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Inondations en Afrique australe : le Mozambique paie le plus lourd tribut

Inondations en Afrique australe : le Mozambique paie le plus lourd tribut

Des pluies diluviennes frappent la région : plus de 100 morts au Mozambique, des centaines de milliers de sinistrés et des infrastructures détruites, l’urgence humanitaire est totale.

« Ce sont les plus fortes inondations qu’on ait connues depuis des années », estime Carla Mucapera, Cheffe du bureau de terrain du Programme alimentaire mondial (PAM) dans la province de Gaza, au Mozambique. « On avait connu de très fortes inondations au début des années 2000, mais selon les responsables locaux, celles-ci sont encore pires. »

Le pays est l’un des plus touchés par les inondations qui frappent l’Afrique australe depuis mi-janvier. Selon l’ONU, plus d’un demi-million d’habitants en est frappé au Mozambique, dont la moitié des enfants. Le pays a déclaré l’urgence nationale et le président Daniel Chapo a annulé son voyage au forum économique de Davos, déclarant que « la priorité absolue actuellement est de sauver des vies ».

Selon les données collectées par ECHO, le service de la commission européenne en charge de l’aide humanitaire, on dénombrait au 21 janvier plus de 95 000 personnes déplacées, hébergées dans 82 centres d’hébergement temporaires, et près de 645 000 personnes touchées par les inondations dans le pays.

Le Mozambique en première ligne

On ignore encore largement le nombre de morts dans le pays, en raison principalement des difficultés d’accès aux zones les plus touchées. Dans les provinces de Maputo, Gaza et Sofala en particulier, les eaux boueuses se sont insinuées partout. À Xai Xai, capitale de Gaza, située à environ 200 kilomètres de Maputo, « l’eau est énormément montée mardi », relate Guy Taylor, responsable de la communication d’UNICEF au Mozambique, présent sur place. « On voit énormément de familles évacuées, qui transportent leurs enfants sur leur dos. Elles ont perdu tous leurs biens, leurs animaux, leurs cultures ont été détruites… »

Les autorités mozambicaines ont annoncé que 40% de la province de Gaza était sous les eaux. Certaines communautés se retrouvent totalement isolées, tandis que le gouvernement et les organisations humanitaires s’efforcent de les atteindre par hélicoptère ou bateau, raconte Guy Taylor. La route reliant Maputo au reste du pays est elle aussi submergée et partiellement détruite, compliquant drastiquement l’approvisionnement en aide humanitaire désormais réduit à la voie des airs.

Infrastructures à terre, urgence humanitaire

Selon les nations unies, les inondations ont considérablement affecté les infrastructures du pays, notamment les structures de santé. L’organisation estime que près de 5000 kilomètres de routes sont aussi endommagés, tandis que les autorités dénombrent plus de 3 300 habitations détruites. 90 % de la population du pays vit dans des maisons en briques d’argile « qui fondent littéralement après quelques jours de pluie », a souligné Paola Emerson, cheffe du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA).

Les cultures sont aussi affectées, 70 000 hectares de champs inondés selon le Programme alimentaire mondial, dont des denrées essentielles comme le riz et le maïs.

Outre les dégâts matériels et humains immédiats, Guy Taylor alerte sur le risque élevé aggravé de maladies transmises par l’eau. « Le problème c’est que les provinces touchées sont désormais en grande partie recouvertes d’eau stagnante. On a déjà, avant même ces inondations, un gros problème de choléra et de malaria, auxquelles s’ajoutent maintenant la typhoïde et la diarrhée. Ce sont toutes de maladies qui peuvent tuer les enfants très rapidement. C’est donc pour nous une priorité d’apporter aux habitants de quoi purifier et stocker l’eau, et de s’assurer qu’ils aient accès à des services de santé fiables. »

Le dérèglement climatique en toile de fond

Les inondations ont aussi touché le Zimbabwe et le nord est de l’Afrique du Sud, où au moins 37 personnes sont mortes dans les deux provinces touchées, le Limpopo et le Mpumalanga. Les infrastructures ont été très endommagées, la rentrée scolaire, prévue le 14 janvier, repoussée dans des dizaines d’écoles affectées. Des centaines d’évacuations ont été opérées, jusque dans le célèbre parc Kruger ou visiteurs et personnels de plusieurs camps submergés ont dû être héliportés. Face à l’étendue des dégâts, les autorités ont déclaré dimanche 18 janvier l’état de catastrophe nationale. Les rivières gonflées mettent sous pression les barrages, et la ville de Mbombela, dans le Mpumalanga, a ordonné mardi l’évacuation des habitants vivant en aval du barrage de Senteeko, les ingénieurs craignant une rupture.

Le Mozambique et l’Afrique du Sud sont de plus en plus fréquemment exposés à des événements météorologiques violents, une conséquence du dérèglement climatique selon les météorologues.