Le Comité de Surveillance en Action : Bilan de la 11e Réunion
Le Comité de Surveillance Macro-prudentielle et de Gestion des Crises Financières (CSM), institué par l’article 85 de la loi n°2016-35 sur le statut de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), a tenu sa 11ème réunion le 6 octobre 2025 au siège de la Banque. Sous la présidence du Gouverneur de la BCT, le Comité a réuni l’ensemble de ses membres, incluant des représentants du Ministère des Finances, du Conseil du Marché Financier (CMF), du Comité Général des Assurances (CGA), et de l’Autorité de Contrôle de la Micro-Finance (ACM).
Cette rencontre stratégique a permis de passer en revue la conjoncture économique et financière dans un contexte mondial empreint de défis, notamment géopolitiques. L’examen a porté sur la situation du secteur bancaire, du marché financier, ainsi que des secteurs des assurances et de la microfinance, soulignant l’engagement des autorités à maintenir une veille prudentielle renforcée pour circonscrire les risques latents.
Solidité du Secteur Bancaire Face au Ralentissement du Crédit
Malgré un environnement international complexe, le secteur bancaire tunisien démontre une résilience notable. Les indicateurs prudentiels continuent de se consolider, affichant un ratio de solvabilité moyen de 14,2% et un ratio Tier 1 de 11,6%, dégageant ainsi une marge de fonds propres de 4%. La position de liquidité est jugée satisfaisante, soutenue par une dynamique positive des dépôts, qui ont augmenté de 8,8% à fin juin 2025 par rapport à l’année précédente.
Cependant, une note de vigilance est de mise concernant l’activité de prêt. L’activité de crédit a enregistré un net ralentissement au cours des huit premiers mois de 2025, avec un taux d’accroissement de seulement 1,1%, touchant particulièrement les crédits au secteur privé et aux particuliers. Parallèlement, la part des actifs non performants (ANP) a connu une légère dégradation, passant à 15% en juin 2025, contre 14,4% en décembre 2024.
Performance Éclatante des Marchés Financiers et des Assurances
Le marché financier affiche une vitalité remarquable. L’indice boursier de référence, le TUNINDEX, a réalisé une performance positive de 24,6% en septembre 2025 par rapport à son niveau de fin 2024. Le volume des échanges sur la cote de la Bourse s’est inscrit en forte hausse de 88% sur un an. De plus, les actifs nets des Organismes de Placement Collectif en Valeurs Mobilières (OPCVM) ont bondi de 31%, totalisant 9,177 milliards de dinars (MD) en septembre 2025, contre 7,004 MD fin 2024. Néanmoins, les émissions sur le marché primaire restent principalement focalisées sur celles du Trésor.
Le secteur des assurances poursuit également sa croissance. Le chiffre d’affaires a progressé de 10,8% en 2024, atteignant 3,8 milliards de dinars, avec des placements s’établissant à 9,9 milliards de dinars. La consolidation prudentielle est aussi en marche, avec des taux moyens de couverture de la marge de solvabilité et des provisions techniques à des niveaux élevés : respectivement 307,3% et 105,9%.
La Microfinance, Moteur de l’Inclusion Financière
Le secteur de la microfinance confirme son rôle essentiel dans l’inclusion financière nationale. Il dénombre près de 805 mille bénéficiaires de microcrédits. L’encours des microfinancements a connu une hausse continue pour atteindre environ 2,6 milliards de dinars à fin mars 2025. Un point positif majeur réside dans la maîtrise du risque de crédit, avec un taux de portefeuille à risque 30 jours stable à 3,5%. Le ratio de solvabilité consolidé des Institutions de Micro-Finance (IMF) SA s’est établi à 24,1% en 2024.
Priorités Stratégiques : Croissance, Réformes et Finance Durable
Les membres du CSM ont salué la résilience de l’économie nationale et du système financier, insistant sur la nécessité de capitaliser sur les prémices de reprise de la croissance observées au premier semestre 2025. L’accent a été mis sur la promotion de l’investissement et de l’épargne.
Pour consolider ces acquis, le Comité s’est engagé à renforcer la coordination et la veille prudentielle. Des mesures concrètes ont été préconisées, notamment le maintien d’une approche prudente de couverture des risques, la consolidation des fonds propres (à travers l’encadrement de la distribution de dividendes et le renforcement des règles de calcul des provisions collectives), et la poursuite des réformes réglementaires pour converger vers les standards internationaux.
Enfin, le CSM a réaffirmé son soutien à l’intégration de la finance durable. Les autorités de régulation préparent des initiatives clés, dont une feuille de route de la BCT sur le verdissement du système financier et un projet du CMF sur le reporting ESG (Environnemental, Social et de Gouvernance). L’objectif est de s’aligner sur les meilleures pratiques internationales pour gérer et intégrer les risques climatiques.

Partager :