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Chute de la démographie en Chine, une fatalité ?

Chute de la démographie en Chine, une fatalité ?

Pour des raisons socioculturelles, la Chine pourrait être moitié moins peuplée d’ici à la fin du siècle. Et les conséquences économiques seront nombreuses.

En 2023, l’Inde est devenue l’État le plus peuplé du monde, et la Chine a cédé une place qu’elle occupait depuis plusieurs siècles. Le déclin de la population chinoise, en grande partie dû à une natalité en berne, a en effet commencé en 2022, plus tôt que ce que prévoyaient la plupart des démographes.

Avec un indice de fécondité descendu à un enfant par femme, la population chinoise est en train d’entamer une véritable descente aux enfers. De 1,4 milliard aujourd’hui, elle passerait à 1,3 en 2050, dans un scénario optimiste, avant de chuter considérablement : l’ONU imagine que sa population pourrait être de seulement 639 millions à la fin du siècle, soit une réduction de plus de la moitié (et une part dans la population mondiale réduite d’autant).

Effondrement du taux de mariages

Que s’est-il passé ? On le sait : l’Asie du Nord-Est est tout particulièrement frappée par la crise démographique mondiale, notamment parce qu’elle est fermée à l’immigration. Mais il y a aussi des causes spécifiques à la Chine. Contrairement à ce que l’on croit souvent, la politique de « l’enfant unique » (1980-2015) n’est pas au nombre des principaux facteurs explicatifs : la fécondité avait chuté avant son imposition. Et elle a rechuté à deux reprises, en 1990 et en 2015… sans jamais reprendre.

Les facteurs socioculturels doivent être privilégiés. Le taux de mariages pour 1 000 habitants s’est effondré (il a été divisé par deux) depuis 2013 : la natalité a suivi, de manière presque mécanique. Le coût de la constitution d’une cellule familiale – logement, éducation – est jugé trop élevé par les jeunes Chinois. Qui sont de plus en plus nombreux à déprimer et à ne plus croire en l’avenir. D’autant plus que nombre d’entre eux sont aujourd’hui au chômage.

Les dirigeants chinois ont évidemment réagi. Après avoir autorisé leurs citoyens à avoir trois enfants (2021), ils ont institué une allocation familiale et cherchent à favoriser l’environnement clinique des naissances (facilitation de l’accès à la péridurale, à la fécondation in vitro, etc.). En vain pour l’instant.

Dans un pays qui compte traditionnellement sur les enfants pour soutenir leurs parents âgés, moins d’enfants signifiera davantage de pauvreté.

Les conséquences économiques vont rapidement se faire sentir, et la Chine se dirige sans doute vers une forme de « stagnation séculaire » comme le Japon. Aucun pays ne voit sa population active diminuer sans conséquence sur sa croissance. Mais, à la différence de son voisin, elle va, comme on le sait, « vieillir avant d’être riche ». Le poids des retraites équivaudra à un cinquième du produit intérieur brut au milieu des années 2030. Or, dans un pays qui compte traditionnellement sur les enfants pour soutenir leurs parents âgés, moins d’enfants signifiera… davantage de pauvreté. Et cela ne devrait pas s’arranger ensuite. On a calculé qu’à la fin du siècle le pays pourrait compter un actif pour un retraité.

Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) et auteur, entre autres, de « Le Choc démographique » (Odile Jacob, 2020). © (Hannah Assouline/opale.photo)

Aucun pays n’est condamné au déclin, et la République populaire de Chine a surpris le monde plus d’une fois depuis sa création en 1949. Elle sera certainement en mesure d’accroître sa productivité grâce, par exemple, à son investissement phénoménal dans l’intelligence artificielle.

Mais une population en chute libre est-elle la meilleure manière de préparer la « grande renaissance » de 2049 annoncée par Xi Jinping ? Comment le différentiel de croissance démographique avec les États-Unis – même si ceux-ci réduisent actuellement l’immigration – impactera-t-il la rivalité sino-américaine ? Enfin, comment une population vieillissante accueillerait-elle la possibilité d’une grande guerre avec l’Amérique, si ce devait être le prix de la « réunification » avec Taïwan ?