Comme la France, de nombreux pays traversent une crise de la natalité. Report des retraites, robotisation, politique familiale, leurs pistes et solutions.
« Quand Élisabeth II accéda au trône d’Angleterre, en 1952, la fécondité moyenne mondiale était encore de 5 enfants par femme, à peine plus que depuis l’aube des temps. Soixante-dix ans plus tard, Élisabeth nous a quittés et la fécondité est à 2,2 enfants par femme et continue de descendre. Honnêtement, je ne crois pas que la reine y soit pour grand-chose mais ce changement est peut-être le plus fou de l’humanité. » Voici comment le docteur en économie et enseignant à Sciences Po Paris David Duhamel commence son excellent essai, Un monde sans enfants (Buchet-Chastel, 2024).
Cet expert de la démographie a raison de le souligner : la chute de la procréation est un phénomène global. Or la dépopulation est une affaire sérieuse. D’abord, sur le plan stratégique. Moins d’enfants, c’est moins de soldats. « En 1914, la France, qui, sous Napoléon, avait combattu seule la Prusse, l’Autriche-Hongrie, la Russie et l’Angleterre réunies, a dû s’allier à ces deux derniers pays pour gagner péniblement contre l’Allemagne, rappelle l’historien de l’économie Charles Serfaty. Ce fut l’une des conséquences du retard démographique subi par notre pays au cours du XIXe siècle. »
Ensuite, sur le plan économique. Tandis que l’Inde, dont la population a dépassé celle de la Chine en 2023, voit les investissements étrangers affluer, d’autres déchantent.
Le cas japonais
Bien sûr, le grand public garde en tête le cas du Japon, qui fait beaucoup de bruit depuis trois décennies. Selon les prévisions officielles, l’archipel devrait afficher moins de 670 000 naissances au titre de l’année 2025. Dans le même temps, le total des décès s’y établirait à 1,52 million. Ce serait la pire performance depuis que ces statistiques y ont été créées en… 1899. Et pourtant ! Selon le dernier rapport de l’OCDE, le pays du Soleil-Levant ne figure qu’en treizième position des États où le « baby krach » sévit le plus durement.
En la matière, la palme, revient à la Corée du Sud avec 0,72 enfant par femme. Suivent Taïwan (0,87), l’Ukraine (0,9), Singapour (0,97) ou encore la Chine (1). L’empire du Milieu s’apprête d’ailleurs à effectuer un plongeon spectaculaire et, pour tour dire, inédit. Selon l’ONU, sa population pourrait rétrécir de 1,4 milliard d’habitants à seulement 639 millions d’ici la fin du siècle, soit une réduction de plus de la moitié ! De quoi, sauf miracle, remettre en cause sa formidable puissance économique actuelle.
Pénurie de main-d’œuvre en Chine
Les très dirigistes autorités de Pékin n’y vont d’ailleurs pas par quatre chemins : à peine dix ans après l’arrêt de la politique de l’enfant unique, elles mettent désormais en place des campagnes pour… pousser les familles faire davantage d’enfants. Et, partout sur leur vaste territoire, elles incitent les industriels à robotiser les usines afin de compenser la pénurie de main-d’œuvre qui s’annonce. Demain, l’usine du monde n’aura pas assez de bras !
Plus près de nous, l’Espagne (1,16), l’Italie (1,24), la Pologne (1,26), l’Autriche (1,33), la Belgique (1,38), la Suisse (1,39), l’Allemagne (1,46) ou le Royaume-Uni (1,49) sont eux aussi aux prises avec le déclin démographique. Contrairement à la France, ces pays ont largement refaçonné leurs systèmes de retraite pour faire face à cette nouvelle donne.
Au Japon, cas extrême mais qui fait figure de laboratoire mondial sur le sujet, le dernier report de l’âge de départ officiel s’est fait sans heurt. Là-bas, le taux d’emploi est de 52 % pour les personnes âgées de 65 à 69 ans, de 34 % pour celles de 70 à 74 ans et de 11,4 % pour les 75 ans ou plus. Un autre monde !

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