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Affaire Epstein : pourquoi le couple Clinton est accusé d’« entrave » au Congrès américain

Affaire Epstein : pourquoi le couple Clinton est accusé d’« entrave » au Congrès américain

Bill et Hillary Clinton sont accusés d’avoir refusé de se présenter à une audition dans le cadre d’une enquête parlementaire sur l’affaire Epstein. Dans le cadre de cette procédure, ils encourent jusqu’à un an de prison.

25 ans après avoir quitté la Maison-Blanche, Bill Clinton pourrait-il faire un séjour en prison ? Avec sa femme Hillary, l’ancien président démocrate des États-Unis (1993-2001) est au cœur d’une procédure pour entrave au Congrès américain, votée en commission ce mercredi 21 janvier.

Le couple est accusé d’avoir refusé de se présenter à une audition dans le cadre d’une enquête parlementaire sur l’affaire Epstein. « Les Clinton doivent rendre des comptes pour leurs actes », a fustigé l’élu républicain du Kentucky James Comer, chef de cette puissante commission de la Chambre à l’origine de la procédure.

« Aucun témoin, qu’il soit ancien président ou simple citoyen, ne peut délibérément mépriser une assignation à comparaître proprement émise par le Congrès sans conséquence », a-t-il poursuivi. Aux côtés des élus républicains, neuf démocrates ont soutenu cette mesure, selon les informations du New York Times. La suite du processus prévoit un scrutin devant l’ensemble de la Chambre des représentants, appelée à approuver ou non des recommandations de poursuites judiciaires contre le couple.

Ensuite, une procédure pour les inculper devra être lancée par le ministère de la Justice, chapeauté par Pam Bondi, une fidèle de Donald Trump. Bill et Hillary Clinton encourraient alors jusqu’à 12 mois de prison et 100 000 dollars d’amende.

Rappelons que l’ancien président américain et son épouse, l’ex-cheffe de la diplomatie des États-Unis et candidate malheureuse à la présidentielle de 2016, avaient été convoqués la semaine dernières pour des auditions séparées dans le cadre de cette affaire ultrasensible outre-Atlantique – Jeffrey Epstein étant accusé d’avoir exploité sexuellement plus de mille jeunes femmes, dont des mineures.

Sa mort par pendaison, en août 2019, dans sa cellule de New York avant son procès alimente depuis de nombreuses théories du complot selon lesquelles il aurait été assassiné pour protéger des personnalités de premier plan.

Tensions entre James Comer et les Clinton

« Aucun des époux Clinton n’a été accusé d’un quelconque méfait en rapport avec Jeffrey Epstein », rappelle toutefois le Washington Post. « Un porte-parole de l’ancien président a déclaré précédemment qu’il avait rencontré Epstein à plusieurs reprises et effectué quatre voyages à bord de son avion mais qu’il ne savait rien de ses crimes. Bill Clinton est apparu sur des clichés liés à l’affaire Epstein rendus publics par le Congrès et le ministère de la Justice », peut-on également lire dans le quotidien américain.

De son côté, l’ancien président démocrate assure ne pas avoir parlé à Jeffrey Epstein depuis plus d’une décennie et a toujours démenti avoir eu connaissance de ses crimes. Offensé par la procédure et sa mise en œuvre, le couple a adressé une lettre au ton acerbe à James Comer pour justifier son refus de se présenter aux auditions, en accusant le député du Kentucky de « punir ceux que vous considérez comme vos ennemis et de protéger ceux que vous croyez être vos amis ».

« Il revient à chacun de décider à quel moment la coupe est pleine et il est temps de se battre pour ce pays, pour ses principes et pour son peuple, quelles qu’en soient les conséquences. Pour nous, ce moment est venu », écrivent-ils dans ce courrier, révélé par le New York Times le 13 janvier dernier. Et les Clinton d’ajouter : « Nous avons essayé de vous donner le peu d’informations que nous avons. Nous l’avons fait parce que les crimes de M. Epstein étaient horribles. »

Trump accusé de manque de transparence

Mais pour James Comer, ce refus de comparaître devant le Congrès témoigne d’un manque de « coopération » et d’une certaine « défiance, marquée par des retards répétés, des excuses, et des obstacles ». L’élu républicain a toutefois reconnu que le couple négociait avec son équipe depuis plusieurs mois sur la manière de répondre aux questions de la commission. Bill Clinton avait notamment accepté un entretien sous serment dans son bureau new-yorkais en présence notamment de James Comer et du député démocrate, Robert Garcia.

Le républicain a affirmé avoir refusé cette proposition, faute de transcription officielle – et ce, bien que Robert Garcia assure de son côté que le couple n’a pas « exclu cette possibilité ». « Les efforts incessants de James Comer pour les forcer à témoigner reflètent sa stratégie générale dans l’enquête menée par sa commission, commente le New York Times. Il cherche à détourner l’attention des relations du président Trump avec le délinquant sexuel ainsi que du choix de son gouvernement de clore l’enquête sur le sujet sans divulguer des informations clés. »

Car l’actuel président des États-Unis est accusé, depuis son retour à la Maison-Blanche, d’un manque de transparence sur cette affaire. Un temps proche du financier, Donald Trump a toujours nié avoir eu connaissance de son comportement criminel et assure avoir rompu avec lui bien avant ses soucis judiciaires. Fin décembre, après des mois d’atermoiements, son gouvernement a commencé à publier des milliers de photos, vidéos et textes sur le financier pédophile.

Toutefois, l’ensemble du dossier n’a pas encore été rendu public, comme l’exigeait pourtant une loi promulguée en novembre. De nombreux fichiers publiés ont par ailleurs été largement caviardés. « Il est honteux, illégal, et inconstitutionnel que le ministère de la Justice n’ait publié que 1 % de tous les documents », a dénoncé ce mercredi l’élu démocrate, Robert Garcia.

L’impunité de Pam Bondi

De la même manière, les démocrates déplorent un deux poids deux mesures concernant la procureure générale Pam Bondi, également impunie pour son refus de publier la totalité du dossier Epstein.

L’élue de Pennsylvanie, Summer Lee, avait proposé un amendement – finalement rejeté – visant à poursuivre Pam Bondi pour outrage au tribunal. « Vous avez toujours eu l’intention d’instrumentaliser cette affaire à des fins politiques unilatérales », s’est alors insurgée Summer Lee, à l’adresse des Républicains. « Ce simulacre de procès porte atteinte à l’intégrité de notre commission et aux victimes qui ont pris des risques pour obtenir justice. »

À noter en revanche que celle qui est considérée comme la complice de Jeffrey Epstein, Ghislaine Maxwell, sera entendue par le Congrès le 9 février. L’ancienne mondaine, qui purge actuellement une peine de 20 ans de prison pour exploitation sexuelle, usera de son droit à garder le silence, comme l’ont fait savoir ses avocats à la commission.