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« Ce n’est pas comme si les SS allaient débarquer » : la présence de l’ICE aux JO d’hiver embarrasse le gouvernement Meloni

« Ce n’est pas comme si les SS allaient débarquer » : la présence de l’ICE aux JO d’hiver embarrasse le gouvernement Meloni

À dix jours de l’ouverture des Jeux olympiques de Milan-Cortina, la présence confirmée d’agents de la police anti-immigration des États-Unis crée une tempête politique en Italie. Un nouveau test pour la « special relationship » entre Meloni et Trump.

Le vent de la polémique ICE continue de souffler sur l’Italie. En début de semaine, une nouvelle source de l’agence américaine a confirmé la présence de l‘Immigration and Customs Enforcement lors des Jeux olympiques et paralympiques de Milan-Cortina qui s’ouvrent dans moins de dix jours. L’ICE « apportera son soutien au Service de sécurité diplomatique du Département d’État américain et au pays hôte », dans le but « d’évaluer et d’atténuer les risques liés aux organisations criminelles transnationales », apprenait-on dans une dépêche de l’Agence France-Presse.

Dans les rangs du gouvernement Meloni, à qui les agissements violents du bras armé de la politique anti-immigration de Donald Trump auront difficilement échappé, l’embarras est palpable.

Après avoir d’abord écarté la présence des agents de l’immigration et des douanes, certains ministres de Giorgia Meloni – pour l’heure silencieuse sur le sujet – cherchent désormais à éteindre la polémique. « Là, on ne parle pas là de ceux qui sont dans la rue à Minneapolis […] J’ai été plus dur que quiconque en Italie sur ça… mais ce n’est pas comme si les SS allaient débarquer. », minimisait ainsi le chef de la diplomatie italienne, en cette journée de commémoration des victimes de la Shoah.

Deuxième tentative, le même jour : « Soyons clairs : ils ne viennent pas ici pour s’occuper de l’ordre public dans la rue. Mais pour collaborer dans les salles de contrôle des opérations », détaillait le ministre des Affaires étrangères, annonçant la tenue prochaine d’une réunion de « clarification » entre son collègue de l’Intérieur, Matteo Piantedosi, et l’ambassadeur américain à Rome.

Le maire de Milan monte au créneau

Trop tard, sans doute. L’ombre de l’ICE a pleinement gagné la Péninsule et ses olympiades, devenant au passage un brûlant sujet de politique intérieure. « C’est une milice qui tue, qui entre chez les gens en se donnant tous les droits. Il est clair qu’ils ne sont pas les bienvenus à Milan », prévenait ainsi Giuseppe Sala, le maire de centre-gauche de la capitale lombarde qui accueillera la cérémonie d’ouverture et plusieurs épreuves sportives.

« Ne pourrions-nous pas dire non à Trump, pour une fois ? Les agents de l’ICE ne devraient pas venir en Italie car ils ne partagent pas notre conception démocratique de la sécurité », tranchait l’édile, lançant au passage un tacle au premier flic du pays : « En tant qu’Italien, je ne me sens pas protégé par Piantedosi ».

Un nouveau test pour l’amitié entre Donald Trump et Giorgia Meloni

Une nouvelle controverse made in USA qui met encore une fois à l’épreuve l’amitié entre Donald Trump et Giorgia Meloni. Unique dirigeante européenne présente pour la seconde investiture du milliardaire, la Romaine a dès le début affiché l’ambition de jouer le rôle de médiatrice entre les deux rives de l’Atlantique.

La Présidente du Conseil sait qu’elle peut compter sur ses solides liens tissés avec les cercles républicains et l’actuelle administration américaine et sur sa proximité idéologique notoire avec le New-yorkais. Sans oublier les puissants intérêts économiques que Giorgia Meloni entend préserver à tout prix. Les États-Unis restent le premier partenaire commercial (hors UE) de la Péninsule, avec 70 milliards d’euros d’exportations enregistrées en 2024. Washington est également un allié central sur le plan militaire, avec une « industrie italienne, pieds et poings liés avec le système de défense américain », relevait encore récemment Le Point.

Une « special relationship » pas tous les jours faciles à assumer pour la Première ministre italienne. L’inoxydable pragmatisme politique, tant loué chez Giorgia Meloni, est testé un peu plus à chacune des sorties polémiques et des initiatives outrancières du magnat américain.

À Rome, on excelle désormais dans l’art de ménager la chèvre et le chou. Sur la question du Groenland, le gouvernement italien signe d’un côté la déclaration commune des Européens pour la défense du territoire arctique et le soutien au Danemark mais refuse l’envoi de troupes transalpines sur place estimant craindre que « les initiatives de certains pays européens aient pu être interprétées comme anti-américaines ». Meloni finit par légèrement hausser le ton quand Trump menace les pays ayant déployé des militaires d’augmenter les droits de douane.

« Une erreur », fait-elle directement savoir par téléphone à son homologue américain, tout en freinant des quatre fers auprès de ses partenaires européens tentés de dégainer le « bazooka commercial ».

Pas touche en revanche à l’honneur de l’Italie et à la mémoire de ses soldats ! Le milliardaire – qui par cinq fois a échappé au service militaire – avait en effet estimé que les forces alliées de l’Otan étaient restées « un peu en retrait, un peu loin des lignes de front » en Afghanistan. Des paroles jugées « inacceptables », lâche Meloni, rappelant le lourd bilan italien (53 morts et plus de 700 blessés).

Mais pas question de rompre avec la droite MAGA. Giorgia Meloni encaisse le feu nourri des critiques venant de l’opposition et maintient sa pleine proximité avec le locataire de la Maison-Blanche.

Ainsi, interrogée lors d’une conférence de presse sur la « santé mentale » de Donald Trump et les risques qu’il ferait encourir à la sécurité mondiale, l’Italienne prend la mouche. « Ça ne me semble pas être une approche sérieuse de la politique internationale », rétorque-t-elle à son interlocuteur. « Je crois que nous devons tenir compte de la démocratie et des dirigeants élus et choisis par leurs citoyens, avec lesquels nous interagissons car ce n’est pas nous – Dieu merci – qui choisissons qui gouverne les autres nations », poursuit la cheffe de file des Frères d’Italie, espérant qu’un jour le monde pourra « décerner le prix Nobel de la paix à Donald Trump. »

Les Italiens veulent mettre plus de distance avec Trump

Si Meloni garde le cap plein ouest, nombre d’Italiens, eux, ne partagent pas ses convergences avec Washington. Dans un sondage Eumetra, effectué pour la chaîne La7 le 19 janvier, près de 60 % des interrogés estiment ainsi que la Présidente du Conseil devrait se démarquer plus régulièrement des positions de Donald Trump. Sur le Groenland (avant même les menaces douanières), ils étaient 65 % à désapprouver la position américaine sur l’Arctique et 42 % à demander l’envoi de troupes italiennes, sous bannière de l’Otan, pour défendre l’île.

Malgré sa confortable avance dans les intentions de vote, « Meloni doit faire attention et gérer avec prudence cette dernière année précédant le scrutin afin de ne pas gaspiller sa réserve de voix », estime cependant l’éditorialiste Lina Palmerini, citée par Linkiesta. « Les sondages suggèrent qu’elle devrait prendre ses distances – au moins un peu – avec le président américain, que même les électeurs de droite ne semblent pas apprécier », poursuit la plume du quotidien économique Sole 24.

Dans les pages de La Repubblica, l’ex-Premier ministre Paolo Gentiloni (centre-gauche) met lui aussi en garde l’élue romaine à la tête, selon lui, du gouvernement « le plus-trumpien » du continent européen, après Viktor Orban. « C’est là que réside le problème pour le gouvernement : cette affinité idéologique aura un coût politique toujours plus grand. »