Une Américaine de 37 ans a été tuée à Minneapolis par un agent de l’ICE lors d’une opération controversée. Un drame qui ravive les tensions politiques.
C’est une tragédie qui laisse un enfant de 6 ans orphelin. Une Américaine de 37 ans a été tuée à Minneapolis par un agent de la police de l’immigration (ICE), ce mercredi 7 janvier, lors d’une opération qui avait été dénoncée par les élus démocrates locaux.
Donald Trump a immédiatement défendu un acte de « légitime défense » dans ce qui pourrait constituer un refus d’obtempérer, et rejeté la faute sur « la gauche radicale » qui manifestait contre l’ICE. Sa secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a dénoncé un acte de « terrorisme intérieur » après avoir offert une version contestable des faits. En face, le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, a fustigé la « propagande » de l’administration Trump.
Que s’est-il passé ?
Après Los Angeles et Chicago, c’est à Minneapolis que Donald Trump a décidé d’envoyer près de 2000 policiers de l’ICE. Cette ville du nord des États-Unis, qui compte plusieurs dizaines de milliers d’immigrants somaliens – qualifiés de « déchets » le mois dernier par Donald Trump – est secouée par une vaste affaire de fraude impliquant certains groupes de la diaspora.
Mercredi matin, dans une ville enneigée, plusieurs dizaines de personnes protestaient contre l’opération policière. Sur une vidéo partagée sur X (attention, les images sont choquantes), on voit, en marge de la manifestation, une voiture bloquant la moitié de la chaussée quand trois agents de l’ICE s’avancent et somment la conductrice de sortir du véhicule. Un policier tente d’ouvrir la portière. La conductrice recule, braque le volant dans la direction opposée des agents puis enclenche la marche avant. Un policier situé sur le côté sort son arme et fait feu à trois reprises à bout portant en s’écartant.
La voiture continue tout droit et s’encastre dans un véhicule garé sur le bas-côté. Un passant qui dit être médecin demande s’il peut aller prendre le pouls de la conductrice. Les agents refusent. Les secours, qui arrivent quelques minutes plus tard, constatent son décès.
Sur une seconde vidéo, qui montre un angle différent, il semble que l’agent qui a ouvert le feu ait été légèrement touché par le véhicule.
Comment a réagi l’administration Trump ?
En déplacement au Texas, la secrétaire à la Sécurité intérieure Kristi Noem – dont dépend l’ICE – s’est exprimée à chaud lors d’une conférence de presse, qualifiant l’incident « d’acte de terrorisme intérieur ». « Les agents se sont retrouvés bloqués dans la neige […] et tentaient de dégager leur véhicule, lorsqu’une femme les a attaqués, eux et les personnes autour, et a tenté de les renverser et de les percuter avec son véhicule. L’un de nos agents a réagi rapidement et, de manière défensive, a fait usage de son arme pour se protéger ainsi que les personnes alentour. »
Donald Trump a offert cette description sur Truth Social : « La femme qui conduisait la voiture a entravé l’action des agents […] et a violemment, volontairement et avec une extrême brutalité, renversé un agent de l’ICE, lequel semble avoir fait usage de son arme en état de légitime défense ». « Cette situation est examinée dans son intégralité, mais la raison pour laquelle ces incidents surviennent est que la gauche radicale menace, agresse et cible quotidiennement les forces de l’ordre et les agents de la police de l’immigration », a justifié le président américain.
Comment ont réagi les démocrates ?
« J’ai vu la vidéo. Ne croyez pas cette machine de propagande », a répondu le gouverneur Tim Walz. Le Minnesota « veillera à ce qu’une enquête complète, équitable et rapide soit menée afin de garantir que les responsabilités soient établies et que justice soit rendue ». Face aux risques de débordements, il a également mis la garde nationale du Minnesota en alerte.
« Nous redoutions ce moment depuis le début », a déclaré le maire Jacob Frey, qui a dénoncé le « bullshit » de Kristi Noem et suggéré à la police de l’immigration de se « casser » (« get the fuck out ») de Minneapolis. La secrétaire à la Sécurité intérieure « est une menteuse éhontée, qui n’a aucune crédibilité. Rien ne permet de penser que la fusillade ayant visé une femme non armée à Minneapolis était justifiée », a abondé le leader des démocrates à la Chambre, Hakeem Jeffries.
Face à cette « vidéo horrible », Kamala Harris a également épinglé le « gaslighting » (la manipulation) de l’administration Trump. Le chef de la police de Minneapolis, Brian O’Hara, a contesté sur CNN que l’agent ait été blessé. Dans la soirée, Kristi Noem a affirmé qu’il avait été traité à l’hôpital et avait pu rentrer chez lui.
Qui était la victime ?
Renee Good était âgée de 37 ans. Mercredi soir, on ignorait si elle participait activement à la manifestation et tentait de bloquer le trafic ou si elle était une « observatrice » comme de nombreux démocrates l’ont affirmé. Elle laisse derrière elle un fils de 6 ans dont le père est décédé en 2023 dans le Colorado. « Il n’a plus personne dans sa vie », a confié au Star Tribune le grand-père paternel du garçon, avant d’ajouter : « Je vais conduire, je vais prendre l’avion pour venir chercher mon petit-fils. »
NOW: Crowd continues to grow in Minneapolis at a vigil where a federal shot and killed Renee Good this morning.
“SAY HER NAME!”
“RENEE GOOD!” pic.twitter.com/vasiQPMa4Y— daviss 📸 (@daviss) January 7, 2026
Dans la soirée, plusieurs centaines de personnes ont participé à une veillée en scandant le nom de la victime et en brandissant des pancartes « ICE OUT » (« dehors l’ICE »). Une manifestation s’est également déroulée à New York. Selon un décompte du New York Times, il s’agit de la 9e fois que la police de l’immigration ouvre le feu en quatre mois. En septembre, un ressortissant mexicain en situation régulière avait été tué à Chicago.

Partager :