En Australie, les drapeaux ont été mis en berne ce lundi, au lendemain de l’attentat terroriste sur la plage de Bondi à Sydney ayant ciblé un rassemblement pour la fête juive de Hanoukka. Les deux assaillants ont tué au moins 15 personnes, dont un Français. L’attaque a également fait 42 blessés. « Ce que nous avons vu hier [dimanche] était un acte purement maléfique, antisémite et terroriste sur nos rives », a déploré le Premier ministre, Anthony Albanese, en déposant des fleurs sur le site de l’attentat.
En Australie, les actes antisémites ont considérablement augmenté dans le pays depuis l’offensive du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023. Selon le dernier rapport du Conseil exécutif des Juifs australiens (ECAJ), publié le 2 décembre dernier, 1 654 incidents antisémites ont été recensés entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025. Dans le détail, l’ECAJ a comptabilisé 621 injures verbales antijuives, 379 affiches et autocollants, 359 graffitis ou encore 238 emails et posts sur les réseaux sociaux. Le bilan était encore plus accablant l’année précédente, avec 2 062 actes antisémites entre 2023 et 2024 – soit six fois plus qu’en 2014 (312).
Une conséquence de la décision du gouvernement australien d’Anthony Albanese de reconnaître l’État de Palestine, en août dernier ? Si le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, martèle que ce choix a « attisé les braises de l’antisémitisme », le chef de l’exécutif australien affirme qu’on ne peut établir aucun lien.
Une envoyée spéciale pour la lutte contre l’antisémitisme
En juillet 2024, pour répondre à la vague d’actes antisémites qui a suivi le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023, l’avocate Jillian Segal a été nommée au poste d’envoyée spéciale du gouvernement pour lutter contre l’antisémitisme. L’antisémitisme « s’infiltre dans la société depuis de nombreuses années et nous ne nous sommes pas suffisamment opposés à lui », a-t-elle dit lundi, ajoutant que la fusillade était « une attaque contre l’Australie, et pas seulement contre la communauté juive ».
Il y a quelques mois, en juillet, Jillian Segal a remis un rapport de seize pages aux autorités nationales dans lequel elle formule une série de recommandations pour endiguer le phénomène. « Nous avons vu des voitures incendiées, des synagogues incendiées, des juifs harcelés et attaqués, et c’est totalement inacceptable », avait alors souligné l’envoyée spéciale, lors d’une conférence de presse. Une série d’attaques inédites contre des lieux juifs ont eu lieu à l’automne 2024, dont l’incendie d’un café casher dans le quartier de Bondi, à Sydney, en octobre, et celui de la synagogue Adass Israel de Melbourne, en décembre.
À cela s’ajoutent des manifestations pro-palestiniennes, principalement dans les grandes villes de Sydney et Melbourne. Jillian Segal appelle notamment à un renforcement de l’enseignement de la Shoah et de l’histoire du racisme, une plus grande responsabilisation des universités face aux actes et discours antisémites sur leurs campus ainsi qu’à un durcissement des lois contre les crimes de haine.
Depuis sa nomination, Jillian Segal essuie des critiques. Certaines associations musulmanes appellent même à sa démission, à la suite de la révélation par la presse d’un don de 50 000 dollars australiens (environ 28 000 euros) réalisé par un fonds fiduciaire – dans lequel son mari est administrateur – au lobby d’extrême droite, Advance Australia. De son côté, Jillian Segal nie toute implication dans cette transaction.

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