LETTRE DE BUCKINGHAM. Dans un monde fragmenté, la monarchie britannique, incarnée par le fils d’Elizabeth II, continue de parler un langage que les gouvernements peinent à manier : celui de la permanence.
Quel est le seul point commun entre la place Rouge à Moscou et la petite église St Mary Magdalene, voisine du château royal de Sandringham (est de l’Angleterre) ? Les deux lieux, symboles du pouvoir, servent d’interface entre les dirigeants et le peuple. En Russie, l’ordre dans lesquels sont alignés les dignitaires lors de la célébration du 1er mai permet de jauger des rapports de force au sein du Kremlin. Au Royaume-Uni, la sortie du service religieux du 25 décembre donne une idée de la cote en interne des membres de la famille royale.
« À l’évidence, malgré sa fragilité physique, Charles III est un homme épanoui. Lui qui a dû traverser tant de déserts adore exercer sa fonction de souverain. Après les aléas des dernières années du règne d’Elizabeth II, la royauté est sécurisée », affirme le chroniqueur royal Robert Hardman à l’issue de l’apparition des Windsor lors du Christmas Day.
L’année 2026 est prometteuse pour le monarque monté sur le trône il y a un peu plus de trois ans. Le traitement de chimiothérapie contre un cancer, dont on ne connaît ni la nature ni la gravité, a été allégé. Le chef de l’État britannique devrait effectuer une visite officielle aux États-Unis dans le cadre de la célébration, le 4 juillet 2026, du 250e anniversaire de l’indépendance du pays. Charles III joue un rôle clé dans les relations bilatérales anglo-américaines dans la mesure où l’admiration qu’éprouve Donald Trump à son égard doit mettre de l’huile dans les rouages d’une négociation ardue visant à conclure un accord de libre-échange bilatéral.
Un noyau dur autour du roi
Par ailleurs, la présence d’un chœur ukrainien entonnant un chant patriotique lors de la présentation à la télévision des vœux de Sa Majesté a rappelé son constant soutien à la cause de Kiev depuis l’invasion russe. Le choix royal était destiné à encourager le président Volodymyr Zelensky dans ses pourparlers avec l’occupant du Bureau ovale sur le « plan de paix » de Washington en vue de mettre fin à la guerre en Ukraine.
Enfin, la longue séquence du message de Noël consacrée à la prière publique à la chapelle Sixtine avec le pape Léon XIV, une première depuis le schisme d’Henry VIII, au cours de sa visite au Vatican les 22 et 23 octobre dernier illustre le souci d’œcuménisme religieux du gouverneur suprême de l’Église anglicane. La condamnation royale de l’attentat antisémite de Bondi et la distribution de colis de nourriture pendant le ramadan soulignent son désir de rapprochement avec le judaïsme et l’islam. À ses côtés à Sandringham, la reine Camilla est plus que jamais présente pour épauler son époux lors des bains de foule tout en développant sa propre action caritative de lutte contre les violences faites aux femmes et de promotion de la lecture chez les jeunes.
Pour sa part, le prince William, président d’honneur de la Fédération anglaise de football, doit également se rendre aux États-Unis dans le cadre de la prochaine Coupe du monde (11 juin-19 juillet 2026). Très apprécié de Trump, l’héritier au trône entend promouvoir outre-Atlantique le dossier qui lui est le plus cher : la protection de l’environnement via l’encouragement à l’entrepreneuriat. De surcroît, sur le plan intérieur, le fils aîné de Charles III devrait préciser les lignes de son grand dessein de modernisation de l’institution lorsqu’il ceindra la couronne.
Après plus d’une année d’absence, Kate a fait progressivement son retour sur la scène publique sur les deux thématiques qui lui tiennent à cœur, à savoir l’aide à l’enfance et l’éducation. Âgé de 12 ans, le fils aîné des Galles, le prince George, deuxième dans l’ordre de succession, doit continuer son apprentissage en secondant progressivement ses parents. La sœur du roi, la princesse Anne, son plus jeune frère Edward, duc d’Édimbourg, et son épouse, Sophie, complètent le noyau dur des Royals en charge des fonctions de représentation.
Les cas particuliers d’Andrew et Harry
Régler le cas Andrew Mountbattten-Windsor était pour le Palais la priorité des priorités. Charles III espère maintenant que le bannissement de son frère cadet, impliqué dans le scandale Jeffrey Epstein, lui laissera faire son métier en paix. À la sortie de l’église, tous les regards étaient d’ailleurs tournés vers les deux filles d’Andrew, les princesses Béatrice et Eugénie qui, ultime affront à leur géniteur, avaient préféré passer les fêtes avec le clan royal qu’avec le paria.
Quant aux deux autres trouble-fêtes, Harry et Meghan, toute tentative de réconciliation se heurte non seulement à l’animosité ressentie par le roi et surtout William à la suite du déballage de linge sale en public, mais aussi à des impératifs juridiques. En multipliant les procès devant les tribunaux britanniques, le duc de Sussex empêche le souverain de le recevoir au grand jour, au risque d’être accusé d’interférence avec le pouvoir judiciaire.
À Sandringham, la ferveur quasi religieuse de la foule au passage du cortège royal était frappante, comme si elle recouvrait l’assurance d’une éternité stable. Débarrassée de deux « patates chaudes », la monarchie est plus que jamais le symbole du consensus national qui échappe ordinairement au gouvernement du travailliste Keir Starmer. En dépit des incertitudes sur l’évolution de son état de santé et la controverse sur sa richesse personnelle, le monarque s’offre comme un rempart devant les remous de l’heure. Comme l’écrit le quotidien conservateur Daily Telegraph, « c’est son vrai rôle ».

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