Petit-fils d’un magnat hollywoodien et patron de l’agence Wasserman, le président du comité d’organisation de LA 2028 doit défendre des e-mails intimes échangés avec Ghislaine Maxwell. Les appels à la démission se multiplient.
En 1984, une constellation de stars américaines portent la torche olympique dans les rues de Los Angeles : O. J. Simpson, Mohamed Ali ou encore Bruce Jenner. Entre deux relayeurs étoilés, un garçon de 10 ans. Son nom : Casey Wasserman. Cette incroyable opportunité, il la doit à son grand-père, Lew Wasserman, magnat de Hollywood qui a notamment dirigé les studios Universal. Quatre décennies plus tard, Casey Wasserman veut, à la tête du comité d’organisation de LA 2028, faire des Jeux de Los Angeles les plus grands de l’histoire. Mais son rêve olympique pourrait bien être emporté dans les déflagrations de l’affaire Epstein.
Car il y a plus de 20 ans, Casey Wasserman, alors marié et père de jeunes enfants, a échangé des e-mails intimes avec Ghislaine Maxwell – condamnée en 2022 à 20 ans de prison pour trafic sexuel de mineures. « Je pense à toi tout le temps, qu’est-ce que je dois faire pour te voir dans une tenue en cuir moulante ? », écrivait-il, tandis que Maxwell promettait de lui donner un massage « à des endroits qui rendent un homme complètement fou ».
Casey Wasserman a également participé à un voyage de charité de deux semaines en Afrique avec Bill Clinton à bord du jet privé de Jeffrey Epstein. Techniquement, cette association fâcheuse date d’avant la première condamnation d’Epstein de 2008 pour sollicitations de prostituées mineures. Mais depuis deux semaines les appels à la démission se multiplient parmi les clients de sa prestigieuse agence artistique – la chanteuse Chappell Roan et l’ex-joueuse de football Abby Wambach, notamment, ont claqué la porte. Pour tenter de sauver sa tête, le quinquagénaire vient d’annoncer qu’il allait vendre l’agence Wasserman, et reste soutenu par le comité d’organisation.
Un « nepo grandbaby »
Casey Wasserman et l’ancien maire de Los Angeles Eric Garcetti, moteurs de la candidature de LA 2028, aiment raconter comment les JO de 1984 ont changé leur vie. « Le monde entier est venu dans ma ville, et ma ville s’est ouverte au monde », déclarait Garcetti en 2017. Wasserman, lui, préfère citer ce grand-père qui lui a inculqué très tôt la passion du sport-business lors de petits déjeuners hebdomadaires à Beverly Hills : « Il m’a dit : “Les Jeux olympiques ne sont pas seulement une affaire de sport, mais une affaire de magie”. Et il avait raison. »
Casey Wasserman aurait pu suivre les traces de son grand-père à Hollywood mais c’est pourtant dans le sport qu’il se lance en 1998, à 24 ans. Il rachète les Los Angeles Avengers, une équipe de football américain jouant dans une ligue indoor et négocie un partenariat de diffusion avec la chaîne NBC. Surtout, il crée en 2002 une agence de management sportif qui devient un mastodonte du secteur.
Par un rachat, le groupe Wasserman met un pied en Angleterre quatre ans plus tard et représente de nombreuses stars du foot de l’époque dont Steven Gerrard et Michael Owen. Aujourd’hui, l’agence conserve un impressionnant roster en NBA (Russell Westbrook, Giannis Antetokounmpo) et a élargi ses horizons en rachetant les activités musique de Paradigm en 2022 (Coldplay, Ed Sheeran et Kendrick Lamar). En 2024, près de 20 % des artistes à l’affiche du festival Coachella étaient représentés par « Team Wass ».
Dans la tourmente
Billie Eilish n’a pas attendu l’affaire Epstein pour résilier son contrat : elle l’a fait en 2024 quand Casey Wasserman a été accusé d’avoir entretenu de nombreuses liaisons avec des jeunes femmes travaillant pour lui. Mais ce sont bien les Epstein files qui font aujourd’hui tanguer celui qui a longtemps été marié à Laura Ziffren, la petite fille d’un ancien cadre du parti démocrate. « J’impose à mes équipes les standards les plus élevés », a écrit Chappell Roan sur les réseaux sociaux. « Aucun artiste, agent ou employé ne devrait jamais être contraint de défendre ou d’ignorer des comportements aussi profondément contraires à nos propres valeurs morales. »
Casey Wasserman, lui, a exprimé de « profonds regrets », tout en soulignant que ses conversations avec Ghislaine Maxwell avaient eu lieu « deux décennies avant que ses horribles crimes soient connus ». Le comité d’organisation de LA 2028 tente de laisser passer la tempête et a décidé de maintenir à sa tête son président après avoir passé en revue sa conduite avec un cabinet juridique.
Les intérêts financiers sont gigantesques : le budget des prochains JO, estimé à 7 milliards de dollars, doit être financé à hauteur de 2,5 milliards par des sponsors. Casey Wasserman a joué un rôle central dans cette levée de fonds – il a affirmé en décembre avoir sécurisé 2 milliards de dollars – et s’est imposé comme l’interlocuteur privilégié d’une administration Trump en froid avec la maire Karen Bass et le gouverneur Gavin Newsom. Le remplacer à deux ans des jeux serait particulièrement risqué. Business is business.

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