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CAN 2025 : le Maroc peut-il tirer un bilan positif malgré le fiasco de la finale ?

CAN 2025 : le Maroc peut-il tirer un bilan positif malgré le fiasco de la finale ?

ANALYSE. Malgré le couac de la finale dont il n’est pas responsable, le Royaume peut capitaliser sur ses succès d’organisation de la CAN 2025, que ce soit en termes logistiques, sportifs ou d’audiences.

Le foot est une langue universelle, un esperanto sur pelouse dont les cahiers sont les écrans plats et les smartphones. La Confédération africaine de football (CAF) a attribué l’organisation de la 35ème CAN le 27 septembre 2023, à peine deux semaines après le tremblement de terre qui a meurtri le Haut-Atlas, 2960 morts et plus de 3500 blessés. À l’époque, on avait grommelé au sein du Royaume qu’il y avait d’autres priorités, que plus de 300.000 personnes avaient perdu leurs logements et qu’il fallait d’abord reconstruire le logis des démunis. Mohammed VI a tenu le cap et mené à bien l’ambition économico-sportive qu’il a pour son pays : le hisser au niveau international sur la scène cruciale du football. À l’issue d’un mois de compétition, l’heure du bilan. Pour effectuer un bilan, il faut rappeler les objectifs initiaux du pouvoir marocain quand il a fait acte de candidature.

Le foot, un investissement politique

L’enjeu de cette CAN n’était pas que sportif, c’est-à-dire ramener à domicile une coupe d’Afrique des nations que les Lions de l’Atlas n’ont pas humé depuis 1976. Un quasi-demi-siècle. L’équipe qui s’est hissée dans le dernier carré du Mondial 2022 au Qatar, abdiquant contre la France en demi-finale, drainant l’enthousiasme du monde arabe, le voulait ce trophée, l’offrir à domicile aux quelque trente-huit millions de Marocains. À Doha, trois ans auparavant, des rues du Caire aux palais du Golfe, on était galvanisé par cette équipe, remerciant Allah ou le dieu du ballon, voire les deux, c’est selon les croyances, on voyait déjà l’équipe du Maroc en haut de l’affiche.

Pour la première fois une équipe arabe dribblait les meilleures équipes du monde, éliminant deux seigneurs du foot, l’Espagne et le Portugal. L’année d’après, on apprenait que Rabat avait été choisi avec ces deux pays-là précisément pour organiser le Mondial 2030*. Une façon de consolider la marque Maroc à haut niveau mondial tout en effectuant une répétition à grande échelle de la future coupe du monde. Logistique, sécurité, literie, tout a pu être passé en revue. Les retours d’expérience seront précieux.

Diffuser la marque Maroc dans le monde entier

Le tourisme est l’un des trépieds de l’économie nationale avec vingt millions de touristes en 2024, tout autant que l’Égypte, l’avantage des pyramides en moins. L’objectif ? Trente millions en 2030, l’année du mondial.

Pour que les images soient parfaites, un cador a été embauché pour filmer la finale, trente caméras à l’appui. Le spectacle état réussi, les compliments abondent sur la qualité des hébergements et des équipements et terrains d’entraînement mis à disposition, les trains à grande vitesse ont séduit tout autant que les autres infrastructures. Depuis une dizaine d’années, la politique des grands chantiers voulus par Mohammed VI modifie pièce par pièce le pays : ports, trains, électricité verte… Avec la CAN, cet aspect du pays a été abondamment montré et apprécié. Certains visiteurs ont pris conscience, il était temps, que le XXIè siècle concernait également l’Afrique.

Politique intérieure

Au plan national, l’absence du Roi Mohammed VI tout du long de la compétition aura provoqué des interrogations sur au mieux sa santé, au pire la gravité de sa maladie. Les nécrologies ont été mises à jour dans les rédactions. Ce sujet de la santé royale est le tabou numéro un du Royaume suivi de peu par ce second tabou : l’argent du Roi. Les médias marocains n’évoquent pas le sujet, il est radioactif, synonyme de répression. Lors de la cérémonie d’ouverture, Gianni Infantino le président de la FIFA, a remercié le roi, s’adressant à un portrait de celui-ci, posé sur un chevalet sur la scène du Stade Moulay Abdallah, à Rabat. Les médias occidentaux se faisant pressant, une information a fait savoir que le roi souffrait d’un mal de dos l’obligeant au repos fut divulguée. Le prince héritier, Moulay El Hassan, avait inauguré le stade Moulay Abdallah, prouesse exécutée en dix-huit mois. Il a été l’homme de la cérémonie d’ouverture puis de la clôture, flanqué pour cette dernière de l’un des frères du Roi, le prince Moulay Rachid, qui a assuré le service minimum lors de la remise de la coupe au vainqueur, le Sénégal. Dans le couffin de la CAN 2025, on trouvera pêle-mêle un ballon rond (euphémisme), des 5 étoiles, des stades, des LGV, des audiences records dans le monde entier, une équipe qui à défaut de coupe est parvenue en finale et jouera gros dans six mois lors de la coupe du monde du foot aux États-Unis. Le pays était onzième nation au classement FIFA avant la CAN.

Une réussite brouillée en une minute

La 89eème minute de la finale de la CAN va devenir un soap opera mondial, le foot étant un spectacle planétaire. Cette minute risque de durer des semaines. La CAF, responsable de tout ce qui est purement sportif, sur le terrain, risque de vivre une séquence douloureuse, un sale quart d’heure médiatique, de voir son fonctionnement passé à la paille de verre. Il serait temps. L’ambition de Mohammed VI, faire de son royaume une grande nation sportive, pour la qualité de son organisation comme pour son équipe, était un pari socialement risqué car coûteux (le budget alloué à la CAN et la coupe du monde 2030 représentent cinq milliards), ce que la GEN Z 212 a fait savoir lors de dix jours de manifestations. Le message de la jeunesse : « des hôpitaux, des écoles au lieu de stades ». Cette CAN serait la plus lucrative de l’histoire de la compétition selon les premières estimations. Désormais, la finale de ce rendez-vous est diffusée en prime time sur M6 (qui a cassé sa grille pour l’occasion), générant la seconde audience de la soirée avec 3,4 millions de téléspectateurs et captant 36% des 15-34 ans, soit le programme de la semaine le plus regardé par cette tranche d’âge. Cela permettra à la FIFA de faire monter les enchères des droits tv pour la prochaine CAN. Ce qui s’est joué sur le terrain n’était qu’une partie d’une multitude d’enjeux.

*Trois pays d’Amérique du Sud accueilleront chacun un match : l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, pays où eu lieu le premier Mondial il y a cent ans.