Alors qu’une importante cargaison d’uranium extrait par le géant Orano reste bloquée à l’aéroport de Niamey, le pouvoir ouvre la voie à une rétrocession partielle à la France. Un tournant dans un contentieux qui cristallise les tensions entre les deux pays depuis le coup d’État de 2023.
Après la politique du bras de fer, Niamey semble désormais tenter le volte-face. Depuis le renversement de Mohamed Bazoum en juillet 2023, les nouvelles autorités ont fait de la réappropriation de l’uranium un symbole central de leur politique. Dans cet élan souverainiste, le géant Orano (ex-Areva, détenu à plus de 90% par l’État français) est rapidement devenu une cible. Présente depuis la fin des années 1960, l’entreprise y a extrait du « yellowcake » durant de longues décennies. Perquisitions, pressions sur son personnel, saisie de production ; l’affaire a viré au conflit frontal lorsqu’en juin 2025 Niamey annonçait la nationalisation de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr).
Non loin d’Arlit, au Nord, ce gisement exploité en consortium avec le Niger constitue le dernier actif productif d’Orano dans ce pays du Sahel. Malgré les procédures d’arbitrage intentées par le groupe français, l’État nigérien a procédé au déplacement du minerais déjà sorti de terre vers la capitale en décembre dernier. Un convoi dangereux et en dehors de tout cadre légal qui n’avait pas manqué d’inquiéter les observateurs.
Quatre-vingt-quinze tonnes
Ce 13 février 2026, une prise de parole est pourtant venue alléger le rapport de force : celle du général Abdourahamane Tiani, l’homme en treillis à la tête du Niger. Lors d’un entretien de plus de cinq heures accordé à la télévision nationale (RTN), une autre issue s’est invitée à la table des négociations. « La France a ses 63,4% de 156,231 tonnes. S’ils veulent qu’on leur envoie ça, nous paierons nous-même le transport […] car ils étaient là au moment où ça a été produit », a-t-il invoqué. Un tel deal porterait alors sur 95 tonnes d’uranium. Patch aux couleurs de la Confédération des États du Sahel et béret haut, le président convoque ici l’ancien découpage de la Somaïr – aujourd’hui remis en cause par la nationalisation. Avant juin 2025, une société de gestion de l’État nigérien possédait, au côté d’Orano, 36,6% de la Somaïr.
« Compte tenu des propos du général Tiani il y a encore quelques jours, on ne pouvait pas s’attendre à une telle déclaration », note Ladji Ouattara, responsable de l’Observatoire du Sahel auprès de Thinking Africa. En effet, fin janvier 2026, la base 101 de l’aéroport de Niamey – où sont stockées près de mille tonnes du précieux minerai – essuyait une attaque d’ampleur revendiquée par l’État islamique. Dans la foulée, Abdourahamane Tiani s’était empressé de dénoncer une action fomentée par la France et ses soutiens : le Bénin et la Côte d’Ivoire. Toutefois, « cet événement a fait prendre conscience aux autorités du danger que représente un site vulnérable », estime l’expert.
Niamey sous pression
Nul doute que l’attaque de l’aéroport a nourri les craintes de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Ce qui, en l’état, pourrait fournir une clé d’explication au revirement nigérien. Mais pour l’heure, « une telle déclaration reste de l’ordre de l’effet d’annonce », souffle une source diplomatique. Si Orano reste en première ligne du conflit, depuis Paris, le Quai d’Orsay garde un œil attentif sur le plan légal. Principe de non-prolifération oblige. À ce jour, l’hexagone martèle une lecture juridique stricte, pressant Niamey au respect de ses engagements et des arbitrages du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (Cirdi) – lequel est opposé à la vente d’uranium saisi sur le site de la Somaïr.
« Pour Orano, ce scénario constitue une avancée notable, tranche Ladji Ouattara. Niamey souffre de contradictions stratégiques sur le plan économique et a intérêt à rassurer ses investisseurs, analyse-t-il plus loin. » Pour autant, rien ne garantit que le groupe français puisse se satisfaire d’une telle configuration. À la date de parution de cet article, ses dirigeants ne se sont toujours pas exprimés quant à la sortie du président nigérien. En outre, les quantités évoquées par le général Tiani ne prennent pas en compte la production postérieure à la nationalisation nigérienne. « De fait, Orano risque de ne pas accepter la proposition telle quelle, car le préjudice économique et moral reste aussi un point clé de l’arbitrage », anticipe l’expert de Thinking Africa.
Certes, le minier Français pourrait demander d’importantes compensations financières, mais l’urgence est ailleurs pour Niamey. Car depuis la nationalisation, la Somaïr tourne au ralenti et le stock de mille tonnes peine à trouver preneur. Si le régime tient bon grâce aux bonnes récoltes agricoles (le pays connaît actuellement une déflation) et à la manne pétrolière, le litige avec Orano couplé aux difficultés logistiques d’un hypothétique export prive le pouvoir d’un revenu non négligeable. Avant le coup d’État de 2023, le Niger figurait à la septième place des producteurs mondiaux d’uranium, représentant parfois jusqu’à 70% de ses exportations annuelles.

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