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Est de la RDC : un an après la chute de Goma, la paix toujours hors d’atteinte

Est de la RDC : un an après la chute de Goma, la paix toujours hors d’atteinte

Un an après la prise de Goma par l’AFC/M23, les initiatives diplomatiques se multiplient de l’Union africaine à l’ONU, en passant par Washington, Doha et Lomé sans effet tangible sur le terrain, où la crise perdure.

Du 25 au 27 janvier 2025, la ville de Goma, dans l’est de la RDC, a basculé dans l’une des pages les plus sombres de son histoire récente. En trois jours, l’offensive de l’AFC/M23 a fait voler en éclats un fragile équilibre sécuritaire.

Appuyée par l’armée rwandaise selon les autorités congolaises et plusieurs rapports des Nations Unies, la rébellion a pris le contrôle de la capitale du Nord-Kivu le 27 janvier 2025, marquant un tournant majeur dans le conflit à l’est du pays.

Une ville paralysée, un an plus tard

Douze mois après la chute de Goma, le constat demeure alarmant. La ville reste largement à l’arrêt : aucune banque n’a rouvert, l’aéroport international est toujours fermé, et la Cour d’appel comme les juridictions associées demeurent hors service.

Le coût humain est considérable. Selon un rapport des Nations Unies, les combats pour le contrôle de la ville ont fait au moins 2 900 morts et provoqué le déplacement de plus de 500 000 personnes, accentuant une crise humanitaire déjà chronique dans la région.

De Luanda à Doha, Washington ou Lomé : « On fait du surplace »

Face à l’ampleur de la crise, les initiatives diplomatiques se sont multipliées, sans toutefois parvenir à enrayer durablement la dynamique de guerre. Médiations régionales, engagements internationaux et déclarations de principes se sont succédé, sans effets tangibles sur le terrain.

À commencer le processus de Doha. La la RDC et l’AFC/M23 ont signé en juillet 2025 une déclaration de principes fixant plusieurs objectifs clés : cessez-le-feu permanent, retour des déplacés, restauration de l’autorité de l’État et conclusion d’un accord de paix global.

En octobre 2025, un mécanisme de vérification du cessez-le-feu a été mis en place, avant la signature, le 15 novembre 2025, d’un accord-cadre à Doha destiné à encadrer la poursuite des négociations. Pourtant, depuis la fin des processus de Washington et de Doha, ainsi que les tentatives de Luanda pour relancer la dynamique, aucun de ces mécanismes n’a produit d’effets concrets sur le terrain.

Finalement, le 17 janvier dernier, à Lomé, au Togo, s’est tenu une série de consultations régionales et internationales consacrées à la crise dans l’est de la RDC. Autour du président togolais Faure Gnassingbé, des délégués congolais, des représentants des médiateurs des États-Unis et du Qatar, ainsi que des facilitateurs de l’Union africaine ont tenté de relancer une dynamique de sortie de crise.

La rencontre de Lomé s’est conclue par l’adoption d’un document-cadre de médiation et d’un plan de travail des facilitateurs. Selon le communiqué final, les participants ont insisté sur la nécessité d’harmoniser les initiatives internationales, de renforcer la cohérence des messages et d’aligner les soutiens extérieurs sur les priorités définies par la médiation.

Les parties ont également été appelées à accélérer la mise en œuvre de leurs engagements et à privilégier des solutions pacifiques. Mais sur le terrain, ces engagements peinent à se traduire en avancées concrètes.

Pour Ben Kabamba, professeur à l’Université de Liège et analyste politique, ces initiatives donnent le sentiment d’un immobilisme préoccupant. « À la lecture du communiqué, on se rend compte que l’on fait du surplace. Le sommet de Lomé n’apporte pas assez d’éclaircissements », estime-t-il.

Il voit dans Lomé un simple prolongement de Doha, sans inflexion majeure. « Doha n’a pas abouti. Je ne vois pas comment Lomé pourrait aboutir », tranche-t-il. L’analyste souligne également que le Qatar dispose d’un « soft power » bien supérieur à celui du Togo pour imposer une véritable dynamique de paix entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Des frémissements sur le terrain

Malgré ce tableau sombre, certaines évolutions locales sont observées. Occupée par l’AFC/M23 le 10 décembre, la ville d’Uvira a été évacuée par les rebelles le 17 janvier, sous la pression internationale. Selon des sources locales, le retrait est effectif et la vie reprend progressivement son cours normal.

Le front se situe désormais à Runyingo, à environ 30 kilomètres de la ville. Le gouvernement provincial du Sud-Kivu, qui suivait jusque-là la situation à distance, devrait s’installer officiellement à Uvira dans les prochains jours afin de coordonner la gestion de la cité et les efforts de stabilisation.

Une crise aux acteurs multiples

La résolution du conflit dans l’est de la RDC apparaît de plus en plus complexe. La multiplication des acteurs, chacun avec ses priorités et ses agendas, rend les initiatives de paix difficiles à lire et largement inefficaces.

Dans ce contexte, le président Félix Tshisekedi a intensifié ses contacts internationaux. Quelques jours après sa participation à la 56ᵉ réunion annuelle du Forum économique mondial de Davos, il a rencontré à Paris son homologue français Emmanuel Macron lors d’un déjeuner de travail. Parmi les sujets abordés, Paris a réaffirmé la nécessité d’un dialogue national inclusif en RDC, présenté comme un levier de concorde politique et d’unité nationale.

Le dialogue national, ligne de fracture

Sur le plan interne, la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) ont proposé, depuis le 4 février 2025, une feuille de route intitulée Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble en RDC et dans la région des Grands Lacs. Cette initiative vise à explorer, aux niveaux interne et externe, des pistes de sortie durable de la crise.

Malgré des échanges avec plusieurs acteurs, cette proposition s’est heurtée au refus du gouvernement de Kinshasa, opposé à ce que cette dynamique soit portée par les deux Églises. « Lorsque le principal acteur refuse de participer à un tel dialogue, celui-ci est voué à l’échec », souligne Bob Kabamba. Selon lui, même les tentatives de relance par Luanda, en coordination avec les évêques, ont rencontré une fin de non-recevoir.

Un soutien international croissant, mais insuffisant

Sur le plan international, les appels en faveur d’un dialogue inclusif se multiplient. Le président angolais João Lourenço, qui assure la présidence de l’Union africaine, a rappelé le 23 janvier, lors de la cérémonie d’échange de vœux, l’importance d’un dialogue national interne. « Nous encourageons les autorités gouvernementales et la société civile congolaises à engager sans tarder le dialogue intercongolais », a-t-il déclaré. La Belgique s’est également prononcée publiquement en faveur de cette démarche.

Les préalables d’un dialogue impossible

Pour Bob Kabamba, le dialogue inclusif se heurte à de nombreux obstacles. « Comment discuter avec des acteurs qui sont à la fois en exil et condamnés à mort ? », s’interroge-t-il. Selon lui, sans garanties de sécurité et sans mesures d’apaisement, il est difficile d’imaginer la participation des opposants exilés ou condamnés à des assises à Kinshasa.

L’analyste évoque également les arrestations régulières d’opposants, qui nourrissent la méfiance et réduisent encore les chances de voir émerger un dialogue crédible, capable de jeter les bases d’une paix durable dans l’est de la RDC.