Après la libération de l’écrivain Boualem Sansal, peut-on espérer le même sort pour notre confrère Christophe Gleizes ? Collaborateur des magazines So Foot et Society, Christophe Gleizes, 36 ans, a été condamné le 29 juin à sept ans de prison ferme, notamment pour « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l’intérêt national ».
Arrivé en 2024 en Algérie avec un visa touristique, le journaliste, grand connaisseur du football africain, voulait enquêter sur le club de football Jeunesse sportive de Kabylie (JSK) et sur le footballeur camerounais Albert Ebossé Bodjongo, mort à Tizi Ouzou en 2014, notamment. Mais le 28 mai, il est arrêté aux abords du stade de Tizi Ouzou par la police et placé sous contrôle judiciaire. On lui reproche alors, au-delà d’exercer comme journaliste sans visa spécifique, le fait d’avoir été en contact avec un responsable du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé « entité terroriste » par Alger. Ce dernier, un ex-cadre de la JSK, avait en réalité été contacté bien avant ce classement.
En attendant son procès, Gleizes était pris en charge par le consulat de France à Alger et la consigne était alors de garder le secret avant la date du procès. Reporters sans frontières (RSF), qui suivait l’affaire depuis le début, avait également adopté la même position pour éviter de surpolitiser son cas, alors que l’affaire Sansal empoisonnait encore plus les relations entre Alger et Paris. Mais sa condamnation le 29 juin à sept ans de prison provoqua le choc.
Les procédures de visite assouplies
Son procès en appel est fixé pour le 3 décembre au tribunal de Tizi Ouzou et son avocat, Me Amirouche Bakouri, dit attendre une « décision juste et humaine qui rétablisse la vérité ». Gleizes « n’a rien à faire en prison et nous comptons sur la cour d’appel pour le reconnaître, a déclaré le directeur général de RSF, Thierry Bruttin. Christophe n’est coupable que d’avoir exercé son métier de journaliste sportif et d’aimer le football algérien ».
Contactée par Europe 1, la famille de Christophe Gleizes ne souhaite pas prendre la parole, adoptant une prudence partagée par les autorités françaises. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, qui doit se rendre en décembre à Alger, se contente d’espérer la libération du journaliste, tandis que nos sources à Alger affirment que l’autorité judiciaire a « relativement assoupli les procédures de visite de Gleizes ».
« La discrétion et l’exigence, tels sont nos principes pour arriver à libérer le journaliste », insiste-t-on à Paris. Est-ce pour satisfaire l’obligation de la discrétion que les autorités françaises souhaitent limiter au maximum les sorties médiatiques de Sansal, hébergé à l’ambassade de France à Berlin et qui n’est pas encore retourné en France alors qu’il a déclaré au Point qu’il devait rentrer à Paris vendredi ou samedi derniers ? Tout porte à le croire.
Côté algérien, les autorités sont interpellées depuis la libération de Sansal par des partis et des militants des droits de l’homme sur le sort des dizaines de « détenus d’opinion ». Une partie de l’opposition dénonce une « clémence sélective » et « sous pression étrangère ». Les autorités se retrouvent ainsi coincées face à ce discours qui risque d’hypothéquer une issue salutaire pour Gleizes.

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