Comment une entreprise de 27 employés, répartis entre New York, Romainville (Seine-Saint-Denis) et Kiev, a pu aller aussi vite ? Alta Ares bouleverse le paysage routinier de la base industrielle et technologique de défense (BITD) française depuis sa création en janvier 2024 en se spécialisant dans l’usage de l’IA. Au plus près de la ligne de front en Ukraine, un premier besoin est identifié : avoir une aide pour l’analyse des vidéos transmises via les drones. Sous le coup de la fatigue et du stress, l’œil humain n’est rapidement plus en mesure de repérer ici un canon camouflé, là un soldat en cours d’infiltration, encore moins avec des conditions météo dégradées. L’IA d’Alta Ares permet d’identifier des formes, et surtout, elle apprend avec les milliers de vidéos disponibles.
La lutte contre les drones est désormais devenue l’une des priorités de l’entreprise. Chaque nuit, la Russie envoie des centaines de drones Shahed contre les infrastructures énergétiques et la population civile ukrainienne. Problème, les missiles sol-air livrés par les pays occidentaux sont plus rares et plus chers que les Shahed, produits à environ 7 000 exemplaires par an.
Compétition de l’Otan
« Il y a six mois, nous avons répondu à une compétition organisée par le Joint Analysis, Training and Education Centre (Jatec) de l’Otan en Pologne », rembobine Hadrien Canter, fondateur et dirigeant d’Alta Ares. Montée en février, cette structure civilo-militaire analyse et intègre le retour d’expérience de la guerre en Ukraine.
Le Jatec cherche alors une solution pour lutter contre les drones. Une quarantaine de participants sont sur les rangs. Finalement, Alta Ares emporte la mise avec son dôme tactique de protection, une plateforme modulaire et multicouche composée de radars, notamment de chez Thalès, et de drones intercepteurs ukrainiens à décollage vertical. Ces derniers intègrent « Pixel Lock », l’IA de guidage terminal autonome d’Alta Ares. Via les capteurs optroniques du drone, elle identifie la cible et le guide jusqu’à lui sans intervention humaine. Le dôme de protection a une portée pratique d’environ 18 kilomètres.
« Cette solution est utilisée en Ukraine depuis plusieurs mois et a été validée lors d’essais sur le site de la DGA à Biscarrosse », souligne Hadrian Canter. « Sans IA, les drones intercepteurs ont un taux de réussite compris entre 35 et 45 %, avec, ils montent jusqu’à 65 % et nous espérons atteindre les 75 % en 2026, mais il faut également plus de radars pour couvrir les trous dans la raquette. »
Outre cette annonce, Alta Ares annonce la production dans l’ouest de la France des drones intercepteurs ukrainiens, avec une production « Itar et China free » de 400 unités pour l’année prochaine. Utilisé par l’Ukraine, adoubé par l’Otan, qu’en est-il en France pour Alta Ares ? « Nous avons eu quelques contacts avec l’Agence de l’innovation de défense (AID) mais c’est surtout le commandement pour le combat futur (CCF) qui est moteur. Nous avons des contacts avec eux chaque semaine. »

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