Le Metropolitan Detention Center de Brooklyn, où l’ancien dictateur vénézuélien attend son procès, concentre tous les maux du système pénitentiaire américain.
S’ils avaient voulu signifier à Nicolas Maduro qu’ils comptaient ne lui faire aucun cadeau, les États-Unis ne s’y seraient pas mieux pris. L’ancien président vénézuélien, capturé samedi 3 janvier, a été incarcéré à son arrivée sur le sol américain au Metropolitan Detention Center (MDC) de Brooklyn, à New York. Cet établissement d’environ 1 600 places, ouvert depuis le début des années 1990, est l’une des plus grandes prisons fédérales du pays. Et il traîne derrière lui une sombre réputation.
L’établissement a été construit spécifiquement pour les personnes en détention provisoire, dans l’attente de leur inculpation ou de leur procès, ou pour héberger des détenus déjà condamnés et en attente de transfert. L’ancien homme fort du Venezuela rejoint une longue liste de personnalités publiques passées (ou toujours) entre les murs de la prison : P. Diddy, R. Kelly, Luigi Mangione (accusé du meurtre du patron d’UnitedHealthcare) ou encore l’ancienne compagne de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, entre autres.
Mais le MDC est également tristement célèbre pour ses conditions de détention déplorables. Selon The Independent, il fait face à un manque chronique de personnel (l’effectif n’était que de 55 % en 2023) et de soins médicaux ou à la violence. Un détenu affirme même à la chaîne de télévision Spectrum News que des agressions à l’arme blanche y ont lieu « au moins deux fois par semaine », et plusieurs cas de meurtre hantent encore les murs de la prison.
Cafards, moisissure et luminaires cassés
« Un type a reçu un coup de couteau de fortune dans l’œil », a raconté Eli, un détenu. « Je n’ai jamais été en prison. C’est la première fois que j’y vais, mais ils font parfois quinze à vingt-trois centimètres de long, fabriqués artisanalement avec des morceaux de métal récupérés sur les murs. C’est très violent. » D’après Robert, un autre détenu, « certains des agents correctionnels ici sont membres de gangs ». Le lieu est également insalubre : des vidéos montrent des cafards sur la nourriture, des luminaires cassés et de la moisissure dans la douche.
Les avocats de Sean « Diddy » Combs avaient eux-mêmes plaidé que « les conditions du MDC n’étaient pas adaptées à une détention préventive », quand Ghislaine Maxwell s’était plainte d’« eaux usées brutes », de privation d’eau et d’une « hypersurveillance » des gardiens. Pour David Patton, l’ancien directeur des Défenseurs fédéraux de New York (organisation indépendante à but non lucratif dont les avocats exercent devant les tribunaux fédéraux des districts sud et est de New York), « du manque de soins médicaux aux graves problèmes d’hygiène, en passant par les asticots dans la nourriture et la violence, tout ce qu’on peut imaginer de problématique dans une prison, on le trouve au MDC, et ce depuis très longtemps ».
En 2019, rapportait le New York Times, plus d’un millier de détenus avaient souffert, en plein mois de février, de coupures d’électricité et de chauffage pendant au moins une semaine, alors qu’il faisait 2 degrés à New York. Un rapport du ministère de la Justice avait conclu à une « grave mauvaise gestion » de la crise par les responsables de l’établissement.
« L’incarcération au MDC mettra à l’épreuve les esprits les plus forts »
Les agents pénitentiaires agiraient également avec la plus grande violence, en toute impunité. Un rapport du même ministère, en 2020, évoquait la mort d’un prisonnier souffrant de démence, aspergé de bombe au poivre puis menotté par un membre du personnel. Les conditions de détention sont tellement infernales qu’il est de coutume pour les juges, selon Spectrum News, d’accorder des réductions de peine ou de laisser des accusés en liberté dans l’attente de leur condamnation, pour leur éviter d’être incarcérés au MDC.
« L’incarcération au MDC mettra à l’épreuve les esprits les plus forts », a déclaré à Bloomberg Justin Paperny, consultant en droit pénitentiaire qui a conseillé des clients détenus dans cet établissement. En septembre dernier, l’administration pénitentiaire fédérale assurait que « le MDC Brooklyn est sûr pour les détenus et le personnel ». Les déplacements de Nicolas Maduro (incarcéré avec son épouse Cilia Flores) seront étroitement surveillés et strictement encadrés.
Celui qui a plaidé non coupable ce lundi 5 janvier au tribunal de New York d’accusations de trafic de drogue a été reconduit au MDC jusqu’à la prochaine audience, fixée au 17 mars. D’ici là, l’ancien dictateur aura tout le loisir de découvrir l’enfer sur terre, dans un établissement qui concentre tous les maux du système carcéral américain.

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