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Tempête de neige à New York : le test grandeur nature pour Zohran Mamdani

Tempête de neige à New York : le test grandeur nature pour Zohran Mamdani

Après deux perturbations météorologiques particulièrement violentes en moins d’un mois, la gestion du maire de New York est scrutée par ses opposants comme par la population new-yorkaise.

«Il faut parfois faire des détours pour trouver un chemin praticable. C’est ridicule. » Rencontrée dans le nord de Manhattan, Jen Cavapo est à bout, ce mercredi matin. Elle doit se faufiler entre des amas de neige provenant du blizzard de la semaine dernière et enjamber les flaques qui commencent à se former à la faveur du redoux. Un sport auquel sont habitués les New-Yorkais, mais qui n’en reste pas moins usant. « La Ville attend que ça fonde, mais cela peut prendre du temps. En attendant, la neige se remplit de déchets, de déjections canines… Ce n’est pas sain ! »

Zohran Mamdani a fait rêver les New-Yorkais en promettant des politiques ambitieuses (gratuité des bus, accès aux crèches, gel des loyers…). Mais le maire démocrate socialiste sera aussi jugé sur un élément qui ne figure pas dans son programme : la gestion de la neige. Et en la matière, il a été servi.

Depuis son investiture le 1er janvier, il a essuyé deux tempêtes majeures, l’une fin janvier suivie d’une période de grand froid, et l’autre dimanche 22 février, quand un blizzard historique a déversé 60 centimètres sur la Grosse Pomme. Depuis, les New-Yorkais composent avec des tas de poudreuse qui, par endroits, restreignent l’accès aux passages piétons, la circulation sur les trottoirs et les routes.

© (Alexis Buisson)

La neige, pire ennemi des maires new-yorkais

Les tempêtes de neige ne sont pas à prendre à la légère pour les maires de New York. Dans la ville la plus peuplée des États-Unis – 8,5 millions d’habitants –, elles peuvent rapidement se transformer en casse-tête politique. Ceux qui ont sous-estimé le problème sont nombreux. En 2010, la mauvaise gestion d’un blizzard par Michael Bloomberg, parti pour les Bermudes, avait alimenté l’image d’un milliardaire coupé des réalités. Son successeur démocrate, Bill de Blasio, avait également souffert du manque de préparation de son administration.

La palme de l’échec revient sans conteste à John Lindsay, dont la gestion catastrophique d’un blizzard en 1969 lui avait valu de perdre les primaires pour la mairie la même année. « L’incapacité de son administration à déneiger les rues du Queens, qui avait entraîné des décès, demeure le plus grand fiasco de déneigement de l’histoire de New York. Cet incident a démontré qu’à New York, on se souvient surtout des maires pour leurs erreurs », explique Mitchell Moss, professeur de politique urbaine à la New York University (NYU).

Zohran Mamdani était scruté par ses opposants quand les flocons ont commencé à tomber, lui à qui ses détracteurs ont reproché son manque d’expérience à la tête d’une grande machine bureaucratique. Mitchell Moss pense cependant que ses talents de communicant, évidents pendant sa candidature, l’ont aidé pendant ce baptême du froid.

© (Alexis Buisson)

En effet, le maire de 34 ans, fin utilisateur des réseaux sociaux, a cherché à se montrer en permanence, et partout : dans un entrepôt des services d’assainissement, déblayant des voitures dans les rues, sur la chaîne météo, dans une salle de classe virtuelle après avoir suspendu les cours en présentiel pour les écoles publiques…

« Ces moments sont une opportunité pour les maires de mettre en avant leur leadership. Mamdani l’a bien fait en montrant sa préparation et sa participation aux opérations de déneigement. Plus que ses prédécesseurs, il est très à l’aise devant la caméra », explique Mitchell Moss.

Zohran Mamdani moqué

D’autres se montrent critiques. Certains ont tenu la mairie pour responsable de la mort de quinze personnes dans les rues lors de la vague de froid de début février. Le tabloïd The New York Post, critique de Zohran Mamdani, a affirmé en Une que cette « tragédie était de son fait ». L’intéressé s’est défendu, arguant que la Ville ne pouvait forcer les sans-abri à se rendre dans une structure d’hébergement s’ils ne le voulaient pas.

Des habitants ont également perdu patience face à la difficulté de circuler sur les trottoirs, toujours enneigés et verglacés des semaines après le passage de la première tempête, fin janvier. Une situation particulièrement difficile pour les personnes en situation de handicap. « Nous avons reçu des centaines d’appels de personnes bloquées dans leur appartement à cause de la neige », a indiqué Sharon McLennon-Wier, directrice d’une association qui défend les intérêts des personnes handicapées.

© (Alexis Buisson)

Mais le maire n’est pas nécessairement responsable de cette situation. En effet, à New York, comme dans d’autres municipalités, la Ville n’est tenue de déneiger que les lieux qui relèvent de son autorité (routes, parcs, Abribus, passages piétons…) tandis que les commerçants et les propriétaires immobiliers s’occupent de leur bout de pavé. Résultat : un patchwork de trottoirs plus ou moins praticables.

La droite trumpiste s’est saisie de la situation à New York pour se moquer de Zohran Mamdani, l’une de ses cibles favorites. Lors de son discours sur l’état de l’Union, mardi 24 février, Donald Trump lui-même a raconté que la municipalité demandait trois pièces d’identité aux personnes qu’elle cherchait à recruter pour participer aux opérations de déneigement alors qu’elle n’en requiert pas pour voter.

Une autre polémique pourrait se révéler plus embarrassante pour le maire : des jets de boules de neige contre des policiers du NYPD, mardi 24 février, aboutissant à l’hospitalisation de plusieurs d’entre eux. Alors que Zohran Mamdani a minimisé l’épisode, mis sur le compte d’« enfants » participant à une bataille organisée dans un parc de Manhattan, la cheffe de la police, Jessica Tisch, et les syndicats ont dénoncé une « attaque » menée par des adultes et évoqué des gestes « criminels ».

Les opposants au maire, autrefois partisan du définancement de la police, ne manquent pas d’exploiter cette affaire pour pointer son manque de soutien aux forces de l’ordre. Mitchell Moss, lui, relativise l’incident : « New York est une ville de plus de 8 millions de personnes. Il se passe toujours quelque chose. C’est même incroyable qu’il n’y ait pas plus de problèmes. »