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CAN 2025 : « Le cœur du Maroc tout entier va s’arrêter de battre »

CAN 2025 : « Le cœur du Maroc tout entier va s’arrêter de battre »

REPORTAGE. Porté par une qualification au mental, le Maroc aborde sa finale sous tension. Face au Sénégal, les Lions de l’Atlas jouent bien plus qu’un titre.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, le Maroc n’a pas dormi. Vers minuit, quand la demi-finale Maroc–Nigeria s’est enfoncée dans la prolongation puis dans l’attente glacée des tirs au but, le pays entier est resté éveillé.Si les rues paraissaient vides, en réalité, les Marocains étaient partout. Dans les cafés, les restaurants, les salles de quartier, les fan zones bondées, le Maroc regardait, attendait, retenait son souffle. « On ne pouvait pas rentrer avant la fin », raconte Youssef, serveur dans un café du centre de Rabat. « Même quand il n’y avait plus de voix, personne ne se levait.»

Le match s’est étiré sur 120 minutes sans but. Un 0-0 lourd, pesant, avant de basculer dans l’épreuve ultime : les tirs au but.

Bounou, Hakimi, En-Nesyri : la nuit des héros

Solide, patient, mentalement fort, le Maroc a résisté avant de faire la différence aux tirs au but, porté par un Bounou décisif.

Les héros du Mondial 2022 ont répondu présent. Yassine Bounou a stoppé les tentatives de Samuel Chukwueze et Bruno Onyemaechi. Achraf Hakimi a transformé son tir. Et quand Youssef En-Nesyri s’est avancé pour conclure, Rabat a basculé.

Score final : 4–2. Le Maroc était en finale.

En conférence de presse, Walid Regragui a résumé cette qualification : « Tout s’est joué sur le mental, la résistance et la capacité à tenir. »« Ce sont des matchs qui se gagnent dans la tête, sur des détails. »

Le sélectionneur a insisté sur la force collective, plus que sur les individualités, rappelant que cette finale retrouvée, 22 ans après 2004, s’inscrit dans une trajectoire plus large du football marocain.

Dans un stade encore suspendu à son souffle, le gardien est devenu l’épicentre de la nuit. Soulevé par ses coéquipiers, Yassine Bounou est resté fidèle à sa retenue. « Dans le football, nous ne sommes que des gardiens », glisse-t-il modestement.

Dehors, l’écho est immédiat. Rachid, agent de sécurité, sourit malgré la fatigue : « J’ai plus de voix, les yeux explosés et une longue journée m’attend demain. Mais ce gardien-là… il t’offre une joie que personne ne peut t’enlever. »

À Marrakech, la fan zone a battu un record : plus de 80 000 personnes réunies. Là aussi, personne n’est parti avant la fin. « On était trop nombreux pour respirer », sourit Nadia.« Mais partir avant la fin, c’était impossible. »

Du sommet de l’État au café du quartier, une même attente

Au stade comme dans les rues, la qualification des Lions de l’Atlas a réuni toutes les générations, du prince héritier aux cafés de quartier.

Au stade Prince Moulay Abdellah, 65 458 spectateurs ont tenu jusqu’au bout. Dans les tribunes officielles, un visage a cristallisé l’attention : celui du prince héritier, 22 ans, présent à chaque étape du parcours des Lions de l’Atlas, vêtu du maillot national.

Pour beaucoup, cette présence incarnait une attente partagée, du sommet de l’État jusqu’au simple citoyen.

Une absence, en revanche, n’a échappé à personne : celle du roi Mohammed VI. L’agence MAP a indiqué que le souverain souffrait « d’une lombosciatalgie mécanique, associée à une contracture musculaire, sans aucun signe de gravité », nécessitant repos et traitement adapté.

Une ferveur populaire, une pression grandissante avant d’affronter le Sénégal

Le Maroc vit depuis un mois au rythme d’une CAN à domicile. La ferveur populaire s’est doublée d’un succès économique inédit : la CAN Maroc 2025 affiche une progression de plus de 90 % de ses revenus commerciaux, portée par un nombre record de sponsors, passés de neuf en 2021 à vingt-trois cette année.

Quelques heures plus tôt, à Tanger, le Sénégal avait déjà validé son billet. Face à l’Égypte, un but de Sadio Mané à la 78e minute a suffi (1–0), prolongeant le parcours solide et maîtrisé des Lions de la Teranga.

Derrière l’enthousiasme, la pression s’est accrue, match après match. « Le cœur du Maroc tout entier va s’arrêter de battre », souffle Amira, ingénieure à Rabat.

Le rendez-vous est désormais fixé : dimanche 18 janvier, 20 heures, à Rabat. Une finale que beaucoup attendaient : Maroc–Sénégal, deux favoris, deux ambitions de deuxième étoile.

Le Maroc, sacré une seule fois en 1976, disputera la troisième finale de son histoire.