CHRONIQUE. L’écrivain guinéen ausculte les disparitions suspectes sous le pouvoir de Mamadi Doumbouya et décortique la mécanique d’un régime qui transforme Conakry en théâtre de morts inexpliquées et de disparitions forcées.
Le pouvoir de Mamadi Doumbouya poursuit son bonhomme de chemin avec les seules prouesses dont il est capable : les morts suspectes et les disparitions forcées. Ce mercredi 25 mars, un communiqué de la Direction de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion annonce le décès du Commandant Boubacar Sidiki Diakité alias Toumba. Ce n’est pas nouveau. En octobre dernier, elle avait annoncé celle du Commandant Claude Pivi. Pivi comme Toumba avait été un proche de Dadis Camara ; comme Toumba, il avait été impliqué dans le procès du massacre du 28 septembre 2009 ; comme Toumba, il avait été incarcéré à la prison de Coyah puis transféré à l’hôpital du Camp Samory Touré où il a rendu l’âme dans des conditions qui restent à éclaircir.
Le putschiste Mamadi Doumbouya sait qu’il peut tout se permettre
Ces coïncidences sont d’autant plus troublantes que quelques années plus tôt, dans un communiqué tout aussi sibyllin, les autorités avaient annoncé le décès de deux autres officiers supérieurs : le général Sadiba Coulibaly, ancien chef d’état-major de l’armée, et le colonel Célestin Bilivogui, responsable des pensions militaires. Ça fait beaucoup d’officiers morts en peu de temps.
Le gouvernement n’y est pour rien, nul n’aurait la folie de le contester. En cas de disparition forcée, il promet de diligenter des enquêtes. En cas de mort suspecte, il s’abrite derrière le jargon abscons de ses médecins légistes. Il est toujours blanc comme neige, le gouvernement. Seulement, les faits sont là et ils sont têtus.
Quand les morts racontent le pouvoir
En 2023, le général Sadiba Coulibaly est arrêté et condamné à cinq ans de prison pour « désertion et détention illégale d’armes » puis déclaré mort une semaine plus tard « d’un psycho-traumatisme important et d’un stress prolongé ». Alors qu’elle n’avait eu aucune nouvelle de son mari arrêté lui aussi quatre mois plus tôt, Madame Bilivogui reçoit un coup de fil anonyme lui demandant de se rendre à l’hôpital du Camp Samory Touré pour… reconnaître le cadavre de son mari.
Toumba Diakité ne sera certainement pas le dernier de cette série macabre
Le cas de Toumba Diakité est encore plus édifiant. La nuit du 10 février dernier, Conakry est réveillé par une fusillade ; on ne sait pourquoi, en quelques minutes, tout le centre-ville est bouclé par les forces de l’ordre. Le lendemain, on apprend qu’il ne s’agissait ni d’une explosion de dépôt de carburant comme cela arrive souvent, ni d’une mutinerie : pour des raisons qui leur appartiennent, les maîtres de Conakry avaient simplement décidé de transférer le détenu Toumba Diakité de la prison centrale de Conakry à celle de Coyah. Tant de bruit et de fureur pour une simple formalité administrative ! Toujours est-il que le 4 mars, on lui dépiste « une tumeur épigastrique entraînant des douleurs abdominales persistantes, une constipation chronique et des troubles du sommeil ». Il est admis à l’hôpital du Camp Samory Touré où il décède le 25 d’une « hernie de la ligne blanche étranglée compliquée d’une péritonite aigüe généralisée ».
Mamadi Doumbouya, maître de l’impunité
Toumba Diakité ne sera certainement pas le dernier de cette série macabre. Les morts suspectes et les disparitions forcées (la dernière victime est une vieille dame de 84 ans dont le seul crime est d’être la mère de Tibou Kamara, ancien ministre d’Alpha Condé) n’en sont qu’à leur début. On pense même qu’elles vont se décupler maintenant que notre putschiste du 5 septembre s’est travesti en démocrate modèle avec la honteuse complicité de la Communauté internationale.
Le putschiste Mamadi Doumbouya sait qu’il peut tout se permettre. Il peut tuer qui il veut, emprisonner qui il veut, faire disparaître qui il veut. La Cedeao, l’Union africaine, l’Union européenne, l’Organisation internationale de la Francophonie et leurs homologues feront semblant de regarder ailleurs à défaut de lui décerner un satisfecit.
* 1986, Grand Prix littéraire d’Afrique noire ex aequo pourLes Écailles du ciel; 2008, prix Renaudot pourLe Roi de Kahel; 2012, prix Erckmann-Chatrian et Grand Prix du roman métis pourLe Terroriste noir; 2013, Grand Prix Palatine et prix Ahmadou-Kourouma pourLe Terroriste noir; 2017, Grand Prix de la francophonie pour l’ensemble de son œuvre.

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