Quatre ans après l’adoption de sanctions économiques imposées au Mali par l’UEMOA, la Cour de justice de l’institution reconnaît leur illégalité. Mais dans un pays confronté à la crise sécuritaire et à l’isolement, le verdict peine à faire événement.
Le 28 janvier dernier, l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) reconnaissait l’illégalité de ses propres sanctions à l’encontre du Mali. Avant que la Cour de justice de l’institution ne statue officiellement sur ce cas, quatre longues années auront été nécessaires. Pour rappel, dans le sillage de la confiscation progressive du pouvoir malien par le général Assimi Goïta, la Cedeao avait infligé à Bamako de lourdes sanctions. L’intransigeance exprimée par cette communauté de premier plan (presque aussi politique qu’économique) avait conduit l’UEMOA à adopter une série de mesures parfaitement identique.
Acté un 9 janvier 2022 depuis Accra, au Ghana, ce train de sanctions découlait d’une conférence extraordinaire des huit chefs d’État formant l’UEMOA, ainsi que des cadres de l’Union. Le 15 février 2022, soit moins de deux mois après cette décision, Bamako décidait de formuler un recours légal dans le délai imparti. « Dès lors, les autorités au pouvoir n’ont cessé de dénoncer des sanctions illégitimes et illégales », se souvient Sambou Sissoko, analyste politique malien aujourd’hui exilé au Sénégal.
Bien-fondé de la décision
À l’époque, les mesures avaient de quoi inquiéter les nouveaux maîtres de Bamako. Outre la fermeture des frontières maliennes avec les autres pays membres de l’UEMOA, figurait également le gel des avoirs de la République du Mali et de ses entreprises publiques dispersés au sein de l’Union, ainsi qu’une suspension des transactions commerciales et financières. Le Togo s’était alors opposé au respect de telles sanctions, de peur d’être privé d’un important partenaire commercial. Devant l’asphyxie annoncée des milliers de citoyens étaient descendus dans les rues. Le Premier ministre malien d’alors, Choguel Maïga, prononçait quant à lui ces mots : « Toute l’Afrique regarde le Mali aujourd’hui. Dans une certaine mesure, le destin de l’Afrique se joue au Mali. » La Cour de justice de l’UEMOA leur donne désormais raison.
« La décision portant sanctions adoptées contre l’État du Mali […] est dépourvue de base légale », ont donc tranché les juges avant de prononcer une annulation. Motivant sa décision, la cour a rappelé que l’UEMOA « demeure une union purement économique et monétaire » et « qu’aucune norme communautaire ne prévoit de telles mesures ». « Ce dossier a permis à la junte de prolonger un discours victimaire tout en légitimant son action », nuance cependant Sambou Sissoko. Car cet arrêt de justice apparaît certes comme une victoire, mais tardive.
Une victoire en demi-teinte
Si ce fidèle de Soumeylou Boubèye Maïga (ancien Premier ministre mort en détention en 2022) considère cette décision de justice comme un « non-évènement », c’est que les sanctions avaient déjà été levées au moment du verdict. Dès juillet 2022, le régime de blocus de la Cedeao et de l’UEMOA avait pris fin devant les graves risques économiques et humanitaires encourus par un Mali enclavé. Toujours est-il que ce symbole est susceptible d’alimenter le narratif déployé par les soutiens de la Confédération des États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger). Un succès communicationnel auquel ne croit pas Sambou Sissoko. « Pensez-vous que les Maliens soient vraiment disposés à prêter une oreille attentive à ce genre de nouvelle ? », ironise l’analyste politique, pointant du doigt les pénuries de carburant que subit la population.
D’autant plus que la victoire juridique de ce mois de janvier n’est en rien synonyme de rupture avec l’UEMOA. Si le Mali et ses deux partenaires confédérés ont quitté avec fracas la Cedeao début 2025, l’Union monétaire ouest-africaine apparaît, elle, comme une ligne de vie. Malgré la volonté d’abandonner le franc CFA pour une monnaie souveraine, l’indexation sur l’euro et les facilités d’un marché commun régional sont autant de gages de stabilité pour Bamako. Dans un Sahel en crise et quelque peu isolé sur la scène internationale, l’UEMOA reste l’une des dernières options d’emprunt sur les marchés pour l’État malien et ses partenaires. À ce titre, le Conseil des ministres de l’UEMOA est présidé depuis octobre par un burkinabè et le siège de l’institution reste établi à Ouagadougou.
Inflexion rhétorique en cours ?
Depuis le verdict du 28 janvier, les autorités maliennes n’ont ainsi laissé filtrer aucun commentaire. Il faut dire que le même jour, l’Ouest du pays essuyait une grave attaque de camions-citernes circulant en convoi depuis le Sénégal. Depuis plusieurs mois, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) maintient le pays sous pression en visant cette ressource. Parallèlement, les déconvenues militaires observées sur le terrain tiennent la bride haute au pouvoir d’Assimi Goïta.
C’est dans ce contexte que Bamako infléchit depuis peu sa rhétorique anti-occidentale. Début février, Nick Checker, en charge des affaires africaines auprès du Département d’État américain posait le pied à Bamako. Objectif ? Relancer une coopération bilatérale en berne. Saluée par le ministre des Affaires étrangères malien, Abdoulaye Diop, cette visite revêt un important volet de lutte contre le terrorisme. « Avec Trump, l’intérêt sécuritaire en masque souvent un autre comme celui des ressources stratégiques examine Sambou Sissoko. Bamako s’est déjà mis dans la main des Russes ; si les États-Unis veulent désormais développer leur influence : des antagonismes politiques forts risquent de voir le jour au Sahel, prévient plus loin l’analyste. »

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