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Blocage du détroit d’Ormuz : une situation à haut risque pour la Chine

Blocage du détroit d’Ormuz : une situation à haut risque pour la Chine

TRIBUNE. Pour Philippe Charlez, expert en politiques énergétiques, le détroit d’Ormuz est devenu l’arme fatale d’une guerre économique qui pourrait tourner au cauchemar pour Pékin.

Les États-Unis ont, depuis toujours, entretenu une relation fusionnelle avec le pétrole. Après avoir atteint leur pic de production en 1970, ils sont entrés dans une ère de dépendance croissante. Dès les années 1970, cette vulnérabilité est devenue une préoccupation centrale de leur politique étrangère.

Les grands bouleversements de la seconde moitié du XXe siècle – chocs pétroliers, guerres du Golfe – s’inscrivent dans un contexte où l’accès au pétrole structure les choix diplomatiques, économiques et militaires de Washington. Une stratégie finalement assez peu payante : en 2006, les États-Unis importaient presque 70 % du pétrole qu’ils consommaient.

Pourtant, en moins de dix ans, l’Oncle Sam a déjoué les pronostics en relançant spectaculairement sa production pétrolière. Portée par le forage horizontal et la fracturation hydraulique, la « révolution des pétroles de schistes » a multiplié par trois la production américaine. En 2024, pour la première fois de leur Histoire, les États-Unis étaient exportateurs nets de pétrole.

Le « dilemme de Malacca », nouvelle arme de Trump

La trajectoire de la Chine apparaît, à bien des égards, comme inverse de celle des États-Unis. Exportatrice nette jusqu’au milieu des années 1990, sa dépendance pétrolière n’a cessé de croître depuis trois décennies, atteignant 80 % en 2024. Ne produisant que 4,5 millions de barils par jour, la Chine pour une consommation quotidienne de 16,5 millions, la Chine dépend largement d’approvisionnements en provenance du Moyen-Orient.

Ceux-ci transitent par deux goulots d’étranglement majeurs : le détroit d’Ormuz en sortie du golfe Persique et le détroit de Malacca, passage clé entre l’océan Indien et la mer de Chine méridionale. Cette double vulnérabilité stratégique – que les stratèges chinois désignent sous le nom de « dilemme de Malacca » – pourrait, désorganiser en quelques semaines l’approvisionnement pétrolier chinois et exercer une pression considérable sur son économie.

Cette fragilité n’a pas échappé à Donald Trump, qui a fait de la Chine son ennemi systémique. Un ennemi qui domine toutes les chaînes d’approvisionnement stratégiques – notamment celle des métaux critiques –, à une exception majeure près : le pétrole.

Un levier stratégique pour Washington

Pour les États-Unis, le détroit d’Ormuz ne représente plus, comme autrefois, un enjeu vital pour leur propre approvisionnement pétrolier. Il est désormais perçu comme un levier stratégique dans leur rapport de force avec la Chine, dont une part essentielle des importations pétrolières transite par cette voie maritime cruciale.

En renversant le régime de Maduro en janvier 2026, Trump s’attaquait à un premier fournisseur majeur de la Chine (750 000 barils par jour d’exports vers la Chine). En s’attaquant à l’Iran, l’administration américaine double la mise (1,5 million de barils par jour d’exports vers la Chine). En provoquant indirectement la fermeture du détroit d’Ormuz, il priverait la Chine de 5,5 millions de barils par jour : une situation devenant rapidement insoutenable pour l’ogre chinois.

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