La Tunisie a perdu 3-2 contre le Nigeria lors de la 2ᵉ journée du groupe C de la CAN 2025, dans un match qui laisse beaucoup de regrets. Trop timorés et en difficulté pendant une bonne partie de la rencontre, les Aigles de Carthage ont mis du temps à entrer dans leur match avant de se réveiller en fin de rencontre. Une réaction pleine de cœur, mais insuffisante, qui conduit logiquement à l’évaluation des performances individuelles.
Aymen Dahmen (3) : Parmi les grosses déceptions de cette CAN, il est sans conteste celui qui a le moins rassuré le staff technique, au point de voir son statut de gardien n°1 sérieusement remis en question. Face au Nigeria, il n’a jamais dégagé la sérénité attendue, multipliant les retards à l’intervention et manquant cruellement d’autorité dans sa surface.
Peu sûr dans ses prises de balle, hésitant dans le jeu au pied, il a souvent mis sa défense en difficulté à la relance. Sur sa ligne comme dans les duels aériens, il a affiché des limites préoccupantes, laissant transparaître une fragilité mentale et un manque de prestance qui ne pardonnent pas à ce niveau de compétition. Incapable d’apporter ce sentiment de sécurité dans les temps forts adverses, il n’a pas su soulager les siens.
Malgré son expérience du très haut niveau, notamment acquise lors de la Coupe du Monde 2022, elle n’a cette fois pas pesé face aux Super Eagles. Cette prestation ratée relance logiquement le débat dans les cages tunisiennes. La rétrogradation de Béchir Ben Saïd, longtemps indiscutable, interroge d’autant plus que le portier de l’Espérance Sportive de Tunis n’a jamais déçu en sélection et a souvent répondu présent dans les grands rendez-vous. À ce stade de la CAN, une redistribution des cartes semble inévitable.
Dylan Bronn (4) : Le défenseur du Servette FC avait été préféré en début de CAN à l’axial de l’Espérance Sportive de Tunis, Yassine Meriah. Un choix jusque-là compréhensible, au regard de l’état physique de Meriah, émoussé par un enchaînement infernal entre championnat tunisien, Ligue des champions africaine et Coupe arabe, qui faisait douter de sa capacité à tenir sur la durée d’une CAN.
Solide et plutôt rassurant face à l’Ouganda, Dylan Bronn a en revanche sombré contre le Nigeria, à l’image d’un collectif en grande difficulté. Souvent en retard, il a beaucoup souffert face à Victor Osimhen, dominé dans les airs comme dans les duels au sol, tout comme son compère de charnière Montassar Talbi. Une prestation en net recul qui relance le débat en défense centrale et surtout sur l’animation défensive.
Montassar Talbi (3.5) : Match cauchemardesque. Totalement dépassé et en grande difficulté face à l’armada offensive nigériane, il a vécu une première période très compliquée. Pris de vitesse, battu dans les duels aériens comme au sol, souvent en retard dans ses interventions, l’axial tunisien a affiché une fébrilité inquiétante.
Il porte, avec son gardien Aymen Dahmen, une lourde responsabilité sur les deux premiers buts encaissés. Sur l’ouverture du score, il est devancé par Victor Osimhen de la tête, avant de perdre une nouvelle fois son duel face à Wilfried Ndidi sur corner pour le deuxième but.
S’il sauve partiellement sa prestation en réduisant l’écart en seconde période, cela ne suffit pas à masquer une performance globalement très insuffisante. Pour un joueur censé être le patron de la défense et un cadre de la sélection, cette prestation pose de sérieuses questions : Montassar Talbi a clairement failli dans sa mission.
Yan Valéry (4.5) : Pas catastrophique, il a livré une prestation assez sobre, apportant un soutien défensif utile tout en jonglant entre rôle de troisième axial et latéral droit. Cependant, son apport offensif reste limité : centres imprécis et manque de justesse dans le dernier geste, loin du niveau attendu d’un international tunisien. En résumé, une performance mitigée : rassurant défensivement, mais insuffisant dans l’utilisation du ballon et le timing des actions.
Ali Abdi (4) : Le joueur de l’OGC Nice nous avait habitués à bien mieux. Face au Nigeria, Ali Abdi est passé à côté de son match. Peu précis dans ses transmissions, il a souffert défensivement face aux percussions d’Ademola Lookman. Son apport offensif est également resté trop limité, malgré un léger mieux après l’heure de jeu.
En difficulté dans ses tâches défensives, il a aussi manqué de coordination et de communication avec la charnière centrale, notamment avec Montassar Talbi. Une prestation globalement en dessous des attentes, sans pour autant remettre en cause son rôle essentiel dans le onze de départ des Aigles de Carthage.
Ellyes Skhiri (4.5) : Véritable poumon et ratisseur de la sélection, Elyes Skhiri a livré une prestation en dents de scie. Précieux à la récupération grâce à son sens du placement et de l’anticipation, il a su couper plusieurs situations nigérianes avec justesse. Mais trop souvent esseulé dans l’entrejeu, peu aidé par des partenaires statiques et sans mobilité, il a manqué de relais.
Ce déséquilibre collectif pèse aussi sur sa perte de balle à l’origine du troisième but nigérian, conclu par Ademola Lookman. Mieux entouré, Skhiri peut offrir bien plus, comme il le fait en club, où il ne se limite pas au ratissage mais participe pleinement à l’animation par ses projections et sa présence sur les deuxièmes ballons. Un ajustement tactique s’impose pour exploiter pleinement son potentiel sur la suite du tournoi.
Ferjani Sassi (3.5) : À quoi sert réellement Ferjani Sassi sur le terrain ?
C’est la question que tout observateur lucide est en droit de se poser à l’issue de la rencontre face au Nigeria. Son impact a été quasi inexistant : ni présence physique, ni efficacité à la récupération, encore moins dans le pressing. Lent dans la vitesse d’exécution, particulièrement dans ses transmissions dès qu’il est soumis au pressing adverse, Sassi a livré une prestation indigne du statut de capitaine de la sélection tunisienne.
Le faible rythme du championnat qatari, dans lequel il évolue, ne l’aide absolument pas à élever son niveau pour une compétition aussi exigeante que la CAN. Comme trop souvent, on constate que Sassi parvient à tirer son épingle du jeu face à une adversité modeste des sélections classées au-delà de la 70ᵉ place mondiale ou lors de matchs amicaux mais qu’il montre ses limites dès qu’il s’agit de compétitions officielles face à des équipes d’un calibre supérieur.
Dans ces contextes plus relevés, c’est généralement une faillite physique qui apparaît : son corps ne lui permet pas de suivre l’intensité du jeu ni de peser sur le match, malgré une qualité technique indéniable.
Mohamed Ali Ben Romdhane (3.5) : En méforme en club depuis plusieurs semaines, la présence de Ben Romdhane à la CAN soulève de réelles interrogations quant à sa légitimité. Sa prestation face au Nigeria n’a fait que confirmer qu’il est encore très loin de son meilleur niveau. Utilisé dans un rôle de piston, il a d’abord évolué sur le couloir droit en première période avant d’être repositionné à gauche, sans que cela n’améliore son rendement.
Son apport est resté très mitigé : souvent dépassé par les événements, il n’est jamais parvenu à peser sur la rencontre. Cette performance en demi-teinte s’explique sans doute par sa méforme actuelle lui qui a perdu sa place en club à Al Ahly mais aussi par un positionnement qui ne correspond absolument pas à ses caractéristiques de jeu.
Quoi qu’il en soit, sa prestation fut timide et sans relief. C’est clairement un match à oublier pour Ben Romdhane, qui n’aura pas marqué de points. Cela pose également la question de la non-utilisation, dans le onze de départ, de joueurs comme Sébastian Tounekti ou Mohamed Haj Mahmoud, qui auraient pu apporter davantage de dynamisme et de solutions.
Hannibal Mejbri (5.5): S’il y a bien un joueur qui a émergé du naufrage de la sélection tunisienne face au Nigeria, c’est indéniablement Hannibal Mejbri. Le milieu de terrain de Burnley a endossé le rôle de véritable métronome : régulateur du jeu, il a dicté le tempo et assuré la liaison entre les lignes. Grâce à son volume de jeu et à son impact physique, il a su exister dans l’intensité imposée par les Super Eagles, s’imposant dans les duels et tenant le milieu à bout de bras.
Sa prestation a été globalement aboutie. Mejbri a notamment su casser des lignes par des transmissions dangereuses dans les intervalles, même si l’on peut lui reprocher un certain déchet technique dans le dernier tiers. Malgré cela, il n’a absolument pas à rougir de son match.
À seulement 22 ans, il a affiché un leadership et une personnalité bien supérieurs à ceux de joueurs comptabilisant pourtant près d’une centaine de sélections. Cette performance est de très bon augure pour la suite de la compétition. À l’avenir, on attendra de lui davantage de justesse technique et de lucidité dans les trente derniers mètres, ainsi qu’un meilleur réalisme face au but. Mais dans l’ensemble, son rendement est plus que satisfaisant et il peut légitimement être fier de sa prestation.
Elias Achouri (3): Totalement transparent face au Nigeria, le joueur est passé à côté de son match. S’il avait su se mettre en évidence lors de la première journée de la phase de poules face à l’Ouganda, notamment grâce à un doublé, sa prestation contre les Super Eagles a été très en deçà des attentes. Aucun impact, ni physique ni tactique, et une influence quasi nulle aussi bien offensivement que défensivement.
Même les consignes tactiques qui lui avaient été attribuées par le sélectionneur des Aigles de Carthage, Sami Trabelsi, ont semblé confuses et mal interprétées sur le terrain. C’est clairement un match à oublier. On pouvait pourtant espérer le voir endosser le rôle de leader technique et confirmer sa bonne entame de compétition, mais il a finalement failli, apparaissant en grande difficulté tout au long de la rencontre, à l’image du reste de l’équipe.
Cette prestation ne plaide pas en sa faveur dans la course à une place de titulaire. Son manque de régularité et de personnalité continue de freiner son installation durable dans le onze de départ, d’autant plus que la concurrence s’intensifie avec l’émergence de Sébastian Tounekti, qui s’affirme progressivement comme une option crédible et intéressante sur les ailes de l’attaque tunisienne.
Hazem Mastouri (3): Très loin du niveau attendu, Mastouri n’a pas confirmé face au Nigeria. S’il avait montré des choses intéressantes lors de la première journée de la phase de poules contre l’Ouganda, notamment dans un registre d’avant-centre de fixation grâce à son jeu dos au but et la qualité de ses remises, sa prestation face aux Super Eagles a surtout mis en lumière un manque criant d’expérience dans les matchs de très haut niveau.
Dans ce type de rencontre, où la Tunisie est largement privée du ballon, le rôle de l’avant-centre devient particulièrement ingrat. Tout se joue alors sur le mental, la lucidité et la capacité à exploiter le peu de situations favorables qui se présentent souvent deux ou trois séquences tout au plus. Or, un avant-centre tunisien doit impérativement savoir se montrer clinique dans ces moments clés.
Malheureusement, Mastouri a failli, notamment par manque de vécu à ce niveau. L’exemple le plus parlant reste cette action de la première période, lorsqu’il est parfaitement lancé dans la profondeur par Dylan Bronn dans le dos de la défense nigériane : au lieu de conclure en première intention alors que l’angle de tir s’y prêtait, il a cherché à en faire trop, tentant le dribble de trop.
Pour la suite du tournoi, il ne s’agira pas de le mettre au placard à la suite de ce match manqué, mais plutôt de rectifier le tir, tant dans l’utilisation du ballon que dans la préparation mentale des grandes affiches. Il devra également être soumis à une concurrence réelle avec les autres avants-centres disponibles, notamment Firas Chaouat. Une concurrence saine pousse au dépassement de soi, là où un statut trop confortable et non remis en question tend souvent à installer le joueur tunisien dans une confiance excessive.
Sebastian Tounekti (5.5): Remuant dès son entrée en jeu, le joueur du Celtic FC a clairement dynamisé l’animation offensive des Aigles de Carthage. Par son explosivité, sa qualité de percussion et sa capacité à provoquer balle au pied, il a constamment apporté le danger sur le flanc gauche de l’attaque tunisienne.
Aux côtés d’Hannibal Mejbri, il a été l’une des très rares éclaircies dans un collectif tunisien en grande difficulté. Sa justesse dans les prises d’initiative et son volume d’efforts ont tranché avec l’apathie générale.
Pour la suite, et dès le prochain et décisif match de poules face à la Tanzanie, il serait pertinent de lui accorder davantage de responsabilités, au lieu de le cantonner à un simple rôle de supersub. Au vu de son impact, Sébastian Tounekti a clairement les arguments pour débuter dans le onze de départ. La méritocratie, seule, devrait dicter ce choix.
Sami Trabelsi {sélectionneur} (3):
Faillite tactique de la Tunisie face au Nigéria : une accumulation d’erreurs
La Tunisie a trop respecté le Nigéria, jouant le match en fonction de l’adversaire plutôt qu’en imposant son propre football. Ce complexe de supériorité adverse s’est traduit par une équipe trop passive, un bloc bas et un excès de prudence, laissant Osimhen et ses coéquipiers exploiter les espaces avec une facilité déconcertante.
La gestion du groupe par le staff reste incompréhensible. Aligner presque le même onze sans rotation, malgré un rythme soutenu, interroge : pourquoi un joueur comme Tounekti doit-il entrer seulement en cours de match ? Pourquoi un cadre confirmé comme Mohammed Haj Mahmoud reste-t-il sur le banc ? La sélection semble moins guidée par le mérite que par un choix arbitraire, au détriment de la fraîcheur et de l’efficacité collective.
Le problème ne se limite pas aux choix individuels : le rôle attribué à Ferjani Sassi en tant que deuxième milieu récupérateur est dépassé tactiquement, et persister à aligner Mohamed Ali Ben Romdhane, quel que soit son état de forme, fragilise l’équilibre. Les cadres, eux, n’ont pas su prendre leurs responsabilités pour rectifier les déséquilibres, notamment sur le côté gauche constamment attaqué.
En bouleversant le système et en envoyant un message de prudence, le staff a généré un excès de respect qui a paralysé l’équipe dès l’entame. Résultat : un plan tactique neutralisé, sans ajustement, et une Tunisie qui a fini par subir plutôt que jouer.
En résumé

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