L’économie tunisienne traverse une phase de réglage délicate en ce début d’année. Selon les dernières données de l’Indice des prix à la consommation publiées ce jeudi par l’Institut National de la Statistique (INS), le taux d’inflation a grimpé à 5 % au mois de février 2026. Cette progression, bien que légère par rapport au mois de janvier (+0,1 point), masque des réalités disparates selon les secteurs de consommation.
L’alimentation : le principal moteur de la hausse
Le constat est sans appel pour le budget des ménages : c’est l’assiette qui pèse le plus lourd. Le rythme de progression des prix du groupe « Alimentation » s’est accéléré, passant de 5,9 % en janvier à 6,7 % en février.
En regardant de plus près les variations en glissement annuel, certains produits affichent des hausses à deux chiffres qui impactent directement le quotidien des Tunisiens. Les fruits arrivent en tête avec une augmentation spectaculaire de 17,7 %, suivis de près par la viande d’agneau (+16,3 %), le poisson frais (+14 %) et la volaille (+12,8 %). Seule lueur d’espoir dans ce secteur, les huiles alimentaires enregistrent une baisse notable de 10,3 %, offrant un léger répit sur un produit de base essentiel.
Soldes d’hiver : une bouffée d’oxygène pour le secteur textile
Si l’alimentation tire l’indice vers le haut, le secteur de l’habillement joue un rôle de stabilisateur temporaire. Grâce à la saison des soldes d’hiver, le groupe « Habillement et chaussures » a vu son rythme de croissance ralentir, passant de 10 % en janvier à 8,9 % en février.
Sur une base mensuelle, le repli est encore plus flagrant avec une baisse de 4,6 % des prix des articles d’habillement. Les chaussures ont reculé de 4,7 %, tandis que les tissus et accessoires ont suivi la même tendance. Ce phénomène saisonnier a permis de contenir l’inflation globale, évitant un dérapage plus prononcé de l’indice général.
Services et produits manufacturés : une pression persistante
Au-delà de la consommation courante, d’autres secteurs contribuent activement à l’inflation. Les produits manufacturés affichent une évolution de 4,6 %, portée par les produits d’entretien ménager (+4,8 %). Du côté des services, la hausse de 3,8 % est largement influencée par le secteur du tourisme et de l’hébergement, dont les tarifs ont bondi de 11,3 % sur un an.
Il est intéressant de noter que les contributions les plus fortes à cette inflation globale proviennent des produits manufacturés (1,7 %) et des services (1,3 %). En termes de régime de prix, les « produits libres » (non encadrés par l’État) sont ceux qui tirent les prix vers le haut avec une croissance de 6,1 %, contre seulement 0,8 % pour les produits encadrés.
Inflation sous-jacente : un signal encourageant ?
Malgré la hausse du taux global, un indicateur financier clé offre une perspective différente : l’inflation sous-jacente. Ce taux, qui exclut les produits alimentaires et l’énergie (souvent trop volatils), a reculé pour s’établir à 4,6 %, contre 4,9 % le mois précédent.
Ce repli suggère que, hors chocs alimentaires et énergétiques, la pression inflationniste structurelle pourrait commencer à s’atténuer. Toutefois, avec des produits alimentaires « libres » en hausse de 7,6 %, la perception de l’inflation par les citoyens reste dominée par l’augmentation du coût de la vie immédiat et des besoins primaires.

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