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Avion de combat du futur : le projet franco-allemand est-il déjà mort ?

Avion de combat du futur : le projet franco-allemand est-il déjà mort ?

La France veut encore croire que le Scaf, projet d’avion de chasse de sixième génération mené avec Berlin et Madrid, peut se concrétiser. Les signaux envoyés d’Allemagne sont pourtant inquiétants.

«Nous, croyez-moi, on fait tout ce qu’on peut pour sauver ce programme puisque je crois au franco-allemand. » Le 4 février, Patrick Pailloux, à la tête de la Direction générale de l’armement (DGA) depuis novembre 2025, l’assurait encore devant quelques membres de l’Association des journalistes de défense : la France mise encore sur le programme franco-germano-espagnol Scaf (Système de combat aérien du futur). « On y travaille beaucoup », ajoutait-il, même si l’Europe de la défense, « c’est dur ».

Même son de cloche au sommet de l’État. Dans une interview donnée au quotidien Le Monde le 10 février, Emmanuel Macron, à la question de savoir si le Scaf était mort, a été clair : « Non. C’est un bon projet et je n’ai eu aucune expression allemande pour me dire que ce n’est pas un bon projet. »

Pourtant, le président français n’hésite pas à se faire menaçant : « Si d’aventure, le partenaire allemand remettait en cause l’avion commun, on serait obligé de remettre en cause le char commun. » Le MGCS (Main Ground Combat System, système principal de combat terrestre), autre projet franco-allemand visant à remplacer les chars Leclerc français et les Léopard allemands par un futur char de combat et diverses plateformes, est, lui, sur une voie de garage depuis son lancement en 2017.

Avion, cloud de combat et drones

Présenté en 2019 en grande pompe lors du Salon du Bourget par le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel, le programme Scaf, qui doit aboutir en 2045 à un avion de sixième génération, ainsi qu’à un cloud de combat conjoint et des drones d’accompagnement, n’a en réalité jamais réellement décollé.

Aujourd’hui, l’impression dominante est que seule la France veut encore croire au Scaf, quand l’Allemagne envoie de plus en plus de signaux indiquant son souhait de passer à autre chose. Selon plusieurs médias allemands, italiens et japonais, Berlin aurait ainsi fait part de son intérêt pour rejoindre le programme Global Combat Air Programme (GCAP), mené par l’Angleterre, l’Italie et le Japon, qui vise, lui aussi, à concevoir un avion de sixième génération.

Le français Dassault, auréolé des ventes de son avion Rafale et fier de son expertise, devait collaborer avec Airbus Defence and Space, à l’origine de l’Eurofighter ou de l’avion de transport A400M. Las, le mariage, plus politique qu’industriel, n’a jamais réellement pris.

Le PDG de Dassault, Éric Trappier, a toujours estimé que son entreprise devait prendre la direction du projet, étant donné son expertise et sa capacité à concevoir de A à Z un avion de combat. Hors de question pour Airbus, qui veut une répartition égale des tâches et des partages de technologie.

En plus des mauvaises relations entre les grands groupes, le projet s’est heurté dès le départ à plusieurs problèmes majeurs : la France veut un appareil plutôt léger, dans une version capable d’apponter et d’être catapulté d’un porte-avions, ainsi que de porter les missiles nucléaires ASMP-R ; l’Allemagne n’a cure d’un avion aéronaval, désire un appareil plus lourd et capable d’emporter les bombes nucléaires américaines à gravité B61.

L’option deux avions

Outre l’abandon pur et simple du Scaf, une autre idée est proposée outre-Rhin. Dans un communiqué commun, l’Association allemande des industries aérospatiales (Bundesverband der Deutschen Luft- und Raumfahrtindustrie) et le syndicat IG Metall plaident pour un Scaf à deux avions. « Nous sommes convaincus que cette solution à deux aéronefs permettra d’instaurer un cadre clair, d’offrir de meilleures perspectives d’avenir et d’éliminer non seulement les désaccords actuels mais aussi les incertitudes liées à la planification », expliquent-ils.

Une solution qui permettrait aux deux pays et aux industriels de sortir par le haut, sans qu’aucun n’ait à prendre la décision fatale d’abandonner le Scaf. Resterait à mener conjointement le futur cloud de combat et les drones.

Mais dans cette configuration, la France se retrouverait vraisemblablement seule avec un modèle unique d’avion, toujours adapté pour l’aéronaval et la dissuasion nucléaire française, quand l’Allemagne pourrait vendre aux autres pays européens un appareil plus compatible avec leurs besoins opérationnels.