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Qui est Shayne Coplan, l’impétueux milliardaire derrière la plateforme de paris Polymarket ?

Qui est Shayne Coplan, l’impétueux milliardaire derrière la plateforme de paris Polymarket ?

À 27 ans, il est devenu l’un des plus jeunes milliardaires de la planète. Né pendant le Covid d’une idée audacieuse, son site de prédictions s’impose comme la nouvelle boule de cristal des marchés financiers.

À l’heure où les rangs des milliardaires s’étoffent de plus en plus avec l’héritage, il en est encore qui perpétuent le mythe du self-made-man. Certes, Shayne Coplan n’est pas exactement un enfant de la rue : fils de professeurs d’universités, sa jeunesse s’est déroulée dans l’Upper West Side, quartier huppé et résidentiel de New York, où les habitants travaillent, pour la plupart, dans les quartiers d’affaire de la Big Apple.

Il a fréquenté un lycée public très sélectif. Mais pour autant, ce pur produit de la Gen Z n’est pas un entrepreneur comme les autres. À 27 ans, il est le fondateur d’un empire de neuf milliards de dollars, qui a fait de cet autodidacte l’un des plus jeunes milliardaires de la planète.

Investisseur en cryptomonnaies dès l’adolescence

Très jeune, il n’a déjà que faire d’attendre qu’on lui donne sa chance. Il a l’insolence de la jeunesse. À 14 ans il investit dans l’Ethereum, une cryptomonnaie, à l’âge où l’on est plutôt obnubilé par les premières passions adolescentes. Il envoie alors un courriel au bureau régional de la Securities and Exchange Commission (l’organisme fédéral américain de réglementation et de contrôle des marchés financiers, NDLR) pour demander comment créer de nouveaux marchés.

« Je n’ai pas reçu de réponse, mais c’est un mail vraiment drôle », explique-t-il à Forbes. « Cela montre simplement que ce genre de choses prend plus d’une décennie à mûrir dans votre esprit. »

À 16 ans, il met un coup de pied dans la porte. Il se présente sans invitation dans les locaux de la start-up Internet Genius. Ses courriels à l’entreprise sont restés lettre morte, mais qu’importe. Il s’impose, fait forte impression, et obtient son premier emploi par une connaissance acérée des entrepreneurs technologiques milliardaires. Se rêve-t-il déjà parmi eux ?

« S’il choisit de devenir entrepreneur technologique, ce qui semble probable, je ne doute pas que nous reverrons bientôt son nom dans la presse », écrit Chris Glazek, son responsable à l’époque, dans la lettre de recommandation de Shayne Coplan pour l’université de New-York.

Une interdiction de courte durée

Un trimestre en informatique achevé, le jeune homme au visage poupin se sent déjà à l’étroit. Il abandonne les études, se lance dans les cryptomonnaies. Les projets inaboutis sont nombreux. Le Covid met un coup d’arrêt à ses ambitions, pour un temps seulement. Enfermé chez lui, fauché, il crée alors Polymarket, une plateforme décentralisée de paris en ligne.

Par le dépôt de cryptomonnaie, les internautes peuvent parier sur des événements futurs. Mais contrairement aux sites de paris sportifs, les possibilités y sont presque infinies : il est possible de parier à la fois sur les résultats du SuperBowl, le futur gagnant de la Premier League, que sur la date où les États-Unis frapperont l’Iran, l’Oscar du meilleur film ou encore le nombre de posts que publiera sur Elon Musk entre le 31 janvier et le 2 février. Il lève pour cela quatre millions de dollars, dont une partie venue de Naval Ravikant, un des premiers investisseurs d’Uber.

Lui qui voit en Polymarket une « machine de vérité mondiale » dit vouloir trouver une solution au « flot incessant de désinformation » qui gangrène le monde. Pour cela, il n’hésite pas à enfreindre les règles. Pour lancer sa société, il ne s’embarrasse pas de l’autorisation de la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur des marchés de prévision. Conséquence : elle lui inflige une amende de 1,4 million de dollars et interdit la plateforme en 2022. De nombreux pays, dont la France, le Canada ou la Russie, lui emboîtent le pas. Mais Shayne Coplan sait pouvoir compter sur la ruse des utilisateurs, qui utilisent un VPN pour contourner le blocage.

Néanmoins, nombre de ses investisseurs craignent qu’il ne soit qu’un épiphénomène. Aux États-Unis, la justice s’en mêle. En novembre 2024, le FBI débarque dans l’appartement de l’entrepreneur, à Manhattan. Ils souhaitent déterminer si la plateforme viole les lois destinées à prévenir le blanchiment d’argent. En juillet 2025, le ministère de la Justice abandonne son enquête.

Mieux, Polymarket a désormais l’autorisation de lancer son application sur le territoire américain (elle est toujours interdite en France). Shayne Coplan a gagné : par son succès, il a forcé la main des décideurs. Donald Trump Jr. dont la société de capital-risque est investisseuse, rejoint l’entreprise en tant que conseiller.

Des paris étranges

Bien entendu, les critiques sont nombreuses. Le recours à la cryptomonnaie, l’anonymat des utilisateurs… « Cela signifie que certains peuvent faire des choses qu’ils ne pourraient pas faire sur d’autres marchés », estime au Wall Street Journal Rajiv Sethi, professeur d’économie au Barnard College et spécialiste des marchés de prédiction.

Certains pourraient négocier sur la base d’informations classifiées ou utiliser plusieurs comptes, ce qui pourrait s’apparenter, dans le premier cas, à du délit d’initié, ou dans le second cas, d’acheter et de vendre entre plusieurs comptes pour augmenter artificiellement le volume des échanges. Polymarket, de son côté, affirme se conformer à toutes les lois applicables.

Le volume des transactions sur la plateforme a augmenté en particulier à l’occasion de l’élection présidentielle de 2024, où elles ont alors dépassé le milliard de dollars. Début 2026, elle a même dépassé les deux milliards. Elle n’a pas été épargnée par les polémiques : en novembre, elle a provoqué la colère des utilisateurs en annonçant que la Russie avait pris le contrôle de la ville ukrainienne de Myrnohrad, alors qu’en réalité, le Kremlin n’avait pas encore conquis la ville.

Début janvier 2026, un mystérieux trader a parié sur la chute de Nicolas Maduro, quelques heures avant l’opération militaire qui a engendré la capture du dictateur vénézuélien.

Mais la justesse des prévisions de Polymarket en fait petit à petit un site incontournable, pour les analystes financiers comme pour les médias, notamment lorsqu’elle prédit avec succès l’élection de Donald Trump. « Nous sommes dans une pandémie de désinformation et Polymarket offre un format novateur d’information alimenté par des incitations financières à établir la vérité, plutôt que la volonté de faire du clic », développe-t-il sur LinkedIn.

Grâce aux transactions, la valorisation de Polymarket atteint neuf milliards de dollars. Avec une participation estimée à 11 % d’une valeur d’un milliard de dollars, Shayne Coplan devient, pour quelques jours, le plus jeune self-made milliardaire au monde (vingt jours plus tard, il est détrôné par les trois fondateurs de la start-up d’IA Mercor, âgés de 22 ans).

Son ascension fait des envieux. D’autres entrepreneurs perçoivent le potentiel d’une plateforme de paris en ligne dématérialisée, qui peut contourner les lois des États et éviter les taxes. Polymarket s’associe avec de grands fonds spéculatifs, afin que leurs données leur permettent de mieux affiner leurs décisions d’investissement.

Shayne Coplan donne désormais le la. Il est entré dans la cour des grands, celle des Mark Zuckerberg, dont il est, selon une enquête du New York Magazine, le plus important contributeur à la page Wikipédia. De là à bientôt influencer, comme les réseaux sociaux, les grandes décisions politiques ?