2 views 6 mins 0 comments

Armes nucléaires : ce que la triste fin du traité New Start va changer

Armes nucléaires : ce que la triste fin du traité New Start va changer

Ce jeudi 5 février 2026 marque, en théorie, la date d’expiration du traité New Start, signé pour dix ans en 2010 par les présidents américain et russe – Barack Obama et Dmitri Medvedev –, alors tout sourire. Ce texte de première importance portait sur le contrôle des armements nucléaires à longue portée, bien que ce traité ait été rendu quasi moribond par la décision de Vladimir Poutine, annoncée en février 2023, de suspendre la participation de la Russie – sans pour autant s’en retirer formellement. En clair, les inspections et vérifications de l’arsenal nucléaire étaient interrompues depuis trois ans.

À ce jour, aucune négociation n’est prévue pour prolonger la durée du traité, sachant que Donald Trump a prononcé récemment l’oraison funèbre de New Start par ce mot très significatif : « S’il expire, il expire. » Le moins que l’on puisse dire est que cela constitue une mauvaise nouvelle de plus. New Start limitait à 700 le nombre de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) et de missiles mer-sol balistiques stratégiques (SLBM) ; à 1 550 le total des ogives nucléaires et à 800 la quantité de lanceurs (déployés et non déployés).

En réalité, le rapport de force global s’établit aujourd’hui ainsi : 3 700 têtes nucléaires pour les États-Unis (dont 180 stationnées en Europe), et près de 4 500 têtes pour la Russie. À eux deux, les Américains et les Russes détiennent 87 % de l’arsenal nucléaire mondial. La Chine, qui met les bouchées doubles pour rattraper son retard, ne représente actuellement que 12 % de l’arsenal nucléaire américain et 11 % de celui de la Russie.

La volonté de Donald Trump d’incorporer Pékin à toute négociation sur le contrôle des armes nucléaires ne fait que compliquer davantage la conclusion d’un nouvel accord. Le schéma trilatéral n’a jamais existé en matière nucléaire et suppose de nouvelles procédures de contrôle.

Arsenal surabondant aux États-Unis

Pour avoir un tableau mondial à peu près complet, rappelons que la France dispose d’environ 290 têtes nucléaires et le Royaume-Uni de 225. Suivent l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord avec, chacun, entre 50 et 180 ogives disponibles. Quoi qu’il en soit, en 2026, l’élan « raisonnable » qui prévalait en 2010 paraît complètement brisé. Plusieurs coups de canif, inéluctables, ont été en effet portés au traité.

D’abord, afin d’obtenir un soutien suffisant de la part des républicains au Sénat, nécessaire à la ratification, Barack Obama avait accepté un programme de dépenses de plus de 2 000 milliards de dollars portant sur la modernisation continue de l’arsenal américain. Conséquence : le traité New Start n’a pas empêché les États-Unis de continuer à disposer d’un arsenal surabondant et sans cesse mis à jour.

Ensuite, Donald Trump, à la fin de son premier mandat, a refusé de donner suite à une proposition russe visant à prolonger le traité de cinq ans (ce qui comportait une part de calcul, la Russie disposant alors d’un plus grand nombre de têtes). Si Trump a refusé, Joe Biden a finalement accepté de prolonger la validité du texte le 3 février 2021, soit 48 heures avant son échéance initiale.

Le chantage de Poutine

Surtout, depuis l’invasion de l’Ukraine, Poutine fait de ce traité un instrument de chantage pour intimider les Occidentaux. De surcroît, il a fait un usage totalement inédit – et potentiellement très dangereux – de la menace nucléaire. Jamais les dirigeants soviétiques, qui avaient un sens très aigu du risque atomique, n’auraient procédé à un tel dépassement des limites.

Premièrement, Poutine se prévaut de la détention d’armes ultra-sophistiquées, comme le missile hypersonique Orechnik, qui symbolise une rupture générationnelle à l’avantage exclusif de la Russie. Deuxièmement, il a semé la confusion entre nucléaire militaire et civil, notamment autour de la centrale ukrainienne de Zaporijia, en frôlant le risque de catastrophe sans franchir le seuil fatal.

Troisièmement, il a modifié en profondeur le sens de la dissuasion : jusqu’ici, l’atome servait à éviter la guerre entre puissances ; désormais, il est utilisé comme un bouclier permettant d’écraser une nation qui en est dépourvue. Le traité New Start s’éteint misérablement. Autant dire que les perspectives d’un désarmement total ne sont pas près d’être relancées dans le contexte actuel.