12 views 5 mins 0 comments

Comment la capture de Maduro a replacé la CIA au cœur de l’Amérique latine

Comment la capture de Maduro a replacé la CIA au cœur de l’Amérique latine

L’agence de renseignement renoue avec une longue tradition interventionniste dans la région.

D’ordinaire, les opérations de la CIA sont classées « top secret ». Une manière de protéger les sources sur le terrain. Une question de culture aussi : l’agence de renseignement agit dans l’ombre et ne revendique jamais ses actions.

Avec l’assaut Absolute Resolve, mené au Venezuela contre Nicolas Maduro, la logique est toutefois inversée. Donald Trump a délibérément mis en scène le rôle de l’agence. John Ratcliffe, son patron, figurait au premier plan des clichés de la « war room » de Mar-a-Lago. Il a aussi participé à la conférence de presse célébrant le bon déroulé de l’opération.

Plusieurs fuites (savamment orchestrées) ont aussi permis de découvrir que la CIA avait installé, il y a plusieurs semaines, une taupe au sein du premier cercle de Nicolas Maduro, qu’elle connaissait le moindre de ses faits et gestes et qu’une cellule clandestine d’agents américains était installée depuis le mois d’août à Caracas pour préparer l’opération.

La Chine a quitté le podium des risques prioritaires

Cette mise en scène ne s’explique pas seulement par l’hubris de Donald Trump. Elle relève surtout d’un calcul politique et d’une rupture assumée : annoncer le retour en force des services de renseignement sur le continent latino-américain. Lors de son premier mandat, Donald Trump avait demandé en vain à la CIA, alors dirigée par Gina Haspel d’organiser des opérations clandestines contre Nicolas Maduro. Sans succès. L’Amérique latine n’était pas la priorité de l’agence.

Pour le chercheur Raphaël Ramos, auteur de La Puissance et l’Ombre. 250 ans de guerres secrètes de l’Amérique (éd. du Cerf), cette opération se place dans un contexte de redéfinition des priorités américaines : « Tandis que l’administration Biden, avec William Burns à la tête de la CIA, avait mis sur pied en 2021 une cellule dédiée à la Chine regroupant l’ensemble des agences de renseignement américaines, l’administration Trump a, elle, mis en place le même type de structure mais sur la problématique du narcotrafic, et donc ciblant directement le continent. »

Même chose lors de la récente publication des priorités stratégiques américaines : la Chine a quitté le podium des risques prioritaires. Elle a été remplacée par les thèmes de la drogue et de l’immigration clandestine. Une façon, là encore, de pointer du doigt l’Amérique latine et de dégager des moyens opérationnels sur ce terrain.

Afficher aussi clairement le rôle de la CIA au Venezuela constitue une façon d’assumer le rôle de l’agence sur le continent. Ainsi que son passé, alors même que les services américains n’y ont pas laissé le meilleur souvenir.

20 millions de dollars aux Contras

En 1954, la CIA a ainsi joué un rôle direct dans le coup d’État au Guatemala pour défendre les intérêts de la puissante United Fruit Company, une entreprise bananière américaine. En avril 1961, à Cuba, l’opération de la baie des Cochons avait directement été organisée par l’agence. Elle a aussi joué un rôle majeur et direct dans le soutien aux dictatures militaires des années 1970 en Argentine, au Chili, en Uruguay, au Paraguay, en Bolivie et au Brésil.

Plus tard, Ronald Reagan a bien failli ruiner son premier mandat après avoir autorisé secrètement la CIA à apporter une aide de 20 millions de dollars aux Contras (contre-révolutionnaires nicaraguayens) et envoyé des agents de la CIA au Salvador pour étouffer la rébellion d’extrême gauche dans une guerre civile (1979-1992) qui a fait 72 000 morts.

Enfin, les agents américains ont évidemment joué un rôle majeur dans les deux opérations militaires américaines en Amérique centrale, en 1983, à Grenade, puis en 1989, au Panama, pour chasser Manuel Noriega, qui avait longtemps travaillé… comme informateur de la CIA.