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David Sherborne, l’avocat des stars au service du prince Harry

David Sherborne, l’avocat des stars au service du prince Harry

Il a représenté Diana, Elton John, les Beckham et Johnny Depp. Aujourd’hui, cette star du barreau défend Harry face au groupe de presse le plus puissant du royaume.

À Londres, le temps est révolu, dit-on, des avocats à l’éloquence théâtrale, les poches pleines de répliques shakespeariennes et de diphtongues palatalisées, confondant volontiers la barre et le mont Sinaï. Dans cette bonne vieille catégorie des ténors d’audience adepte du pathos d’antan figure David Sherborne. Ce personnage haut en couleur âgé de 52 ans est le « celebrity lawyer », le défenseur des célébrités le plus connu des prétoires d’Outre-Manche. Le prince Harry et les six autres plaignants, qui accusent le groupe de presse le plus puissant du royaume, Associated Newspaper, de pratiques illégales ont recruté cette aigle de la profession pour obtenir gain de cause.

Le public a appris à reconnaître cette silhouette menue, la coiffure bouffante, le costume noir et les chaussures faites sur mesure, le teint toujours bronzé et le visage souriant constamment dans le sillage du duc de Sussex. C’est Démosthène revu par Hollywood.

Acteur, le praticien, qui a interrogé le plus jeune fils de Charles III ce mercredi 21 janvier dans la salle 76 de la Haute Cour, l’est par cette aisance calculée du corps et de la parole maîtrisée jusque dans la moindre intonation de sa voix upperclass, dénuée du moindre accent. Quelques gestes lyriques à destination des chroniqueurs judiciaires au grand complet mais une passion froide à démontrer la justesse de la cause défendue par ses sept clients.

1 145 euros de l’heure

« Je me considère du côté des anges », a déclaré au Financial Times ce Rastignac dont les ouailles comptent l’ABC des stars du show-business et des magnats d’affaires. À lire son site Internet, avoir recours à ses services revient à côtoyer, outre Harry, sa mère Diana, Elton John, les Beckham, Johnny Depp, Donald et Melania Trump… Bref, un joli bestiaire figurant au classement des plus grosses fortunes de l’Entertainment et des affaires au monde.

Si ses émoluments figurent parmi les plus élevés de la place (1 000 livres soit 1 145 euros de l’heure hors TVA), le Londonien de souche refuse toute rémunération en cas de défaite par goût du jeu et au nom sacro-saint de défense de la vie privée à laquelle a droit tout individu. Les tabloïds doivent respecter la loi bien plus restrictive depuis le rapport officiel Leveson de 2012 sur les écoutes clandestines du News of the World, faute de quoi c’est le procès pour diffamation garanti. Et des procès, Me Sherborne en a gagné à la pelle. Il préfère le verdict par un jury qu’il estime plus favorable aux stars qu’un juge à perruque conventionnel pour qui seuls les faits comptent, pas l’émotion.

Au départ, tout paraît joué pour ce fils d’un avocat de la haute société spécialisé dans les affaires criminelles. Cet homme autoritaire est adepte de la stricte éducation qui ne laisse guère de place à la spontanéité. On devine chez le fiston surdoué une adolescence studieuse dans une école privée de Hampstead qui l’emmène à être accepté dès l’âge de seize ans à Oxford afin d’y étudier les lettres classiques. Mais en dépit d’un parcours universitaire de haute volée, le paternel décerne chez son rejeton quelque chose d’instable, de flottant, cette attirance pour le clinquant, le superficiel. Bref cette légèreté qui a toujours pendu à ses basques.

« Les célébrités sont des êtres humains vulnérables »

Son seul regret : n’être toujours pas sacré avocat de la couronne, le King’s QC, le titre le plus prestigieux du métier. À la question d’un membre du comité de sélection qui lui demandait s’il préférait la compagnie de ses clients à celle de ses pairs, il a répondu que les dîners arrosés entre confrères n’étaient vraiment pas sa tasse de thé. Il lui arrive maintenant de reconnaître que ce fut une erreur car cette réputation de ne rechercher que la compagnie des VIPs lui colle désormais à la peau.

Quitte à s’impliquer affectivement dans le drame de ses clients, David Sherborne les considère comme des amis. C’est particulièrement le cas d’Elton John et de son mari David Furnich. Lors de vacances passées dans leur maison de campagne de Provence, cet extraverti s’est lié à deux autres invités, Harry et Meghan. Dans ses mémoires Le Suppléant, le prince évoque à son propos « un chouette type ».

L’homme est critiqué mais jamais on n’a trouvé sur lui ce qu’il est convenu d’appeler un dossier. Rien, juste une aventure lorsqu’il était divorcé avec une collaboratrice de Lord Leveson en pleine enquête sur les méthodes mafieuses de la presse populaire sur une île paradisiaque. L’écart lui avait valu d’être à son tour la proie des paparazzis envoyés par des journaux vengeurs. Sherborne en est sorti meurtri mais professionnellement indemne.

À ses critiques pointant le mélange des genres, David-le-bienheureux rétorque, « les célébrités sont des êtres humains qui sont célèbres et vulnérables. Le contexte judiciaire gomme les effets de la richesse ». Surtout quand, pour reprendre l’expression américaine, « money is no object ».