Éliminé par une frappe américano-israélienne, le guide suprême Ali Khamenei fut, pendant près de quarante ans, le bourreau du peuple iranien. La « ligue des dictateurs » perd l’un de ses représentants les plus féroces.
Dans la nuit de samedi à dimanche, un homme en pleurs est apparu sur les écrans de la télévision officielle iranienne. La voix brisée, il livre l’oraison funèbre : « Le leader et imam des musulmans, son éminence l’ayatollah Seyyed Ali Hosseini Khamenei, sur le chemin de l’exaltation du sanctuaire sacré de la République islamique d’Iran, a bu le doux et pur breuvage du martyre et a rejoint le royaume céleste suprême. »
Le rideau tombe sur près de quarante ans de règne. Presque au même instant, Donald Trump confirme la nouvelle sur son réseau Truth Social : le guide suprême iranien, Ali Khamenei, est mort. « Il n’a pas pu échapper à nos services de renseignement et à nos systèmes de suivi hautement sophistiqués. En travaillant étroitement avec Israël, il n’y avait rien que lui, ou les autres dirigeants tués à ses côtés, ne puissent faire. » Le président américain termine son message en appelant au soulèvement : « C’est la chance unique pour le peuple iranien de reprendre son pays. »
L’annonce est un séisme à l’échelle de la planète. Des manifestations de colère ont aussitôt éclaté dans certaines villes d’Iran, ainsi qu’au Pakistan ou à Oman. En Irak, les autorités ont décrété trois jours de deuil national. À Gaza, le Hamas a publié un communiqué pour dénoncer un « crime abominable ». Idem pour le Hezbollah dans le sud du Liban. Au Kremlin, Vladimir Poutine a présenté ses condoléances au peuple iranien. Ce sont là les rares endroits sur la planète où l’on pleurera l’ayatollah.
Le régime et les gardiens de la Révolution décapités
Celui qui se présentait comme le représentant de Dieu sur Terre et le descendant direct de Mahomet est mort à 86 ans après avoir survécu à d’innombrables tentatives d’assassinat. Lors de la première guerre entre l’Iran, Israël et les États-Unis, dite « des Douze Jours », on murmurait que Donald Trump avait arrêté le bras des Israéliens. À l’époque, ils avaient déjà localisé Khamenei, mais l’Américain ne voulait pas d’un tel dénouement. Cette fois, l’ordre a été donné.
La prouesse est totale. Le guide suprême iranien a été tué samedi matin alors que l’attaque n’était une surprise pour personne et que les services de sécurité de la République islamique s’y préparaient depuis des semaines, voire des mois. L’exécution du leader du Hamas Ismaïl Haniyeh, en juillet 2024, l’avait déjà prouvé. Cette nouvelle opération le confirme : les services secrets israéliens et américains disposent d’excellents relais dans la capitale iranienne.
En plus de Khamenei, l’armée israélienne affirme avoir « éliminé » le sommet de la défense du régime dans sa « salve d’ouverture ». La République islamique et son bras armé, les gardiens de la Révolutions, sont décapités, comme le prouve la liste des morts : le conseiller de Khamenei Ali Shamkhanile, le chef des gardiens de la Révolution Mohammad Pakpour, le chef d’état-major Abdolrahim Mousavi, le ministre de la Défense Aziz Nasirzadeh…
Le fils du Chah, Reza Pahlavi, qui appelait quelques jours plus tôt dans un entretien exclusif au Point à se débarrasser des mollahs, n’a pas caché sa joie : « Ali Khamenei, le Zahhak [roi maléfique de la mythologie iranienne] assoiffé de sang de notre temps […] a été effacé des pages de l’histoire. » Pour lui, la République islamique a pris fin hier. Elle sera bientôt reléguée aux « poubelles de l’histoire ».
L’internationale des despotes en berne
Après le Vénézuélien Nicolas Maduro, qui dort désormais dans une maison d’arrêt de Brooklyn, la « ligue des dictateurs » perd un pilier. C’est Anne Applebaum qui avait lancé la formule dans son livre Autocracy Inc. – Quand les dictateurs s’associent pour diriger le monde, paru l’année dernière aux Éditions Grasset. Sa thèse : Xi Jinping, Vladimir Poutine, Kim Jong-un et les autres ont des préoccupations divergentes mais se retrouvent autour de deux points communs : la haine de la démocratie et la volonté de se maintenir au pouvoir coûte que coûte.
Ils s’épaulent pour étendre leur influence. De fait, l’Iran était devenu l’auxiliaire indispensable de la Russie : ses drones Shahed, qui ont à nouveau stupéfié le monde en parvenant à frapper Dubaï, Bahreïn ou le Koweït, sont les mêmes qui font des ravages chaque nuit en Ukraine.
Ce dimanche 1er mars, un autocrate de plus manque à l’appel. Assad est en exil à Moscou, Maduro est en prison à New York, Khamenei est mort. Restent Kim Jong-un, Xi Jinping, Vladimir Poutine et les autres. Toujours à la manœuvre. Plus puissants que jamais, peut-être. Mais le club rétrécit.
Un suppléant va-t-il parvenir à s’installer rapidement au pouvoir à Téhéran, comme ce fut le cas au Venezuela après l’enlèvement de Maduro ? Ou les appels du fils du Chah provoqueront-ils un basculement et la fin de la République islamique ? Trop tôt pour le dire. Ce qui est sûr, c’est que les médias officiels vont saturer l’espace de foules éplorées à Téhéran, Sanaa ou Bagdad. On verra les deuils organisés, les larmes de commande. Mais juste après l’annonce, ce sont bien des cris de joie qui ont parcouru les rues de Téhéran.

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