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En Italie, des millions d’euros de dons pour la Palestine détournés par le Hamas

En Italie, des millions d’euros de dons pour la Palestine détournés par le Hamas

Plusieurs associations de soutien au peuple palestinien sont suspectées par la justice italienne d’avoir servi de plaque tournante pour transférer près de 7 millions d’euros vers le groupe terroriste.

Disparu des radars médiatiques, le conflit à Gaza a fait aujourd’hui son retour à la une de tous les médias en Italie, via la rubrique judiciaire. Ce samedi matin, en effet, la police et les hommes de la Guardia di Finanza ont procédé à l’arrestation de neuf personnes, soupçonnées d’avoir détourné plusieurs millions d’euros d’aide destinés à la Palestine pour financer « les activités criminelles de l’organisation terroriste du Hamas », apprenait-on dans un communiqué des forces de l’ordre. « Le voile est levé sur des comportements et des activités qui, derrière la façade d’initiatives en faveur de la population palestinienne, dissimulaient un soutien et une participation à des organisations aux visées terroristes à matrice islamiste », se réjouissait dans la foulée le ministre de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, soulignant la « grande attention » de l’exécutif transalpin sur « ce danger ».

Sept millions d’euros au cœur d’un réseau international

L’enquête, conduite par le procureur de Gênes et la Direction nationale antimafia et antiterroriste de la capitale ligure, a été lancée grâce à des analyses d’opérations financières jugées suspectes et à la collaboration de l’Italie avec plusieurs partenaires européens et Israël. Selon les enquêteurs, les personnes interpellées auraient « contribué de manière significative aux activités criminelles de l’organisation terroriste, pour un montant total d’environ sept millions d’euros », notamment par le biais de trois organisations caritatives, basées à Gênes et à Milan. L’argent aurait ensuite transité par d’autres associations enregistrées à l’étranger avant d’arriver jusqu’à Gaza ou dans les Territoires palestiniens. Voire même d’atterrir directement sur les comptes de représentants du Hamas, dont un ancien ministre des Transports de l’enclave, Oussama Alisawi, rapporte la presse italienne.

Un soutien financier qui aurait en partie bénéficié, sur place, à des proches d’auteurs d’attentats terroristes ou à des parents de détenus. De quoi renforcer « la volonté d’un nombre indéterminé de membres du Hamas d’adhérer à la stratégie terroriste et au programme criminel de l’organisation », estiment les magistrats italiens chargés de l’affaire. Une enquête qui ne doit cependant pas « passer sous silence les crimes commis contre la population palestinienne après le 7 octobre, lors des opérations militaires menées par le gouvernement israélien, pour lesquelles un jugement de la Cour pénale internationale est en cours », tiennent à préciser les procureurs Melillo et Piacente, conscients de la sensibilité du dossier auprès de l’opinion publique italienne.

Mohammad Hannoun, au cœur du réseau présumé de financement du Hamas

Ce samedi, parmi les neuf interpellés, un nom revient en boucle dans les médias outre-Alpes : Mohammad Hannoun, actuel président de l’Association des Palestiniens d’Italie (API). Dans le dossier, cet architecte palestinien, installé à Gênes, est décrit comme un « membre de la branche extérieure » du Hamas et le « chef de la cellule italienne de l’organisation », et son association, l’ABSPP (Association caritative solidaire du peuple palestinien), est soupçonnée de servir de plaque tournante pour les fonds récoltés pour le groupe terroriste. 70 % des dons, notamment destinés aux civils et à l’aide humanitaire dans l’enclave bombardée par les troupes israéliennes, auraient ainsi été détournés, avance-t-on. Grâce à cette enquête, les services italiens confirment la création par le Hamas « d’un département extérieur et de branches périphériques dont l’objectif principal est de promouvoir l’image de l’organisation et, surtout, de contribuer à son financement, condition essentielle à son existence, son développement et la réalisation de ses objectifs ». Selon le dossier, Mohammad Hannoun aurait également été en contact avec ses homologues, « occupant des fonctions similaires aux Pays-Bas, en Autriche, en France et en Angleterre ».

Déjà l’an passé, le Génois et son association avaient fini dans le radar du Trésor américain, qui les accusait d’avoir monté une « fausse organisation caritative en Italie qui prétend collecter des fonds à des fins humanitaires mais qui, en réalité, contribue à financer la branche militaire du Hamas ». De ce côté-ci des Alpes, ce sexagénaire, particulièrement actif dans les manifestations pro-Gaza après le 7 octobre et critique régulier du gouvernement Meloni (« complice », selon lui, de la tragédie à Gaza), n’était pas non plus inconnu des autorités italiennes. Hannoun avait en effet déjà été visé par une enquête – classée sans suite – à Gênes et fait l’objet de plusieurs mesures d’éloignement de la part de la ville de Milan pour certaines de ses déclarations, notamment lors de manifestations. De quoi motiver plusieurs élus de la droite dure transalpine, dont Matteo Salvini, à demander son expulsion de la péninsule.

L’intéressé, qui se déclarait « sympathisant du Hamas ainsi que de toutes les factions qui luttent pour les droits » du peuple palestinien, dénonçait pourtant la « supercherie » visant à le dépeindre en cadre de l’organisation terroriste. « Des politiciens m’accusent d’être un leader pour me discréditer ainsi que tous ceux qui me contactent pour participer à des réunions ou des projets pour la Palestine », estimait ainsi, il y a quelques mois, Mohammad Hannoun. L’opération ayant mené à son arrestation, ce samedi, a été directement saluée par la cheffe de l’exécutif, Giorgia Meloni, en personne, pleine de « reconnaissance et de satisfaction ».