En incendiant un convoi de camions-citernes le 29 janvier, les djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, ravivent la crise du carburant au Mali, pays enclavé dont l’économie dépend entièrement des routes régionales.
Le ton rassurant des discours officiels ne résiste pas aux faits. Ce jeudi 29 janvier 2026, l’ouest du Mali a été le théâtre d’une nouvelle attaque de camions-citernes. Ce pays du Sahel qui connaît une situation sécuritaire dégradée, fait désormais face à une autre problématique : la pressurisation de sa société par le manque de carburant. L’œuvre est le fait du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à Al-Qaïda, qui depuis septembre 2025 a adopté un mode opératoire consistant en des attaques de poids lourds chargés d’essence.
Sans production pétrolière et sans capacité de raffinage au niveau national, la ressource est d’autant plus vitale que le territoire est enclavé et dépend donc de ses voisins pour l’import. En pratique, ce sont la Côte d’Ivoire et le Sénégal qui forment les principales sources d’approvisionnement – eu égard à leurs capacités industrielles ainsi qu’à leurs façades maritimes.
« Des dizaines » de camions-citernes
Des mois donc que 25 millions de citoyens maliens vivent au rythme plus ou moins soutenu des pénuries. La constance de l’approvisionnement s’était cependant améliorée depuis la dernière attaque recensée au mois de décembre. Pour contrer les embuscades djihadistes, les Forces armées maliennes (FAMa) – épaulées par des mercenaires russes du groupe Africa Corps – ont concentré l’essentiel de leur dispositif d’escorte sur l’axe Kadiana-Bamako, dont les convois arrivent de Côte d’Ivoire.
Or, l’attaque du 29 janvier s’est déroulée entre la localité de Diboli et la ville de Kayes, à l’ouest du pays, soit le corridor qui relie le Mali au Sénégal, rapportait un élu local malien à l’Agence France-Presse. Plusieurs sources ont fait état de dizaines de camions-citernes visées auprès de l’agence. Sur la plateforme X, des vidéos armateurs montrent des véhicules calcinés, parfois encore en combustion, desquels s’échappent de longues colonnes de fumée noire. Sans bilan officiel confirmé par les autorités, plusieurs militaires et djihadistes auraient été tués sans que l’on connaisse, pour l’heure, le sort réservé aux chauffeurs.
« Enserrer les villes »
Le 28 janvier, un jour avant l’attaque, les FAMa tentaient pourtant de rassurer la population malienne. Selon l’armée, une trentaine de combattants djihadistes auraient été neutralisés grâce à des frappes aériennes dans les environs de Dioïla, à l’est de Bamako. « Malheureusement, ces attaques sont amenées à se multiplier, déplore Abdel Nasser Elyessa, chercheur associé à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme d’Abidjan (AILCT). Du point de vue du régime, il faut continuer à sanctuariser Bamako, à quoi s’ajoutent les escortes de camions-citernes : cela accapare l’essentiel des forces maliennes, détaille-t-il. »
Selon le chercheur, de telles actions ciblées, loin des grandes villes, répondent à une stratégie bien définie des groupes armés. « La zone visée par l’attaque du convoi apparaît extrêmement bien tenue par les djihadistes. Ces derniers ont tiré les leçons de 2012-2013 ; ils n’occuperont jamais de grand centre urbain avant d’avoir une supériorité nette. Pour l’heure, il s’agit d’enserrer les villes par les campagnes », analyse Abdel Nasser Elyessa.
Une menace djihadiste accrue au Sahel
De fait, la riposte sur le terrain ne semble pas entraver les forces du Jnim, dont le nombre estimé de combattants au Sahel varie de 6000 à 8000 hommes. Car ce groupe armé djihadiste sévit également au Burkina Faso et au Niger, les deux autres membres de la Confédération des États du Sahel, au côté du Mali. Selon les chiffres de janvier du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le nombre de déplacés internes burkinabè et nigériens dépasse 2,5 millions d’individus. L’immense majorité d’entre eux ayant fui la violence des groupes armés.
Pour répondre à la menace, les trois états confédérés ont officialisé en décembre 2025 la création d’une force militaire conjointe de 5000 éléments (FU-AES). Mais, cet effet d’annonce n’aura pas empêché l’attaque survenue dans la nuit du 28 au 29 janvier au Niger. Revendiqués par l’État islamique, des drones et des hommes en arme ont pris pour cible l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey et la « base militaire 101 » attenante – base abritant, en outre, le quartier général de la FU-AES. Lors d’une prise de parole publique, le général à la tête du Niger, Abdourahamane Tiani, a accusé les présidents français, béninois et ivoirien d’être les commanditaires de l’attaque.

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