L’administration Trump est un jeu d’échecs. Le président américain avance ses pions, sacrifie ses pièces si nécessaire… et promeut certaines d’entre elles. Dans cette atmosphère de cour, il est un courtisan qui est récemment parvenu à tirer son épingle du jeu : Dan Driscoll. Secrétaire à l’Armée des États-Unis, il est aujourd’hui, à la surprise des observateurs, l’un des hommes-clés de la diplomatie américaine, dans le cadre de la négociation du plan de paix en Ukraine.
Rien, pourtant, dans son CV, n’aurait laissé penser qu’il serait qualifié pour mener des tractations entre deux nations à l’histoire aussi tourmentée et complexe que la Russie et l’Ukraine. Diplômé en administration des affaires, ancien banquier d’affaires, l’une des rares choses qui le reliait jusqu’ici à Donald Trump était sa proximité avec J. D. Vance.
En effet, Dan Driscoll fut camarade de classe du futur vice-président, lors de leurs études à Yale. Tous deux sont vétérans de l’armée, Cette amitié a été récompensée ; à même pas 40 ans, il a hérité, au début du second mandat de Donald Trump, du portefeuille des Armées, « La relation de Dan avec J. D. l’a certainement aidé à obtenir le poste », a déclaré une source proche de la Maison-Blanche à Politico. « Mais son succès est entièrement dû à ses compétences », estime cette même source.
« Il a tissé des liens solides »
« Il est tout simplement excellent dans son travail. » Cet ancien lieutenant de l’armée américaine, pendant trois ans et demi, a pour lui son relatif anonymat. Pas de coups d’éclat, pas de scandales. Son mandat a été marqué jusqu’ici par sa discrétion autant que par son implication. « Depuis sa confirmation, Driscoll a été l’un des membres les plus impressionnants de l’administration Trump », a déclaré une deuxième source proche de la Maison-Blanche.
« S’il n’avait pas beaucoup de relations dans l’entourage de Trump en dehors du vice-président avant sa nomination, il a tissé des liens solides au sein de l’aile ouest (qui abrite à la Maison-Blanche les bureaux présidentiels, NDLR) au cours de l’année écoulée et est très apprécié des hauts responsables. » Il a été remarqué par le président américain lors du déploiement, dans plusieurs villes américaines, de la Garde nationale, pour des missions de maintien de l’ordre, ce qui l’a amené à se rendre régulièrement à la Maison-Blanche.
En acceptant d’occuper l’intérim du Bureau pour l’alcool, le tabac, les armes à feu et les explosifs, il a également renforcé sa réputation en interne. Considéré par le président comme « le spécialiste des drones » en raison de son intérêt pour les technologies de pointe, il pousse pour développer ces appareils et dessine une guerre du futur hybride, centrée sur l’intelligence artificielle.
« On ne fait pas vraiment confiance à Hegseth »
Le Washington Times note également que cet ancien conseiller financier a su s’attirer, autant que faire se peut, les bonnes grâces des élus démocrates, sur certains dossiers militaires. « Je ne suis pas d’accord avec le secrétaire Driscoll sur tout, mais je ne m’y attends pas avec une administration républicaine », a déclaré un élu démocrate. « C’est un homme sérieux, capable de dialoguer de manière professionnelle et qui démontre une vision du monde cohérente. »
Il contraste avec le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, dont la confiance accordée par la Maison-Blanche semble s’étioler de semaine en semaine. Le spectacle des généraux et amiraux, convoqués pour une leçon de condition physique, les choix de personnel pour les postes clés du Pentagone… Jugé quelque peu radioactif, il s’est montré, pour le pouvoir trumpien, inapte à mener une tâche aussi délicate que celle de la négociation de la paix en Ukraine.
À LIRE AUSSI « Personne ne se rendra » : la résistance héroïque des Ukrainiens de Pokrovsk « On ne fait pas vraiment confiance à Hegseth pour transmettre ces messages aux principaux dirigeants », a déclaré à Politico une personne proche du dossier. « On fait davantage confiance à Dan pour s’en charger actuellement. » Mais la même question demeure toujours : pourquoi avoir choisi Dan Driscoll, dont l’inexpérience en matière de diplomatie est totale ?
Une pression maximale
Sans nul doute, son profil de bon élève a été un atout. La décision du président Donald Trump de se tourner vers le chef civil de l’armée (qui a comme fonction principale de former et équiper des soldats) a été motivée par « la conviction que Kiev et Moscou pourraient être plus ouverts à des négociations menées par l’armée », explique le Wall Street Journal.
De surcroît, Dan Driscoll n’est pas seul dans cette entreprise ambitieuse. Le président américain compte beaucoup sur son ami, le promoteur immobilier Steve Witkoff, qui a travaillé main dans la main avec le pouvoir russe pour concocter le plan de paix et a rencontré à plusieurs reprises Vladimir Poutine. Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, est également mis à contribution.
Alors que le général Keith Kellogg, envoyé spécial pour l’Ukraine, s’apprête à se retirer début 2026, après avoir très faiblement pesé dans la stratégie développée par les États-Unis, Dan Driscoll va donc devenir une pièce maîtresse. Un rôle de médiateur avec une pression monstrueuse, celle de mettre fin à une guerre qui dure depuis quatre ans, et permettre à Donald Trump de tenir sa promesse.

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