Le chef d’état-major de la Marine sonne l’alarme : sur les océans, la France est défiée chaque jour. Déploiements américains au large de l’Iran, flotte russe menaçante… Pour « Le Point », l’amiral Nicolas Vaujour décrypte les nouvelles lignes de front de ce face-à-face naval.
À Balard, le chef d’état-major de la Marine cultive deux privilèges que lui envient ses pairs de la Terre et de l’Air. Le premier est esthétique : son bureau et sa bibliothèque, signés de l’école Boulle, déploient des courbes d’étrave et de grand-voile qui tranchent avec le décor fonctionnel du ministère des Armées. Le second est stratégique : l’amiral a l’avantage de croiser régulièrement ses rivaux « les yeux dans les yeux » – « En mer, il n’y a pas de frontière, le contact avec les Russes est direct et immédiat. »
Nicolas Vaujour a pris la barre de la « Royale » en septembre 2023, dans un monde qui chavire. Sous ses yeux, le dogme de la liberté de navigation – clé de voûte de l’ordre international – vole en éclats. La mer n’est plus seulement un espace de transit, elle devient zone de tension (mer de Chine, Baltique…), voire d’affrontements (mer Rouge, Caraïbes…). Alors, quand le chef d’état-major des armées, le général Mandon, a suscité la polémique en affirmant que les Français devaient être prêts à « perdre des enfants », le chef de la Marine est rapidement venu se porter en soutien. Il sait que le quotidien de ses hommes « n’est pas un jeu vidéo », notamment au large du Yémen, où ils essuient un feu bien réel de la part des rebelles houthistes.
Pour interpeller l’opinion, il publie Les Guerres des mers (Éditions Tallandier). L’occasion de s’entretenir avec lui pour un tour du monde des zones de fracture : armada américaine au large de l’Iran, sous-marins et flottes fantômes russes en Méditerranée… Son diagnostic est sans appel : l’époque des « dividendes de la paix » est révolue. La guerre sur terre, dans les airs et en mer redevient une possibilité.
Le Point : L’épigraphe de votre livre est une citation de Charles de Gaulle : « La Marine est faite pour la guerre […], elle est faite pour s’y préparer et, le cas échéant, pour l’accomplir. » Faire la guerre est-il redevenu une possibilité à laquelle les Français doivent se préparer ?
Amiral Vaujour : Le contexte a été clairement posé par le président de la République. Il a désigné la Russie comme une menace pour la stabilité européenne. Depuis 2022 et la rupture du tabou en Ukraine, les frictions se multiplient, quotidiennement. En mer Noire et dans la Baltique, nous observons des opérations hybrides : sabotages de câbles électriques et Internet, manœuvres d’influence et de désinformation ou attaques cyber non revendiquées. Bien que difficiles à attribuer formellement, ces actions constituent une véritable forme de conflit, mais sous le seuil du combat. Quand un navire traîne son ancre sur 100 km en mer Baltique et endommage des câbles, c’est clairement volontaire. Ces réalités sont peu visibles pour la plupart de nos concitoyens, mais elles sautent aux yeux quand on est en mer. Au-delà de ces actions hybrides, les points de friction dans le monde sont nombreux : Moyen-Orient, Bab-el-Mandeb [au large du Yémen, NDLR], mer de Chine méridionale… Partout, ça peut se dégrader. La citation du général de Gaulle n’a jamais été aussi actuelle.
La Marine voit des dangers dont la population n’a pas forcément conscience…
Les opérations hybrides menées par nos adversaires privilégient les espaces difficiles d’accès où l’attribution des attaques est complexe. Si le domaine cyber a sans doute été le premier confronté à ces agressions quotidiennes, la Marine possède la particularité d’opérer dans un milieu sans frontières physiques. Pour rejoindre la Russie depuis Paris par voie terrestre, il faut franchir plusieurs frontières, alors qu’en mer le contact est direct et immédiat. Chaque semaine, des bâtiments russes transitent en mer du Nord ou dans la Manche. En trente-sept ans de carrière, j’ai croisé la marine russe un grand nombre de fois, et j’ai vécu par exemple des manœuvres de harcèlement de la part du croiseur Moskva en Méditerranée orientale, bien des années avant qu’il ne soit coulé en mer Noire après une attaque ukrainienne [en avril 2022, NDLR]. Nous nous surveillons mutuellement, en permanence. Quand les Russes verrouillent leurs conduites de tir sur nos avions Atlantique 2 en mer Baltique, le message est explicite : ils marquent leur intention et nous signifient de ne pas approcher.
Le porte-avions est un outil de maîtrise de l’escalade.
Quelle analyse faites-vous du déploiement d’un porte-avions américain à proximité de l’Iran ?
Le porte-avions Abraham-Lincoln apporte une crédibilité immédiate au message politique. Le procédé est le suivant : le porte-avions est placé dans le théâtre et il exerce une pression directe, en intimant à l’Iran de venir à la table des négociations. Il y a moins d’un an, pendant la « guerre des douze jours », nous avions connu une démonstration similaire : les groupes aéronavals américains étaient en position pour signifier leur capacité à frapper de nouveau très fortement, si la riposte iranienne à la première attaque était trop forte. Dans ce cas, le porte-avions est un outil de maîtrise de l’escalade et, en effet, la riposte iranienne s’est réduite à des tirs limités sur une base au Moyen-Orient.
En prenant du recul, cette situation permet de comprendre le rôle du porte-avions. À la fois outil de puissance, outil d’accompagnement du dialogue stratégique et outil de maîtrise de l’escalade. Il déploie toute son efficacité en pleine mer et n’est pas fait pour évoluer dans des espaces contraints. Pour prendre une image empruntée au tennis : la frégate est agile, elle joue au filet ; le porte-avions frappe de loin, du fond de court.
Celui qui contrôle le ciel remporte la bataille ?
Dans ce cas-là, oui. Le cœur du porte-avions c’est la puissance aérienne projetée depuis la mer. Les conflits récents le montrent clairement. En Ukraine, l’absence de supériorité aérienne a figé le front, désormais saturé de drones. À l’inverse, lors de la « guerre des douze jours », Israël a remporté la supériorité aérienne en détruisant les défenses adverses, condition indispensable pour produire des effets militaires, tout en se protégeant face aux tirs de missiles balistiques. Sans cette capacité, il n’aurait pas été possible d’agir aussi loin. C’est l’une des grandes leçons des conflits récents : la supériorité aérienne est déterminante, tout comme l’accès au théâtre. Lorsqu’un espace est contesté, il faut soit des bases à terre solides et éloignées des dangers, soit des bases mobiles et nativement protégées. Le groupe aéronaval formé autour du porte-avions constitue précisément cette base mobile et puissante, capable de garantir l’accès et la liberté d’action. Il crée une bulle de supériorité aérienne au large, pour délivrer la puissance au moment et à l’endroit choisis, et exploiter les opportunités ainsi créées, à la fois sur le plan militaire et politique.
Cela repose-t-il le débat en France sur la pertinence de construire un nouveau porte-avions ?
Le débat est toujours utile et positif. La France est une puissance respectée et crédible sur la scène internationale, car elle dispose des outils de la puissance. Le premier de tous ces outils, c’est la dissuasion. Pour la Marine, ce sont les sous-marins nucléaires lanceur d’engins de la Force océanique stratégique et la Force aéronavale nucléaire déployée à bord du porte-avions embarquée sur les avions Rafale Marine. Ces forces, avec les forces aériennes stratégiques de l’armée de l’air et de l’espace, apportent un panel d’options différentes et complémentaires au président. Le groupe aéronaval formé autour du porte-avions Charles-de-Gaulle est un autre outil central de notre puissance. Si nous sommes respectés par nos partenaires, c’est aussi parce que nous avons cette capacité. Le porte-avions est un instrument du débat stratégique, comme on le voit aujourd’hui. C’est une réelle puissance aérienne capable d’agir, prêt à faire face aux menaces actuelles comme futures. Le porte-avions de nouvelle génération est construit comme une plateforme de supériorité aéromaritime évolutive, capable de projeter un groupe aérien hybride composé de drones et d’avions habités. Le porte-avions est aussi est un formidable agrégateur des autres marines. À chaque déploiement, de nombreux pays, en particulier européens, nous rejoignent pour escorter, pour s’entraîner et progresser autour de cet outil, qui est une véritable concentration de puissance.
Cet outil de puissance sert à dissuader les adversaires, voire à asseoir sa crédibilité vis-à-vis d’alliés devenus compétiteurs… Je pense aux rapports de la France et des États-Unis.
La marine française entretient d’excellentes relations avec la marine américaine. J’échange régulièrement avec mon homologue, le Chief of Naval Operations, et il vient de me rendre visite à Paris, cette semaine, dans le cadre de la conférence navale de Paris. Les Américains nous respectent parce qu’ils reconnaissent notre capacité opérationnelle. Cela n’empêche pas d’avoir d’autres approches politiques ou stratégiques. En mer Rouge, la stratégie américaine s’est traduite dans des frappes directes contre les houthistes, tandis que la stratégie européenne visait à protéger les navires de commerce. Nous avons mené des opérations en parallèle. Et lorsque nos intérêts convergent, nous savons travailler ensemble, que ce soit dans le cadre de l’Otan, en coalition plus large ou en bilatéral. Quand nous surveillons ensemble des sous-marins russes en Méditerranée ou en Atlantique, la coopération est totale et extrêmement efficace. Il peut y avoir des frictions, mais elles existent dans toutes les alliances. Les Américains jugent avant tout sur les actes : « Montre ce que tu sais faire et je dirai ce que tu vaux. » Il n’y a pas de place pour le romantisme stratégique. Comme le disait le général de Gaulle, les nations n’ont pas d’amis, elles n’ont que des intérêts. Dans leur nouvelle revue nationale stratégique parue récemment, les États-Unis affirment vouloir se recentrer sur leurs intérêts. Cela nous rappelle que nous devons défendre les nôtres, en lien avec nos partenaires notamment européens. C’est pourquoi la Marine a développé de nombreux partenariats avec les marines européennes.
L’armée semble entretenir de meilleurs rapports avec les États-Unis que les dirigeants politiques et diplomatiques…
Nous nous connaissons parfaitement, parce que nous avons évolué professionnellement ensemble et en parallèle. Personnellement, j’ai croisé de nombreuses fois des amiraux américains. Avec le temps, on sait jusqu’où l’on peut aller avec l’autre et où se situent les limites. On se parle alors franchement, sans ambiguïté. C’est ce qui s’est produit en mer Rouge : la mission de l’Union européenne était différente de la mission américaine. Nous n’étions pas d’accord et nous l’avons dit clairement. Les Américains ont depuis arrêté leur opération, tandis que nous poursuivons la nôtre. Le dialogue demeure et fonctionne, même lorsque nous ne sommes pas pleinement sur la même ligne.
En quoi l’opération en mer Rouge marque-t-elle un palier pour l’armée française ?
Cette opération nous a véritablement challengés, car nous avons conduit des actions de combat face à un spectre de menaces inédit : drones aériens et de surface, missiles de croisière, missiles antinavires et missiles balistiques, le tout dans un même théâtre, pour protéger le commerce maritime. Nous n’avions jamais été confrontés à une telle concentration de menaces. Nous avons tenu et nous avons réussi, ce qui n’a rien d’évident, notamment pour l’interception de missiles balistiques ou de drones. Ce retour d’expérience nous a permis de progresser, d’adapter nos outils et de démontrer notre savoir-faire. Nos compétiteurs l’ont observé, nos alliés aussi. Certains viennent demander l’escorte de la marine française en mer Rouge précisément parce qu’ils savent ce que nous sommes capables de faire.
Quelles sont les armées européennes les plus crédibles ? Est-on capable de se défendre sans les Américains ?
La Marine française est engagée dans plusieurs opérations européennes sans les Américains – au large de la Libye, de la Somalie, en mer Rouge… Elles reposent sur des partenaires solides, comme l’Italie, l’Espagne et la Grèce. Par ailleurs, au sein de l’Otan, nous travaillons quotidiennement avec des marines européennes.
Vous évoquez des interactions quasi quotidiennes et « les yeux dans les yeux » avec des marines adverses. Pouvez-vous donner des exemples concrets ?
Nous croisons effectivement les marines étrangères de très près, mais avec des comportements différents selon les zones. Les Russes et l’Otan ont grandi face à face ; nos modes d’action sont mutuellement adaptés et connus. La marine chinoise ne nous montre pas d’hostilité. Elle s’est développée si rapidement qu’elle a créé ses propres codes, très éloignés des standards euro-atlantiques. En mer de Chine méridionale, nous observons des manœuvres chinoises de contact physique et d’éperonnage contre des navires de pays de la région, comme les Philippines. C’est une stratégie délibérée : être extrêmement agressif par la collision pour empêcher l’autre d’agir, tout en restant sous le seuil de l’utilisation des armes à feu. Face à ces méthodes inédites, notre défi est de comprendre leur fonctionnement pour adapter nos réponses et maintenir nos missions, tout en respectant la liberté de navigation.
Les Chinois pourraient-ils un jour éperonner un navire français ?
Les bâtiments de la Marine nationale franchissent régulièrement le détroit de Taïwan, qui est, paradoxalement, l’un des endroits les plus encadrés au monde. On est escorté simultanément par des navires taïwanais d’un côté et chinois de l’autre, parfois en nombre important. Juridiquement, la navigation y est pleinement autorisée au titre du droit international, hors des eaux territoriales, et le passage se fait en général sans friction, mais sous surveillance constante. Les Chinois marquent néanmoins leur territoire : « Je vous vois, je vous suis, vous êtes chez moi. » En 1993, lors de mon premier passage comme enseigne de vaisseau, il n’y avait pratiquement personne ; aujourd’hui, un navire chinois vous accueille et vous escorte presque tout du long. De notre côté, nous rappelons systématiquement par radio que nous naviguons conformément au droit international et à la liberté de navigation. Ils répondent par le même message en ajoutant à la fin une mention à la loi chinoise. La vraie question est de savoir ce qui se passera le jour où cette référence au droit international disparaîtra. On observe une bascule progressive : il y a cinq ans, tout le monde parlait d’« international rule based order » ; aujourd’hui, la logique de rapport de force s’impose, chaque puissance affirmant ses intérêts. Dans ce contexte, les pays intermédiaires s’interrogent légitimement sur la force leur partenariat. La mission Clemenceau 25 du groupe aéronaval qui s’est déployé jusque dans le Pacifique a été l’occasion de renforcer nos partenariats avec l’Indonésie et les Philippines, le Japon, et de bâtir la confiance
On dit que des navires russes croisent régulièrement au large de Brest, à proximité de notre base de sous-marins nucléaires…
Les navires russes passent au large nos côtes par nécessité géographique. Avant la guerre en Ukraine, la Russie disposait de quatre accès maritimes majeurs. Aujourd’hui, la mer Baltique est devenue un « lac otanien » avec l’adhésion de la Finlande et de la Suède. Parallèlement, la fermeture des détroits par la Turquie leur interdit l’accès militaire via la mer Noire. Leur pôle logistique majeur en Syrie n’est plus assuré depuis la chute de Bachar Al-Assad. Ce déploiement étiré les place mécaniquement sous la surveillance constante des pays de l’Otan tout au long de leur parcours.
En Europe, la frégate multi-missions est la référence.
Les sous-marins russes sont-ils la principale arme de Vladimir Poutine ?
Ils sont redoutables mais nous parvenons à les pister. Les plus anciens sont moins silencieux et donc plus facilement détectables, les plus récents sont plus exigeants, mais la Marine française fait partie des meilleures au monde dans la lutte anti-sous-marine. Avec nos frégates multimissions, nos hélicoptères NH90, nos avions de patrouille maritime et nos sous-marins de classe Suffren, nous disposons d’un ensemble de capacités que peu de marines possèdent. En Europe, la frégate multimissions est la référence dans ce domaine, et les Russes le savent, car ils en font régulièrement l’expérience.
Comment savent-ils qu’ils ont été repérés ?
Un sous-marin écoute en permanence. Dès lors qu’un hélicoptère ou un avion déploie un sonar ou des bouées acoustiques à proximité, le message est clair : il a été détecté. C’est particulièrement vrai dans la zone de passage entre le Groenland, l’Islande et le Royaume-Uni, que les sous-marins quittant Mourmansk doivent franchir pour accéder aux eaux profondes de l’Atlantique. Cette surveillance repose sur une manœuvre coordonnée avec nos partenaires et elle est quasi permanente, même si elle dépend évidemment de l’activité des sous-marins russes.
L’Ukraine a démontré une maîtrise remarquable des drones aériens, terrestres et navals. Cela signifie-t-il que la guerre a fondamentalement changé de nature ?
Les drones ukrainiens ont d’abord fait des ravages, mais la guerre électronique russe les a rapidement contrés, forçant les Ukrainiens à passer à des drones filaires télé-opérés par fibre optique. Aujourd’hui, une zone de 20 à 30 km de front est saturée de drones. Mais cela n’a pas fondamentalement changé l’issue des batailles : sans supériorité aérienne, les Russes avancent difficilement et ne peuvent exploiter pleinement leurs gains. En mer, la situation est similaire. La marine ukrainienne, sans unités majeures, a infligé des pertes importantes à la marine russe, c’est une prouesse. Mais désormais, les drones navals frappent de plus en plus difficilement les navires russes en mouvement, sauf dans les ports où les cibles sont statiques. La mobilité des bateaux rend plus difficile leur interception par drone, d’autant que les Russes ont développé des contre-mesures, notamment avec des hélicoptères. Nous avons tiré les mêmes leçons de nos opérations en mer Rouge face aux houthistes, qui ont également déployé des drones de surface. Notre défi est de nous adapter extrêmement rapidement : identifier le bon brouilleur, le bon système d’armes, au meilleur coût. Le canon et le brouillage sont efficaces contre les menaces de faible vitesse comme les drones. La vraie qualité requise est l’adaptabilité. Les Ukrainiens l’ont : ils modifient leurs systèmes d’armes en temps réel pour contrer les défenses russes. Dans dix ans, la guerre aura peut-être d’autres visages, mais l’adaptabilité restera décisive. Il faut donc concevoir des bateaux adaptables par nature, nativement numériques, capables d’intégrer rapidement de nouveaux systèmes d’armes, achetés sur étagère ou développés localement, sans devoir modifier la coque ni le cœur du navire.
La France a-t-elle péché dans ce domaine ?
Le cycle de modernisation traditionnel consistait à construire un bateau, puis à le moderniser après quinze ans pour le faire durer trente ou quarante ans. Ce modèle n’est plus adapté à des menaces qui changent constamment. Aujourd’hui, il faut adapter l’outil en permanence, changer les algorithmes, intégrer de nouveaux systèmes sans refonte majeure. C’est la leçon du conflit ukrainien : l’adaptabilité est la clé. Nous devons passer à des architectures ouvertes, modulables, capables d’évoluer rapidement face aux menaces émergentes. La Marine s’est lancée dans les drones depuis presque vingt ans, avec un esprit pionnier. Une composante entière de la Marine est dronisée : la guerre des mines. Mais c’est vrai aussi dans les drones aériens, ou encore les munitions télé-opérées. C’est un véritable défi, mais les gains d’efficacité sont exceptionnels.
Le dernier chapitre de votre livre s’intitule « Être prêts ». Vos marins sont-ils prêts à se battre et – le cas échéant – à mourir pour la France ?
Être prêt signifie véritablement être prêt au combat. Nos marins opèrent dans des missions réelles sous menace : attaques de drones, missiles balistiques, missiles antinavires. Ce n’est pas un jeu vidéo, c’est la réalité, avec des armes adverses qui cherchent à détruire nos bateaux. Nous vivons dans un monde dangereux où l’emploi de la force est réel. On rencontre nos adversaires « les yeux dans les yeux », comme je le dis souvent. Ma mission de chef d’état-major est de m’assurer que les équipages ont pleinement conscience de ces enjeux, que les commandants sont bien sélectionnés, avec des nerfs solides et une grande sérénité, et que tous sont entraînés au plus haut niveau pour réagir au bon moment. Nous nous devons d’être prêts.
Guerre et Paix
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