L‘attaque de Bondi Beach va-t-elle faire évoluer la législation australienne en matière de port d’armes ? L’attentat antisémite, qui a fait 15 morts et plus de 40 blessés en pleine fête de Hanoukka, a été commis par un fils et son père, Naveed et Sajid Akram. Ce dernier possédait depuis plusieurs années un permis pour six armes à feu. D’après la police, elles ont toutes été utilisées dans l’assaut de dimanche.
La fusillade a créé le choc à travers tout le pays, jusqu’alors perçu comme plutôt épargné par ce type de terrorisme de masse. Le dernier attentat d’une telle ampleur remonte au massacre de Port Arthur, qui a tué 35 personnes et en a blessé 24 autres en 1996. Tant et si bien que le gouvernement australien a, comme à l’époque, ouvert la porte à de nouvelles réformes sur le port d’armes.
Renforcer la législation
Pendant sa conférence de presse, Anthony Albanese a ainsi rappelé que « la législation sur les armes à feu du gouvernement Howard a eu un impact considérable en Australie et représente un moment de fierté nationale, à juste titre couronné de succès au Parlement grâce au soutien des deux partis. Si nous devons renforcer cette législation, si nous pouvons faire quoi que ce soit, je suis tout à fait disposé à le faire et j’espère obtenir l’approbation du Conseil national cet après-midi. » L’évolution de la législation dans le pays sur ce point est en effet régulièrement citée en exemple, notamment lors de tueries de masse aux États-Unis.
Car si les six États australiens sont plutôt autonomes, le gouvernement fédéral peut imposer ses décisions législatives. C’est ce qu’il a fait en 1996, année où le pays a connu sa pire tuerie de masse. Après celle-ci, commise par Martin Bryant dans un village touristique de Tasmanie et ayant fait 35 morts et plusieurs dizaines de blessés, le gouvernement de John Howard décide d’interdire l’achat de pistolets et de fusils semi-automatiques, et met en place une politique de rachat des armes en circulation. Il convainc rapidement les membres de sa coalition et les États australiens d’adopter sa réforme.
On this day in 1996, after the Port Arthur Massacre in Australia claimed 35 lives, Australia swiftly collected and destroyed approx. 650,000 firearms. pic.twitter.com/axQ5cEiUwC
— TaraBull (@TaraBull) April 29, 2025
En onze mois, 20 % de toutes les armes à feu détenues par des particuliers à travers le pays sont récupérées et détruites – soit 650 000 armes à feu. À plusieurs reprises, des études universitaires ont, depuis, montré l’efficacité de cette réforme. L’une d’entre elles, menée par des chercheurs de Harvard en 2011, montre qu’elle a conduit à une baisse de 42 % des homicides par arme à feu et une chute de 57 % des suicides par arme en Australie.
« Prêt à durcir la législation sur les armes à feu »
Une nouvelle étape en la matière s’apprête peut-être à être franchie. Lors d’une conférence de presse ce lundi 15 décembre, le Premier ministre Anthony Albanese s’est dit « prêt à prendre toutes les mesures nécessaires, notamment à durcir la législation sur les armes à feu. » Dans l’après-midi, il a inscrit à l’ordre du jour du Conseil national ledit durcissement de cette législation, qui pourrait inclure des limitations du nombre d’armes pouvant être utilisées ou autorisées par personne, un réexamen des permis sur une période donnée, la mise en place d’un registre national des armes à feu, ou encore la possibilité d’autoriser l’utilisation de renseignements criminels supplémentaires pour « étayer » la délivrance des permis d’armes à feu.
Le chef d’État a notamment expliqué que « la situation des individus évolue, et la radicalisation peut se produire au fil du temps. Les permis ne devraient pas être permanents. Et bien sûr, il est essentiel de s’assurer que les mécanismes de contrôle et d’équilibre sont en place. Je soumettrai cet après-midi au Conseil national une proposition visant à habiliter les agences à examiner les mesures à prendre dans ce domaine. » Au cours d’une réunion d’urgence, les dirigeants des différents États et territoires d’Australie sont convenus à l’unanimité de renforcer les règles relatives à la possession d’armes à feu.
Les forces de l’ordre et les procureurs généraux de chaque territoire devront désormais examiner les mesures proposées. La citoyenneté australienne devrait par ailleurs devenir une « condition » nécessaire pour obtenir un permis de port d’arme. Les dirigeants des différents États se sont accordés sur la nécessité d’une « action forte et ciblée » en matière de réforme de la législation sur les armes à feu, note de son côté ABC News.

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