger est une célébration du vivre ensemble, une manière d’affirmer que le repas est un moment de connexion, d’hospitalité, et d’amour », écrit Aïssatou.

Dans ce livre on retrouve des recettes simples, de tous les jours, d’autres pour les grandes occasions ou un dimanche en famille. « Un repas en Afrique est aussi une communion », rappelle l’autrice. Pour le lecteur, c’est aussi une invitation au voyage parmi les saveurs. Il découvre les superaliments, riches en nutriments : le mil, le sorgho, le baobab, le tamarin, le fonio, le bissap, le moringa …

On découvre les indispensables, les bases incontournables comme les marinades, les sauces, le riz à l’étouffée ou le fonio vapeur. Des recettes du quotidien avec le classique yassa poulet ou la salade de niébé à la mangue mais aussi les brochettes haoussa (ou suya), les reines de la street food, les pastels au poisson…. Des recettes pour les fêtes mafé, thiéré, dibi au four, des desserts Ndiar sow ou les beignets puff puff, des boissons, dont l’incontournable bissap (avec quelques feuilles de menthe).

Pour chaque recette, elle donne des conseils et des astuces bien pratiques. Ce livre de cuisine, porteur de sens et d’héritage trouvera sa place dans la bibliothèque comme en cuisine.

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Aïssatou Mbaye, « Ma cuisine d’Afrique », publié aux éditions Marie Claire. 125 p, 22 euros. Blog Aissatou cuisine.

Artistes noirs à Paris : cinquante ans de résistance et de création

C’était une des dernières expositions du Centre Georges Pompidou avant sa fermeture pour de grands travaux : « Paris noir ». Un grand succès et de belles découvertes d’artistes longtemps invisibilisés. Cette exposition retrace la présence et l’influence des artistes noirs en France de 1947, l’année de la création de la revue anticoloniale Présence Africaine, jusqu’aux années 1990, qui voient la chute du régime de l’apartheid et la diffusion de la Revue noire. « Paris noir » a mis en lumière 150 artistes, de l’Afrique aux Amériques en passant par la Caraïbe, dont les œuvres ont rarement été montrées en France. Le catalogue de l’exposition donne une deuxième chance de se replonger dans le Paris vibrant et cosmopolite de l’époque, lieu de résistance et de création pour les artistes africains, afro-américains et caribéens. Peintres, musiciens, écrivains, se croisent et s’influencent.

« Défi historiographique et matériel de par l’invisibilisation des artistes, la dispersion, voire la disparition de leurs œuvres à travers plusieurs continents, et les lacunes éditoriales et de recherche autour de leurs pratiques, elle retrace, pour la première fois dans une institution nationale française, cinquante ans d’émancipation et d’expression artistique à Paris ». « Véritable laboratoire panafricain, la capitale française joue également un rôle crucial dans la redéfinition des modernismes et postmodernismes au cours de la seconde moitié du 20e siècle », écrit Alicia Knock. « Cet ouvrage va même au-delà de l’exposition. « Il reflète l’étendue d’une recherche menée depuis plusieurs années, (…) dont l’ampleur dépasse celle de l’exposition. Y sont présentés plus d’artistes et d’œuvres, afin d’encourager aussi bien la recherche universitaire que les projets institutionnels », poursuit-elle.

En couverture, le saisissant autoportrait de Gerard Sekoto, réalisé en 1947, l’année de son arrivée à Paris, évoque la douleur de l’exil et l’incertitude. Peintre méconnu en France, il est aujourd’hui considéré comme un pionnier de l’art contemporain. Il gagnera sa vie comme pianiste de jazz. Paris lui a offert la liberté, pas la reconnaissance.

© (DR)

« Paris noir », Éditeur, Musée national d’Art moderne – Centre Pompidou ,320p. 49 euros