De Bamako à Niamey, une série de visites diplomatiques illustre la volonté des États-Unis de reprendre pied dans une région russophile et toujours confrontée à l’expansion djihadiste.
Des aéronefs américains pourraient bientôt survoler le Mali. Selon plusieurs officiels de l’armée américaine interrogés par l’agence de presse Reuters, les États-Unis seraient sur le point de conclure un accord de renseignement avec Bamako. Un an et demi après son éviction brutale du Niger (allié du Burkina Faso et du Mali au sein de la Confédération des États du Sahel), Washington maintient la région dans son viseur sécuritaire.
Au cours des derniers mois, les tensions ont pourtant été nombreuses – rythmées en premier lieu par la politique internationale tous azimuts de Donald Trump. Ce renouement du Mali avec les autorités américaines est d’autant plus intéressant que l’ADN de la confédération se fonde sur une importante critique de toute influence occidentale. Mais devant le péril posé par l’avancée des groupes armés, les autres États sahéliens semblent eux aussi sensibles au regain d’intérêt des États-Unis.
Avec Bamako, une relation en dents de scie
Malgré l’avènement d’un régime militaire souverainiste en 2020, le Mali demeure un nœud sécuritaire stratégique en Afrique de l’Ouest. De fait, dès juillet 2025, William B. Stevens, envoyé spécial américain au Sahel, réaffirmait depuis Bamako l’engagement de Washington dans la lutte contre le terrorisme. Reçu par le ministre des Affaires étrangères malien, le déplacement de cet officiel dénotait une relation pas tout à fait rompue entre les deux pays.
En octobre pourtant, le dialogue s’était brouillé suite à l’officialisation du Département d’État américain d’un système de caution pour les demandeurs de visas de certains pays. Une somme de 5000 à 15 000 dollars devait alors être bloquée avant d’être remboursée lors du retour effectif des ressortissants maliens dans leur pays d’origine. Devant la réciprocité appliquée pour les citoyens américains, Washington avait finalement décidé de retirer le Mali de cette liste fin octobre. Une période coïncidant peu ou prou avec l’appel à quitter temporairement le Mali pour tous les ressortissants américains.
Avec Trump, l’antiterrorisme n’est perçu que du point de vue de la protection des intérêts économiques
Abdel Nasser Elyessa
Car face aux attaques de camions-citernes, aux pénuries observées à Bamako et à l’influence grandissante du Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), plusieurs chancelleries s’étaient à l’époque inquiétées d’un possible siège de la capitale. Si la situation sécuritaire ne s’est pas franchement améliorée, les États-Unis ont depuis fait un pas supplémentaire sur le chemin de la réconciliation. Fin février 2026, Washington levait les sanctions de trois hauts dignitaires maliens accusés d’avoir favorisé l’implantation du groupe paramilitaire russe Wagner dans le pays.
Continuité sécuritaire américaine en Afrique de l’Ouest
« L’organisation d’élections libres n’est plus du tout à l’ordre du jour, cela a évidemment permis de réchauffer les relations », observe François Backman, décrivant la bascule du second mandat Trump. Pour ce membre de l’observatoire de l’Afrique subsaharienne auprès de la Fondation Jean-Jaurès, « le Mali n’est que le prolongement de la politique de coopération sécuritaire que mènent les États-Unis avec les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest ». Et en effet, Washington dispose déjà d’accords de défense avec le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Ghana ou le Nigeria.
De ce point de vue, le Mali offre une base d’observation plus proche de la menace djihadiste. Le projet d’accord exposé par Reuters implique ainsi du partage de renseignements mais surtout la possibilité pour l’armée américaine de faire voler ses appareils aériens à des fins de surveillance. « Avec Trump, l’antiterrorisme n’est perçu que du point de vue de la protection des intérêts économiques. Or, ces pays du Sahel ne sont pas riches en ressources immédiatement critiques. Un engagement américain qui irait au-delà de la surveillance reste à ce stade peu probable », estime Abdel Nasser Elyessa, chercheur associé à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme (AILCT). En cela, l’analyste oppose le cas malien aux frappes américaines qui ont visé le Nord du Nigeria en décembre 2025.
Dynamique de coopération régionale
Dans le sillage de cette actualité, d’aucuns auront noté l’absence de réactions officielles relatives à la guerre au Moyen-Orient. « Pourtant, il y a eu de nombreuses rencontres entre autorités sahéliennes et iraniennes au cours des derniers mois, rappelle M. Elyessa. Mais ces régimes entretiennent aussi des liens économiques intenses avec les autres pays du Golfe. Ajoutez à cela le rapprochement américain, la confédération ne peut se permettre de se ranger du côté de l’Iran, conclut-il. » Quant au manquement à la rhétorique anti-impérialiste, « celle-ci trouve rapidement ses limites lorsque vous contrôlez 30% de votre territoire national et que votre capitale souffre du manque d’électricité », ironise inquiet François Backman.
« Les régimes sahéliens ont dépassé le stade de la gêne. Devant l’urgence, les têtes au pouvoir ne cherchent plus forcément à satisfaire leurs soutiens », renchérit l’analyste Abdel Nasser Elyessa. Cette dynamique, Washington semble l’avoir saisie au vol. Le 12 mars, Nick Checker, responsable du Bureau of African Affairs du Département d’État américain s’est rendu à Ouagadougou, au Burkina Faso. Selon Karamoko Jean Marie Traoré, ministre burkinabè des Affaires étrangères, la volonté affichée de coopération pourrait de nouveau autoriser l’exportation de matériel militaire vers son pays. Dans les jours à venir, Nick Checker est attendu à Niamey, au Niger, de sorte à compléter le triptyque des États confédérés.
Pour chacun d’entre eux, Washington réaffirme son « respect de la souveraineté nationale » et sa volonté d’avancer sur une « sécurité et des intérêts économiques partagés ».

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