La Russie a quitté le camp militaire situé à Qamishli, dans le nord-est de la Syrie, pour satisfaire les autorités de Damas et espérer garder ses autres bases sur la côte méditerranéenne.
L’intérieur de la petite base russe de Qamishli, dans le nord-est de la Syrie, est sens dessus dessous. Partout des déchets jonchent le sol : des emballages de nourriture et de médicaments, de vieux DVD, des morceaux de papiers griffonnés en cyrillique… Dans la salle de vie principale, des équipements de sport – haltères, table de ping-pong, sac de boxe – ont été abandonnés. Quelques livres aussi, comme cet exemplaire en russe de La Ferme des animaux de George Orwell. Les soldats s’étaient même aménagé un sauna et, à l’extérieur, un bain d’eau froide.
Les baraquements en préfabriqué avec les dortoirs pour quelques-uns des 500 militaires russes qui stationnaient à Qamishli, sont déjà occupés par des miliciens kurdes. Depuis samedi 24 janvier, l’armée russe a évacué une petite base militaire qu’elle occupait depuis 2019 à Qamishli et a transféré ses hommes et son équipement vers d’autres sites, en Syrie et en Russie.
Un départ négocié
Lundi 26 janvier, deux énormes avions-cargos Antonov russes se trouvaient sur la piste de l’aéroport de Qamishli, juste en face de la base militaire. Le drapeau russe flotte encore à la grille d’entrée. Depuis la route qui le longe, on pouvait voir des grappes de soldats charger des tonnes de matériel – véhicules, hélicoptères, armes, équipements. Dans la nuit, les deux avions se sont envolés, vraisemblablement pour la base aérienne de Hmeimim, près de Lattaquié, sur la côte méditerranéenne de la Syrie.
Contrairement à d’autres bases syriennes, notamment celles qui étaient situées à Palmyre et dans sa région, évacuées dans la précipitation en décembre 2024 après la chute de Bachar el-Assad, cette fois-ci, rien de précieux n’a été laissé derrière les troupes russes. Il faut dire que le départ des Russes n’a cette fois pas été décidé par surprise. Il est le résultat de négociations entre le président de transition syrien Ahmed al-Chareh et Moscou. La Russie avait déclaré qu’elle était prête à quitter ses positions auprès de l’Administration autonome kurde si le gouvernement de Damas lui en faisait la demande. Ce qui a été fait.
Al-Chareh en visite à Moscou
Une nouvelle rotation aérienne a été effectuée mercredi à l’aide d’un Antonov. Selon un membre de la garde kurde de l’aéroport, il y resterait encore une poignée de soldats russes, notamment pour faire fonctionner les systèmes de radars de l’aéroport.
Mercredi, le président Ahmed al-Chareh est arrivé à Moscou, sous la neige, pour une visite officielle au cours de laquelle il a rencontré Vladimir Poutine. Leur deuxième entrevue depuis quatre mois, preuve que Damas et Moscou ont besoin l’un de l’autre. La Russie était le soutien principal du régime déchu de Bachar el-Assad, elle a accueilli l’ancien dictateur à Moscou avec une partie de son ancien appareil. « Je ne commenterai pas le sujet Assad », a déclaré Dmitri Peskov, le porte-parole du Kremlin, interrogé sur la possibilité d’une demande d’extradition d’Assad vers la Syrie.
Mais aujourd’hui, Poutine cherche à gagner la confiance de la nouvelle Syrie. Ses bases syriennes lui garantissent une présence au Levant et constituent un point d’appui stratégique crucial pour ses opérations militaires en Afrique. Les négociations en vue du maintien de ces installations – une base navale à Tartous et une base aérienne à Hmeimim – étaient au centre des discussions à Moscou.

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