Face aux intimidations économiques, l’Union européenne dispose d’un arsenal juridique redoutable : l’instrument anticoercition (ACI), surnommé le « bazooka » de l’Europe. Mais les États membres oseront-ils s’en servir si Trump met ses menaces à exécution ? Emmanuel Macron a été le plus entreprenant, entraînant le chancelier allemand Friedrich Merz, d’habitude plus prudent. L’Espagne, la Suède, l’Autriche, le Luxembourg et la Tchéquie ont soutenu cette ligne. La Pologne soutient mais discrètement. À l’opposé, Giorgia Meloni a plaidé la prudence, ainsi que les Pays-Bas, la Roumanie et deux pays Baltes (Lituanie et Lettonie).
Adopté le 22 novembre 2023, l’ACI a précisément été pensé pour contrer l’instrumentalisation politique des leviers économiques. Lorsqu’un pays tiers utilise des mesures commerciales – tarifs douaniers, restrictions d’investissement – non pour protéger son économie, mais pour forcer l’UE à modifier ses politiques, Bruxelles peut riposter. Les déclarations de Trump liant ses menaces tarifaires à l’acquisition du Groenland relèvent typiquement de ce cas de figure.
Le « bazooka » prévoit une riposte graduée avec – la Commission insiste – une « possibilité de désescalade à chaque étape ». D’abord, quatre mois d’examen pour établir la coercition quand Trump n’a besoin que de quelques secondes pour écrire un tweet en majuscules comminatoires…
Ensuite, une phase obligatoire de dialogue. Et ce n’est qu’en dernier recours que la Commission peut puiser parmi les dix types de mesures disponibles, des droits de douane aux restrictions sur les marchés publics, en passant par les limitations sur les services financiers. C’est ce dernier point qui peut effrayer Wall Street et faire reculer Trump.
Une spirale perdant-perdant
L’ACI permet de cibler chirurgicalement. Plutôt que des mesures générales, l’UE peut viser des secteurs précis, par exemple, dans les États qui votent Trump avant les midterms.
Reste l’équation politique. Avec plus de 500 milliards d’euros d’exportations annuelles vers les États-Unis, l’Europe marche sur des œufs. Une riposte trop timide encouragerait les pressions futures. Trop agressive, elle déclencherait une spirale perdant-perdant. Entre l’Italie qui pense que tout est un « malentendu » et les Pays-Bas qui craignent une répercussion sur l’Ukraine, l’unité européenne sera mise à rude épreuve. Le « bazooka » est sur la table. Une majorité qualifiée d’États suffit à l’activer. Peut-on faire sans l’Italie ?

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