Sur les 50 invitations lancées par le président américain, 35 dirigeants ont répondu favorablement. Quatre pays, à l’instar de la France, ont en revanche refusé de participer.
Faute de prix Nobel, Donald Trump s’autoproclame faiseur de paix par la création de son « Conseil » dédié. Inaugurée en grande pompe à Davos, ce jeudi 22 janvier, cette structure est censée œuvrer au règlement des conflits dans le monde, « en coordination » avec les Nations unies, a promis le président américain. Une vingtaine de dirigeants était présents lors de la signature de la charte fondatrice, dont les contours demeurent flous.
À l’origine, la création de ce « Conseil de la paix » était inscrite dans le plan américain pour mettre fin à la guerre dans la bande de Gaza. L’organe devait être chargé de superviser et contrôler la future autorité transitoire qui sera installée pour gérer le territoire palestinien. Depuis, son mandat a été étendu, au point d’en faire un véritable concurrent pour l’ONU. « Le Conseil de la paix est une organisation internationale qui vise à promouvoir la stabilité, à rétablir une gouvernance fiable et légitime, et à garantir une paix durable dans les régions touchées ou menacées par des conflits », est-il ainsi souligné dans le préambule de la charte.
Ce texte critique par ailleurs les « approches et institutions qui ont trop souvent échoué » et appelle à avoir « le courage » de s’en « écarter ». Il souligne « la nécessité d’une organisation de paix internationale plus agile et efficace ». Difficile, de fait, de ne pas y voir une allusion claire au fonctionnement des Nations unies. Le « Conseil de la paix » sera chapeauté par Donald Trump, qui en sera le « premier président » et qui dirigera le conseil exécutif de l’organe, composé de sept membres, dont l’émissaire spécial Steve Witkoff, l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair, le secrétaire d’État Marco Rubio ou encore, le gendre du président américain, Jared Kushner.
35 accords sur 50 invitations
Pour l’heure, sur les quelque 50 invitations envoyées, environ 35 dirigeants ont accepté d’y participer, selon un haut responsable de l’administration Trump interrogé lors d’une conférence de presse. Si la liste officielle des membres n’a pas été transmise, quelques pays ont d’ores et déjà officialisé leur accord. À commencer par l’Égypte, dont le ministère des Affaires étrangères s’est engagé sur X « à remplir les procédures juridiques et constitutionnelles nécessaires ». Il a également exprimé son soutien à la « mission » du Conseil visant à mettre fin au conflit dans la bande de Gaza voisine.
Le Qatar et la Turquie, tous deux médiateurs à Gaza, ont également accepté l’invitation du président des États-Unis, à l’instar de l’Arabie saoudite, du Koweït mais également – et sans grande surprise – d’Israël. Le roi du Maroc, Mohamed VI, rejoindra aussi le conseil en tant que « membre fondateur », comme le président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane.
En Hongrie, le Premier ministre, Viktor Orban, a accepté dès le 18 janvier l’invitation « honorable » de son allié Donald Trump. Ailleurs en Europe, la Bulgarie et le Kosovo ont aussi répondu favorablement. Le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, a pour sa part déclaré ce mardi sur Facebook avoir accepté l’invitation américaine.
En outre, lors de la signature de la charte, figuraient aux côtés de Donald Trump les dirigeants de l’Argentine, Javier Milei, d’Azerbaïdjan, d’Ouzbékistan, du Kazakhstan, du Pakistan, de l’Indonésie ou encore de la Mongolie.
Le choix de la Russie encore en suspens
S’agissant de la Russie, le président américain a assuré que son homologue au Kremlin avait « accepté » son invitation. Vladimir Poutine, de son côté, s’est contenté de déclarer que son ministère des Affaires étrangères avait été « chargé d’étudier » la proposition américaine. Rappelons que l’adhésion à cet organe international se fait sur la base du volontariat, assure l’administration Trump. Chaque État qui accepte de rejoindre le « Conseil de paix » pourra ainsi exercer un mandat d’une durée maximale de trois ans – renouvelable par le président – à compter de l’entrée en vigueur de la charte.
Mais cette durée limitée de mandat ne s’applique pas aux États membres qui acceptent de verser plus d’un milliard de dollars au « Conseil ». Ces derniers bénéficieront d’un siège permanent. Une condition qui a pu en irriter certains, comme le Canada qui a refusé de « payer pour un siège », selon une source gouvernementale de l’AFP, malgré l’intention du Premier ministre d’accepter l’invitation.
Quatre refus officiels
À l’inverse, d’autres pays l’ont formellement rejetée. C’est notamment le cas de la France qui, à travers un communiqué de l’entourage d’Emmanuel Macron, a soutenu qu’elle « ne pouvait donner (une) suite favorable » à ce stade à l’invitation. De ce refus a découlé la menace de surtaxe de 200 % sur les vins et champagnes produits dans l’Hexagone – finalement abandonnée par Donald Trump 48 heures plus tard.
Le Royaume-Uni, pourtant allié clé et historique des États-Unis, a indiqué ce jeudi qu’il ne ferait pas partie des signataires. « Il s’agit en effet d’un traité juridique qui soulève des questions beaucoup plus larges, et nous sommes également inquiets du fait que le président Poutine fasse partie d’un organisme qui parle de paix, alors que nous n’avons encore vu aucun signe de sa part indiquant qu’il s’engagerait en faveur de la paix en Ukraine », a déclaré la ministre britannique des Affaires étrangères, Yvette Cooper.
La Norvège, dont les relations sont tendues avec le président américain depuis qu’il n’a pas obtenu le Nobel de la paix, ne participera pas non plus, le secrétaire d’État auprès du Premier ministre, Kristoffer Thoner, ayant affirmé qu’il était « important » qu’une telle proposition « s’inscrive dans le cadre des structures existantes telles que l’ONU et de [leurs] engagements internationaux ». Par prudence et à ce stade, les autres grands États européens se sont abstenus de répondre. L’Ukraine, en revanche, a immédiatement refusé toute participation à un Conseil dans lequel siégerait également la Russie.

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