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« Je n’abandonnerai pas mes principes » : Zohran Mamdani peut-il tenir ses promesses à New York ?

« Je n’abandonnerai pas mes principes » : Zohran Mamdani peut-il tenir ses promesses à New York ?

Investi maire ce jeudi 1er janvier, le démocrate socialiste Zohran Mamdani a promis de transformer New York. Il est déjà attendu au tournant.

Abdul Issinni n’allait pas se laisser décourager par les – 9 °C ambiants. Ce jeudi 1er janvier, dès 8 heures du matin, il faisait la queue dans son tee-shirt floqué du visage de Zohran Mamdani pour assister à la cérémonie d’investiture publique de son champion. À 34 ans, il est le premier musulman et l’un des rares démocrates socialistes – étiquette stigmatisée aux États-Unis depuis la guerre froide – à diriger la ville la plus peuplée du pays. « C’est historique ! s’exclame Abdul. J’ai demandé à ma mère de me réveiller juste avant minuit pour le passage à la nouvelle année. Et je n’ai pas pu me rendormir ! »

Intervenue quelques heures après son investiture officielle (en petit comité dans une station de métro désaffectée de Manhattan), cette cérémonie portait la patte de Mamdani. Engagé aux côtés de chauffeurs de taxis endettés quand il était élu à l’assemblée législative de New York, il est arrivé à l’Hôtel de Ville à bord de l’un de ces mythiques véhicules jaunes. Un imam a récité une prière sur scène.

Et aux abords de la mairie, une retransmission exceptionnelle de l’événement sur écrans géants avait été organisée pour permettre au plus grand nombre d’y assister. « Une nouvelle ère commence aujourd’hui », a lancé le maire dans son discours depuis les marches de l’Hôtel de Ville, devant quatre mille invités triés sur le volet, coiffés pour certains de keffiehs et de bonnets rouges « taxez les riches ».

« Le principal défi, c’est le temps »

Pour l’étoile montante du Parti démocrate, le plus dur commence. Il a fait campagne sur trois mesures phares pour alléger le coût de la vie dans la ville la plus chère du pays : gratuité des bus, démocratisation de la garde d’enfants, gel de certains loyers. Des réformes qu’il voudrait en partie financer par l’augmentation des impôts sur les plus riches et les grandes entreprises. La mesure nécessitera notamment le soutien de la gouverneure de l’État de New York, la centriste Kathy Hochul. Présente à la cérémonie d’investiture aux côtés d’autres dignitaires, elle est restée de marbre quand la foule s’est mise à scander « taxez les riches ».

Il prend également les rênes d’une municipalité malmenée par les politiques de Donald Trump, un autre New-Yorkais célèbre, dont son plan d’expulsions des sans-papiers. « Le principal défi, c’est le temps. Rien dans le programme de Zohran Mamdani ne peut être mis en œuvre rapidement. Chaque réforme suppose des rapports de force institutionnels », explique Tristan Cabello, maître de conférences à l’université Johns Hopkins (Maryland) et auteur de La Victoire de Zohran Mamdani à New York, un laboratoire pour la gauche (éd. Textuel, à paraître en février).

Deux facteurs lui sont néanmoins favorables : après l’avoir taxé de « communiste », Donald Trump semble prêt à le ménager – pour le moment – et Kathy Hochul paraît ouverte à l’idée d’une hausse d’impôts. Candidate à sa réélection lors des « midterms » de novembre 2026, elle aura à cœur de s’attirer les faveurs de l’électorat de « Zohran ». Mais avant même de prendre ses fonctions, ce dernier a froissé quelques sensibilités à gauche. Il lui a notamment été reproché de maintenir à son poste Jessica Tisch, la cheffe de la police de son prédécesseur controversé, Eric Adams, critiquée pour sa gestion des manifestations propalestiniennes.

Un maire à la fois « politique » et « tactique »

Par ailleurs, il est intervenu auprès de l’organisation socialiste Democratic Socialists of America (DSA), dont il est membre, pour la dissuader de soutenir la candidature du progressiste Chi Ossé face au chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries, lors des primaires pour les « midterms ». Ce dernier, député centriste de Brooklyn et figure de l’establishment, est pourtant honni par l’aile gauche du parti.

« Ce qui se dessine, c’est le profil d’un maire “politique” et “tactique”, pleinement conscient des contraintes, reprend Tristan Cabello. Au cœur de tout : la question du coût de la vie. Si cela implique de rencontrer Trump, ce sera pour ramener la discussion sur ce terrain. Pas de guerre frontale avec les démocrates, pas de conflits inutiles avec l’appareil, tant que cela ne sert pas la mise en œuvre du projet. »

Pendant son investiture, Zohran Mamdani a juré de ne pas renier son identité socialiste. S’inscrivant dans la lignée du « New Deal », il a appelé à un retour au « big government » (État providence) pour servir les couches populaires. « Je n’abandonnerai pas mes principes de peur d’être taxé de trop radical », a-t-il dit sous les applaudissements. Dans la foule, Sagar, une artiste handicapée d’origine indienne, est heureuse de voir un musulman prendre les commandes de New York moins de vingt ans après le 11 Septembre, mais elle ne lui donnera de blanc-seing pour autant. « S’il ne respecte pas ses promesses, dit-elle, je ne resterai pas silencieuse. »