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Crises aux États-Unis : qu’est-ce que « l’indice pizza » et que vaut-il vraiment ?

Crises aux États-Unis : qu’est-ce que « l’indice pizza » et que vaut-il vraiment ?

Crise internationale, frappe militaire de premier plan, événement majeur… Peu avant chaque crise impliquant les États-Unis, des pics de commande de pizzas sont observés. Simple coïncidence ?

L’attaque américaine contre le Venezuela et la capture de l’alors président Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores ? Il l’avait prédit. Celui que l’on surnomme « l’indice pizza », ou encore « le Pentagon Pizza Index », avait anticipé la crise géopolitique déclenchée par l’administration Trump. Et ce n’est pas la première fois que ses prédictions se révèlent vraies.

« L’indice pizza » repose sur la théorie selon laquelle tout événement majeur qui implique les États-Unis sur la scène internationale signifie que les employés du Pentagone doivent rester tard le soir au bureau… Et sont derrière des commandes massives de pizza dans les restaurants de Washington et de ses alentours.

Très populaire, notamment sur les réseaux sociaux, cette théorie a même donné naissance au site Internet « Pentagon Pizza Index » (ou « PizzINT »), qui suit en temps réel l’activité des pizzerias autour du Pentagone, et présente ces données comme un indicateur de tension militaire ou d’activité gouvernementale intense.

Sur X, le réseau social d’Elon Musk, le compte @PenPizzaReport effectue peu ou prou le même travail, pour le plus grand bonheur de ses plus de 345 000 abonnés. Il présente ses résultats sous forme de graphiques indiquant l’affluence des pizzerias autour du Pentagone. Le 3 janvier, date de la capture de Nicolas Maduro, il a signalé un pic d’activité des pizzerias situées non loin côté du ministère américain de la Défense dans la nuit. Même son de cloche chez d’autres comptes X effectuant le même travail, à l’instar de @pizzintwatch (60 000 abonnés environ).

« Conclusion pour les journalistes : toujours surveiller les pizzas »

« L’indice pizza » n’est pourtant pas nouveau. Le propriétaire de la franchise Domino’s Frank Meeks assure ainsi que, dès 1983, et jusqu’en 1989, il constate à plusieurs reprises une augmentation des commandes de pizzas au Pentagone la veille des invasions militaires américaines de la Grenade et du Panama.

Rebelote en 1990, où la CIA commande 21 pizzas la nuit qui précède l’invasion irakienne du Koweït et le début de la guerre du Golf, et en 1991, avant le lancement de l’opération Tempête du désert contre l’Irak. Dans la décennie, d’autres coïncidences suivent. En 1990, le journaliste Wolf Blitzer déclarait à ce propos sur CNN : « Conclusion pour les journalistes : toujours surveiller les pizzas. »

Récemment, « le Pentagon Pizza Index » a été remis au goût du jour, alors que des pics d’activité jugés inhabituellement élevés ont été enregistrés chez un Papa John’s en avril 2024, soit au moment du lancement de drones par l’Iran sur le territoire israélien, mais aussi en juin 2025 juste avant la campagne de bombardements de l’État hébreu contre l’Iran, et une heure avant que Donald Trump n’annonce des frappes américaines sur les installations d’enrichissement nucléaire iraniennes.

« Cela ressemble à un biais de confirmation »

Mais concomitance ne signifie pas corrélation. Certains ont depuis affirmé, comme le site spécialisé dans la gastronomie et la culture The Takeout, que bien qu’il existe un certain nombre de restaurants au Pentagone, celui-ci ne possède pas sa propre pizzeria. Une assertion balayée d’un revers de main par le principal intéressé.

Dans une déclaration faite à Newsweek, un porte-parole de l’armée américaine a ainsi assuré : « De nombreuses options de pizzas sont disponibles à l’intérieur du Pentagone, ainsi que des sushis, des sandwichs, des beignets, du café, etc. ». Il a soutenu également que la chronologie du Pentagon Pizza Report « ne correspondait pas aux événements ».

Qui plus est, le caractère prétendument cartésien de cet indice est pointé du doigt par la communauté scientifique. Plusieurs de ses membres ont souligné que la simultanéité entre une forte affluence dans les pizzerias de Washington et un événement géopolitique majeur ne veut pas dire qu’ils sont liés.

Dans un article paru dans The Times, la chercheuse principale au Centre d’études scientifiques et de sécurité du King’s College de Londres Zenobia Homan, qui est aussi à la tête d’un programme de lutte contre la désinformation, a ainsi souligné : « Cela ressemble à un biais de confirmation. Je ne dis pas (que les adeptes de cette théorie) ont tort, mais j’aimerais voir beaucoup plus de données. Dans quelles autres circonstances observe-t-on des pics de ce type ? Et combien de fois n’ont-ils absolument rien à voir avec la géopolitique ? »