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Guerre au Moyen-Orient : la démonstration de force de la Marine nationale

Guerre au Moyen-Orient : la démonstration de force de la Marine nationale

Les principaux navires de guerre tricolores ont été déployés pour protéger les ressortissants français et honorer les accords de défense avec les pays du Moyen-Orient.

Une photo, publiée le 9 mars sur X, parle d’elle-même. Celle du port militaire de Toulon, presque vide de tous navires. Sur les 23 bâtiments principaux de la flotte de surface, 18 sont actuellement en mer, dont une grande partie en Méditerranée orientale et au Moyen-Orient.

Pour tenir une « posture défensive » dans la région face à la guerre entre l’Iran et le tandem israélo-américain, Emmanuel Macron a envoyé au côté du porte-avions Charles de Gaulle, les deux porte-hélicoptères amphibies (PHA) Dixmude et Tonnerre, un bâtiment ravitailleur de force (BRF) ainsi que huit frégates de premier rang, dont la frégate multimissions (FREMM) Languedoc, ont été déployées près de Chypre.

Les deux PHA serviront sans doute pour une potentielle évacuation d’un peu plus de 20 000 ressortissants français au Liban. « On n’est pas du tout dans du symbolique, on est véritablement dans la volonté française de peser dans le cours des événements », pointe Rachid Chaker, enseignant-chercheur à l’université catholique de Lille, qui a été professeur à l’École navale et l’École de guerre.

Navires récents

Comment la France a-t-elle pu mobiliser aussi vite et massivement sa flotte de surface ? « On a du bol avec le porte-avions qu’il soit disponible à ce moment-là, pointe Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux et réserviste au ministère des Armées. Pour le reste, la flotte française est composée de navires qui ne sont globalement pas très vieux et bien entretenus. » La FREMM Languedoc a été mise en service en 2015, les PHA en 2007 et 2012.

Les marins français bénéficient d’une formation et d’une qualification solides. L’adoption du système de double équipage (bleu et rouge) par navire vise à préserver et optimiser le potentiel humain. Certains ont même eu affaire à la menace des drones et missiles houthis lors de la mission européenne « Aspides », déclenchée depuis février 2024 pour protéger les navires marchands transitant en mer Rouge. Une menace toujours présente et qui pourrait s’accentuer si l’Iran prenait pour cible les navires français. Ces derniers pourraient intercepter drones et missiles iraniens pour protéger des pays ayant des accords de défense avec la France, notamment le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis.

Dans les premiers temps de la mission « Aspides » les frégates ont principalement tiré des missiles Aster, coûtant plus d’un million d’euros pièce, pour abattre des drones de quelques centaines de milliers de dollars. Les navires français ont ensuite testé d’autres solutions moins coûteuses avec le tir de mitrailleuse depuis des hélicoptères ou de canon de 76 mm, comme en avril dernier avec la FREMM Alsace.

« Il y a eu des gros efforts de la Marine nationale pour adapter les pièces de 76 mm sur les FREMM, développe Stéphane Audrand. On avait des conduites optiques, ou électro-optiques pour les frégates de défense aérienne (FDA), ce n’était pas pensé pour le drone. On a fait des progrès pour entraîner les gens, donc le canon de 76 mm marche parfaitement pour engager les drones. »

Risque de mines

Outre le risque des drones et missiles, la menace, avérée ou non, de la présence de mines dans le détroit d’Ormuz apparaît. Déminer sous la menace des feux iraniens serait une mission « quasi impossible », selon Stéphane Audrand. « L’Iran n’a pas forcément besoin d’avoir des gros moyens de ciblage radar, souligne de son côté Rachid Chaker, le détroit d’Ormuz n’est pas très grand, le ciblage peut être visuel ou fait par un drone. »

« Est-ce que l’Iran a intérêt à ouvrir un front contre une autre grande puissance comme la France ?, questionne ce dernier. L’Iran est déjà engagé contre les États-Unis, Israël et certains alliés du Golfe. Ce serait une tactique risquée pour les Iraniens de multiplier les belligérants contre eux même si la probabilité d’un “raté” dans la chaîne de commandement existe. »

Reste la question de la durée de déploiement de tous les navires, alors que la guerre va bientôt atteindre les 15 jours de conflit et que l’Iran se dit prête à tenir six mois. « Si la mission se résume à “faire des ronds dans l’eau”, seule l’usure classique – carburant, fatigue de l’équipage – compte. En revanche, si des opérations de défense – tirs de munitions, alertes aériennes – débutent, le potentiel s’use beaucoup plus vite à cause du stress sur le matériel et les hommes », juge Stéphane Audrand.

Les marines européennes auront donc un rôle à jouer pour relever et remplacer les navires français. Une frégate italienne (Federico Martinengo) et une autre espagnole (Cristóbal Colón) sont intégrées au groupe aéronaval (GAN) français et assurent la protection du Charles de Gaulle. « Ce sont de bons bateaux, qui ressemblent beaucoup aux nôtres côté italien, et notamment dans la défense antiaérienne », précise Rachid Chaker.

Le port de Toulon est à plus de 1 700 miles marins soit un plus de 3 000 km de la zone de déploiement. Une distance que les navires français peuvent couvrir en moins d’une semaine si besoin. Bien qu’en pointe, la France ne pourra pas assurer seule cette « posture défensive » sans ses alliés européens.