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Affaire Epstein : le fantôme d’Andrew hante aussi la banque des Windsor

Affaire Epstein : le fantôme d’Andrew hante aussi la banque des Windsor

La prestigieuse Coutts Bank, trésorière de la famille royale britannique depuis trois siècles, a évincé James Todd, ancien écuyer d’Andrew, avant même sa prise de fonction. Le scandale Epstein frappe encore.

Au XVIIᵉ siècle, Elizabeth Iʳᵉ avait fait décapiter le traître Thomas Howard, quatrième duc de Norfolk, sur l’artère londonienne du Strand, à l’endroit même où est sise la Coutts Bank. Dès lors, le fantôme du supplicié a hanté les couloirs du banquier de la famille royale, des célébrités et des super-riches. En 1993, quatre réceptionnistes ont été hospitalisées après avoir aperçu le spectre emprunter l’escalier mécanique.

Un « ghostbuster » (chasseur de fantômes) avait été recruté pour intimer à ce dernier de renoncer à sa vengeance. Puis tout était rentré dans l’ordre. Du moins, les dirigeants de l’enseigne aux trois couronnes le pensaient-ils…

Car le spectre est récemment revenu hanter le repaire de la haute finance. L’intéressé serait réapparu sous les traits de… l’ex-prince Andrew. James Todd, l’un de ses anciens écuyers recruté par la Coutts, a été mis à la porte avant sa prise de fonction en raison de son association passée avec le paria du clan Windsor, impliqué dans le scandale du pédocriminel Jeffrey Epstein.

Le 16 janvier, la Coutts a annoncé que, « par consentement mutuel », James Todd ne prendra pas ses fonctions de conseiller. À l’évidence, l’ancien officier des Royal Marines a porté le chapeau pour les fautes du proscrit dont il fut l’écuyer entre 2006 et 2008.

Le paria Andrew, devant la chapelle du château de Windsor, en avril 2025./AFP © (DR)

La perte fin octobre par son ancien patron de ses titres de prince et de duc, du reste de ses fonctions de représentation et de son manoir de fonction de Royal Lodge est à l’origine du congédiement dissimulé derrière un arrangement réciproque.

Le charme très suranné de la Coutts Bank

Avec ses plantes vertes, son hall d’entrée en marbre dominé par une grande pièce d’eau, ses divans de cuir fatigués et ses huissiers aimables, le siège de la Coutts Bank ressemble à première vue à n’importe quelle autre banque de la City. Mais l’allure extraterrestre des banquiers en habit, col blanc et chaussures noires grinçantes semble sortir d’un roman de Dickens. La politesse, la réserve, les manières délicates perpétuent un style « upper class » un tantinet arrogant… on pourrait facilement se croire au palais de Buckingham.

L’auguste maison est en effet la trésorière de la maison royale et de la noblesse depuis près de trois siècles. La Mecque de la banque sur mesure gère la fortune privée de la dynastie.

La fidèle banque des Windsor

Lors de l’inauguration du quartier général du Strand en 1978, Elizabeth II avait déclaré à propos de cette institution qui n’a cessé de symboliser l’alliance toujours préservée entre l’argent et la couronne : « Les membres de ma famille, pendant des générations, ont bénéficié de vos conseils sages et prudents. »

La succursale de la banque Coutts, sur l’île de Jersey. /AFP © (DR)

A priori, le CV de James Todd convenait à merveille à son futur employeur, dont le succès tient justement à ses traits caractéristiques d’une ère révolue d’excellence et de savoir-faire ancestral.

Après l’armée, l’ancien officier avait monnayé ses états de service à la Cour en devenant banquier privé, d’abord chez Barclays puis chez JP Morgan. Sa spécialité : la mise en place de trusts offshore dans le cadre de l’optimisation fiscale très prisée par les gros patrimoines.

Au long de son histoire, la Coutts n’a jamais été très regardante sur la vie privée de ses ouailles. Le fondateur, Thomas Coutts, avait déshérité ses propres enfants en faveur de sa maîtresse, la comédienne Harriet Mellon. Les aristocrates et les très grands bourgeois qui ont fait la richesse de la firme ont souvent été dévots chez eux mais dévergondés en dehors, et dans l’ombre.

Changement d’époque pour la Coutts

Mais les temps ont changé. L’écuyer d’un membre de la famille royale a pour tâche de le soulager de l’accessoire avec courtoisie, humilité et discrétion. Au vu de la proximité entre Andrew et son officier d’honneur, ce dernier devait soupçonner son implication dans l’affaire.

Depuis 2000, l’établissement est une filiale de la banque de détail National Westminster. Alors qu’il était rare naguère d’apercevoir une toilette féminine, la présidence et la direction générale sont aujourd’hui assurées par deux femmes, la première venue de la gestion de fonds, la seconde du private banking.

En se débarrassant manu militari de Todd, le duo a été fidèle à la devise d’une organisation politiquement correcte qui a fait repeindre la façade du QG aux couleurs arc-en-ciel du mouvement gay à l’occasion de la dernière Marche des fiertés dans la capitale en affirmant : « Nous voulons des clients qui souhaitent un monde meilleur pour les générations futures. »

Beaucoup mentionnent les pressions du palais en vue de sanctuariser les avoirs de la famille royale des retombées d’une infamie aux multiples rebondissements. Coutts aurait ainsi fermé le compte de Sarah Ferguson, l’ex-épouse d’Andrew, après la révélation d’un mail très amical qu’elle avait adressé à Jeffrey Epstein au début des années 2010 pour lui assurer de son appui.

« Never complain, never explain » (ne vous plaignez pas, n’expliquez jamais) ! À l’évidence, la Coutts a repris le même refrain que Buckingham Palace face aux questions des journalistes sur les conditions du départ de James Todd et le statut de son client, Andrew Mountbatten-Windsor. Chassez le naturel…