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Hannibal et ses éléphants : l’archéologie tranche là où l’histoire hésitait

Hannibal et ses éléphants : l'archéologie tranche là où l'histoire hésitait

Un seul os. Exhumé à Cordoue, daté avec précision, retrouvé au milieu de projectiles de fronde et de monnaies de guerre. Cet os de pied d’éléphant, vieux de 23 siècles, vient de transformer une légende militaire en fait scientifique établi.

Sur le site de la Colina de los Quemados, les archéologues ne cherchaient pas à réécrire l’histoire. Pourtant, c’est ce qu’ils ont fait. Enfoui dans une couche datant des IVe et IIIe siècles avant notre ère — l’époque exacte de l’expansion carthaginoise en péninsule ibérique —, un os du carpe de la patte avant droite d’un éléphant attendait depuis plus de deux mille ans.

L’équipe de l’université de Cordoue a soumis l’échantillon à une double épreuve : analyse anatomique comparée avec des collections d’éléphants africains, asiatiques et fossiles, puis datation au carbone 14. Les deux méthodes ont rendu le même verdict. Résultat publié dans le Journal of Archaeological Science: Reports, c’est bien un proboscidien, et il était là aux IIIe-IVe siècles av. J.-C.

Le sol autour de l’os raconte une bataille

Ce qui rend la découverte renversante, c’est ce que contenait la même couche de terre. Des projectiles sphériques en pierre — des munitions de fronde. Des monnaies frappées en temps de guerre. Des structures architecturales effondrées, des fours, des entrepôts dévastés. Tout indique un site urbain frappé de plein fouet par un mouvement militaire.

Un éléphant de guerre ne se balade pas seul. Il désorganise les lignes ennemies, sème la terreur, porte des combattants sur son dos. Sa présence ici, dans ce chaos stratigraphique, n’a rien d’une coïncidence.

Hannibal sort enfin du mythe

C’est là que l’histoire bascule. Ce territoire ibérique est précisément celui d’où Hannibal Barca lança son offensive légendaire vers Rome — éléphants compris. Les textes antiques l’avaient raconté. Les historiens l’avaient débattu pendant des siècles. L’archéologie vient de trancher.

Et elle n’est pas seule. En 2017, l’université d’Oxford avait déjà localisé le passage des Alpes au col de la Traversette, grâce à une couche d’argile saturée de bactéries intestinales — les traces génétiques laissées par des milliers de chevaux en transit. Ajoutez l’os de Cordoue à ces sédiments alpins : le dossier est bouclé.

Hannibal a bien franchi les Alpes avec ses éléphants. Ce n’est plus une épopée. C’est une preuve.

 

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