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Présidentielle au Portugal : et à la fin, c’est un modéré qui gagne !

Présidentielle au Portugal : et à la fin, c’est un modéré qui gagne !

António José Seguro, socialiste ancré au centre, est élu président de la République. Il devance largement André Ventura, issue de la droite radicale.

António José Seguro, socialiste ancré au centre, est élu ce dimanche 8 février président de la République portugaise. Il recueille environ 67 % des suffrages, confirmant les pronostics des sondages qui le donnaient gagnant contre André Ventura, du parti Chega (droite radicale), qui obtient 33 %.

Cette élection présidentielle livrera cependant son verdict définitif la semaine prochaine. Plusieurs municipalités sinistrées par la vague d’intempéries qui frappe le pays ont en effet dû repousser le scrutin à la semaine prochaine. L’addition de leurs voix ne devrait pas changer le résultat final. António José Seguro sera bel et bien le sixième président portugais élu démocratiquement depuis la chute de la dictature salazariste en 1974.

Au premier tour, Seguro avait quasiment siphonné le réservoir de voix à gauche (31,12 %). Pour remporter le second, il a pu compter sur les reports de voix de la droite modérée, des libéraux et de celles d’Henrique Gouveia e Melo, amiral à la retraite et héros lors du Covid, qui se présentait comme un candidat au-dessus de la mêlée partisane.

Un « référendum » anti-Ventura

L’entre-deux-tours n’a pas vraiment occasionné de débats passionnés. La tempête Kristin a bouleversé la campagne et les deux candidats ont multiplié les déplacements dans les zones sinistrées. Et comme c’était écrit d’avance, ce second tour s’est mué en référendum pour ou contre André Ventura. Ce leader antisystème, à l’ascension fulgurante depuis 2019, incarne un populisme décomplexé qui rebute une large majorité des électeurs portugais.

André Ventura préconise de « nettoyer » le Portugal de ses élites prétendument « corrompues ». Il est l’ardent défenseur d’une politique ferme à l’encontre de l’immigration et l’auteur de propos frôlant la xénophobie à l’encontre des Bangladais. L’historien Yves Léonard a l’habitude de le comparer à un candidat « gonflé par les voiles du trumpisme ». Il est vrai qu’André Ventura reprend à son compte la rhétorique du président américain sur l’économie et les sujets de société.

Cette victoire d’António José Seguro est donc aussi, et dans une large mesure, la défaite d’André Ventura, bien qu’il enregistre ce dimanche son plus gros score national à la faveur d’un scrutin binaire. « Il n’y a jamais eu d’élection où il fut aussi facile de trancher », a déclaré dans l’entre-deux-tours le socialiste, lequel s’est posé en « phare » contre les « extrémismes ».

L’ascension d’un apparatchik

Son accession au Palácio de Belém – l’équivalent de l’Élysée – récompense à 63 ans son incroyable patience, lui qui a poursuivi une brillante carrière politique façon apparatchik. Les Portugais le découvrent dans la première moitié des années 1990 lorsqu’il se fait élire député à l’Assembleia da República et devient leader des Jeunes socialistes. Il se fait repérer par António Guterres, alors Premier ministre du Portugal, qui le fait entrer au gouvernement.

Seguro se fera élire député du Parlement européen en 1999, puis deviendra ministre adjoint du Premier ministre entre 2001 et 2002. Il signe cette même année son retour à l’Assemblée et devient chef de file des députés socialistes avant d’être en 2011 secrétaire du Parti socialiste portugais.

Le désert avant le come-back

L’année 2014 marquera un tournant dans la carrière politique de Seguro. Ses détracteurs socialistes lui reprochent une victoire trop faible aux élections européennes qui se tiennent cette année-là et contestent sa stratégie en tant que chef de l’opposition à l’époque. Des primaires sont alors convoquées et António Costa, maire de Lisbonne à l’époque, se présente contre lui et remporte la direction du parti. Défait, Seguro se retire de la vie politique.

Fin de l’histoire ? Non. C’est à partir de cette défaite assez humiliante que Seguro écrira l’introduction de son incroyable « come-back » victorieux. Pendant dix ans, il se consacre à l’enseignement et ne manque pas l’occasion de planter quelques graines dans la tête des Portugais lors de ses apparitions sur les plateaux de télévision.

L’idée d’une candidature présidentielle commence à germer fin 2024 et éclôt en juin dernier. Il sera soutenu quelques mois plus tard par le Parti socialiste, mais cet homme à la personnalité placide se positionne en « homme libre et sans attache », promettant d’être un président indépendant et moins interventionniste que l’actuel chef de l’État Marcelo Rebelo de Sousa, en poste depuis 10 ans.

Au Portugal, république à régime semi-présidentiel depuis 1974, c’est le Premier ministre qui conduit la politique intérieure du pays. Le président, lui, est le garant de la Constitution et de l’unité de l’État. Il commande les forces armées, nomme le Premier ministre et peut dissoudre le Parlement.